‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 61 sur 318 · Sévigné, 6 décembre · texte numérisé non relu

Sévigné, 6 décembre

i. Dangeau, 14 mars 1685.

5. n était même si jaloux de ce nom, qu'il ne put se résigner à le partager avec le duc de Rohan-^Chabot, frère de M*""* de Soubise ; il lui intenta un procès maladroit pour le lui faire quitter ainsi que les armes de Rohan, espérant retrouver ainsi la considération que lui enlevait sa vie étroite et obscure. Ce procès fit du bruit; des mémoires blessants furent publiés des deux côtés. M"" de Soubise, née Rohan-Chabot, mais enivrée du rang qu'elle avait procuré à son mari et à ses fils, se déclara contre son frère. L'affaire fut évoquée par le roi. La veille du jugement, tous les Rohan se pressaient à la porte de son cabinet pour lui présenter un dernier mémoire au retour de sa messe. En tête était la maréchale de la Mothc, grand'mère de la prin-

Torgueil de race, que ce lils aîné devint un obstacle à rélaW/ssement non-seulement de ses sœurs, mais même de Tune de ses cousines de la branche cadette. Le prince de Rohan, fils de M'"* de Soubise, avait un fils unique et trois filles de son mariage avec la princesse de Turenne; il réserva la plus grosse dot à la dernière de ses filles, destinée au fils du prince de Guémené. L aînée fut promise au fils du duc de Villeroy; la promesse élait publique, les compliments reçus, lorsque le prince de Rohan déclara que, si son fils unique mourait sans enfants, tous ses biens devaient passer à la branche de Guémené, sauf une légère augmentation de dot pour les filles. Les Villeroy n'étaient pas avides ; l'cxtinclion des mâles dans la branche de Rohan-Soubise n'était pas probable ; mais les substitutions étaient d'autant plus blessantes, qu'elles étaient plus tardivement déclarées: les Villeroy se retirèrent. Du moins se mit-on en quête d'un autre parti pour la pauvre fille si durement sacrifiée ; on chercha jusque sur les bancs du collège, et on lui trouva un mari de quatorze ans riche et titré. Leduc de la iMeillerave ^ avait 200000 livres de terres nobles sul>stituées dans sa maison ; il y avait là de quoi réconcilier M"® de Rohan avec les substitutions ^.

Ce prince de Rohan, que nous voyons si préoccupé de l'intérêt des mâles de sa maison, avait montré pour son fils une ambition sans bornes et tenté de renouveler pour lui les anciennes alliances avec la famille royale, en lui faisant obtenir la main d'une fille de iM"'® la Duchesse. H avait du reste habilement choisi le moment opportun. Monseigneur venait de mourir

cesse de Rohan, née Ventadour et mariée en premières noces avec le prince de Turenne: le mariage avec la veuve du prince de Turenne portait sesfru''^ môme avant la date assignée par M"*"" Cornucl. Le bel abbé de Soubise, devenu coadjutcur de Strasbourg, a se promenait, en attendant, par la galerie, avec un grand air de confiance et de supériorité, en fils de la fortune et de l'aniour dans la maison maternelle m. Les Soubise avaient fini par effacer les Guémené dans ce procès; l'affaire ne s'appelait plus que celle du duc de Rohan et de M'"^ de Soubise. La raison et la justice étaient d'un côté, M™° de Soubise était de l'autre. L'éloquence chaleureuse et pressante de Daguesseau, ^lui n était timide que par scrupules de conscience, fit cependant pencher la balance en faveur du duc de Uohan, et vainquit dans le cœur du roi l'ancienne Cl secrète prélérc ne c. {Saint-Simon, t. 111, ch. xxix.)

1. Le duc de la Meillerayc était. le petit-fils du duc de Mazarin et d'Horcnsc Mancini.

t 2. Sainl'Simon, t. Vlll, p. 335. — Dangeau, ^ nsnliTiQ.

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(nii), emportant avec lui toutes les espérances de cette tameuse cabale qui croyait déjà tenir le trône et le pouvoir ; M"* la Duchesse, toute-puissante sur son esprit, avait reçu un coup irréparable :

Elle fut d'abord abîmée dans la douleur. Tombée de ses plus vastes espérances, et d'une vie brillante et toujours agréablement occupée quilui mettait la cour à ses pieds, mal avec M™* de Maintenon, brouillée sans retour et d'une façon déclarée avec M™" la Dauphine, en haine ouverte avec M. du Maine, en équivalent avec M"*' la duchesse d'Orléans, en procès avec ses belles-sœurs, sans personne de qui s'appuyer, avec un fils de dix-huit ans, deux filles qui lui échappaient déjà par le vol qu'elle leur avait laissé prendre, tout le reste enfant, elle se trouva réduite à regretter M. le Prince et M. le Duc, dont la mort l'avait tant soulagée.

Ainsi abattue, amoindrie, obérée, le prince de Rohan pensa la trouver moins superbe, plus sensible à l'idée de marier l'aînée de ses filles pour peu de chose dans une maison grande parle rang, la fortune, les alliances et le haut vol du cardinal <le Rohan. Pour échapper à sa douleur, M™* la Duchesse, retournant où sa nature Tavait toujours portée, se précipita ^ns les plaisirs avec Pardeur d'un âge impatient de jouir encore de tout ce qu'il lui faudrait bientôt quitter. Le prince ^e Rohan essaya de la prendre à cet appât. Son père avait acheté l'ancien hôtel des Guises; il avait dépensé un million pour l'embellir, et en avait fait un palais admirable *. Sous le prétexte de le montrer à M"' la Duchesse, il lui donna des fêtes Magnifiques. C'était l'environner des splendeurs des Rohan, h prendre par ce qu'elle aimait ; ce palais, ces biens immenses, Ce grand jeu, ces spirituelles galanteries, cette vie d'enchantements s'offrait à sa Mlle et à elle-même. M""* la Duchesse une fois séduite, le prince de Rohan se flattait de gagner M"* de Vfaintenon par leur commune amie, M"^ d'Espinoy ; le roi, par le souvenir de M™* de Soubise ; la duchesse de Bourgogne, par l'impression des soins qu'il ne cessait de lui rendre, peut- Hre même des galanteries qu'il avait hasardées sur la foi de son beau visage. La Dauphine en avait ri sous cape, mais elle avait eu garde d'en paraître offensée ou importunée.

I. Cet hôtel avait autrefois appartenu au connétable Olivier de Clisson. Il existe encore en partie, et renferme aujourd'hui le dépôt des archives.

M. de Rohan s'était abusé sur le prestige de son nom et sur les eflets de sa tactique. Les temps étaient changés : la maison de France regardait désoiinais de trop haut les premières familles du royaume ; le plus savant manège ne pouvait lever (( la moderne difficulté des alliances avec le sang royal ». M™* la Duchesse admira Thôtel de Guise restauré, y joua, dansa, folâtra de tout son cœur et ne donna pas son fils au maître de la maison ^

Le prince de Rohan avait trop de tact pour insister ; à défaut d'une bru du sang royal et médiocrement dotée, il en choisit une dans sa parenté et pourvue de grands biens, Mw*d'Espinoy, dont la mère appartenait à la maison de Lorraine, et dont l'aïeule paternelle était sœur de M"»* de Soubise*. Les deux époux avaient une situation agréable dans le présent : le logement, la nourriture et 50000 livres de renie. L'avenir semblait devoir être plus riant encore : M"^ d'Espinoy avait

i. Saint-SimoHj t. VI, ch. v.

2. Les d'Espinoy n'étaient princes que de nom; ils avaient cependant aussi leur tabouret de grâce obtenu par un mariage du prince d'Espinoy avecune Charost, petite-nièce de Sully. Devenu veuf, le prince d'Espinoy se remaria aune Rohan-Cliabot, à la sœur de deux beautés, M"*' de Soubise et de Coetquen, une mortelle entre une déesse et une nymphe. La mortelle avait de l'esprit; elle obtint la continuation du tabouret de grâce dans sa maison et maria son nis il une véritable princesse, à la fille de M. de Lislebonne, cadet du troisième duc d'Elbœuf et d'une fillo du duc Charles IV. M"* de Lislebonne était sensiblement plus âgée que son mari et sans bien, mais belle, bien faite et de maison souveraine. Les d'Espinoy, entourés de princes de vieille et de fraîche date, souffraient fort de ne l'êlre pas autrement que de nom. La nouvelle princesse d'Espinoy, qui joignait à sa haute naissance et au crédit de sa mère un esprit insinuant et une faveur marquée à Versailles et à Meudoii, paya le prix de tous ces avantages. Son mari, né glorieux, craignait toujours de n'être pas assez considéré pour lui-môme et se vengeait en l'accablant de son implacable humeur. Sa douceur et sa vertu n'en furent point altérées, cl lorsqu'elle le perdit, emporté prématurément par la petite vérole, elle garda toutes les bienséances. (5amf-5tmon, t. ïll, p. 114.) Elle avait un fils et une fille : c'est cette fille qui épousa le fils aîné du prince de Rohan. Quant au jeune prince d'Espinoy, le crédit de sa mère et l'amitié de M"« de Maintenon le firent duc et pair avant l'âge de vingt-cinq ans exigé depuis l'édit de 1711 pour revêtir ce titre ; cetto faveur, soutenue do ses richesses, lui valut sans doute la main d'une fille de la maison de Bouillon, et lui permit de ne pas transiger sur la dot. Il demanda la main de M"« d'Albret avec 500 000 francs; le connétable Colonne s'off'rait à l'éjjouscr avec une dot beaucoup moindre. M™« d'Albret ne put se décider à laisser sa fille partir en Italie, peut-être pour n'en pas revenir ; elle préféra s'appauvrir et choisit le gendre le moins éloigné et le plus avide. (DangeaUy 10 février 1716.)

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^^ perspective 200000 écus à la mort de sa mère, son mari 200 000 livres de rente en fonds de terre à la mort du prince deRohan*(i7i4).

La branche de Rohan-Chabot semble particulièrement sensible, dans le choix de ses alliances^ à la grandeur des biens. Le frère de M™*" de Soubise, d'Espinoy et de Coetquen, était l'époux désigné de M"* de Créquy, fille unique du duc de Créquy, premier gentilhomme de la chambre, et de la dame d'honneur de la reine ; le roi lui donnait la survivance de la charge de son beau-père. Il rompt ce mariage, recherche M"* d'Auniont, nièce de Louvois, essuie un refus, et demande la main de M"** de Vardes, fille unique comme M"* de Créquy, mais plus riche encore. Le roi fut profondément blessé; il aimait le duc de Créquy, il voulait établir brillamment sa fille : il pensait qu'une charge qui approchait de sa personne devait avoir un invincible attrait; enfin il avait disgracié M. de Vardes pour Une offense toute personnelle : jamais il ne pardonna ce choix î^u duc de Rohan *.

M"* de Vardes venait d'élre refusée par le jeune Thianges, comme M. de Rohan pour M"* d'Aumont : « Ils font bien d'unir leurs malheurs ensemble, ils en feront du bonheur », écrivait M'"« de Sévigné à Bussy ^ Bussy comparait et pesait les ancêtres des époux ; il pensait que Vardes devait être satisfait de cette alliance, mais qu'il ne recevait pas un honneur extraordinaire*. M. de Vardes descendait eneiïetdu maréchal du Bec, qui avait îiccompagné saint Louis en Afrique ; son grand-père maternel ^t la grand'mère de Condé étaient pelits-enfants de François <lelaTrémoille; la célèbre maréchale de Guébriant était sœur <le son père. Peut-être aussi avait-il le droit de s'enorgueillir d'être le frère d'unbâtard de Henri IV; honneur ou tache, on ne

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