‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 71 sur 318 · Saint-Simon, t. lit, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. lit, p

parent de M. le Prince. Du reste, c'était la Bretagne tout entière : M. le gouverneur de Bretagne, MM. les lieutenants généraux de Bretagne, M. le trésorier de Bretagne, MM. les évoques de Bretagne, MM. les députés et plusieurs seigneurs de Bretagne, l'enfant et le père présidents de Bretagne : jamais vous n'avez vu une telle fête; on y aurait dansé les passe-pied de Bretagne, si Ton y eût dansé, et mangé du beurre de Bretagne, s'il eût été jour maigre K

Ce président-né des Etats de Bretagne devait leur donner un étrange spectacle le jour où son père lui céda sa présidence. H arriva dans sa province traînant dans un carrosse à six chevaux sa maîtresse, la comédienne Florence ; il est vrai qu'il eulladiscrétiondene pas la mener jusqu'à Dinanoù se tenaient les États. Florence était depuis longtemps célèbre par ses amours avec le duc d'Orléans, dont elle avait eu un fils et une fille *. Le prince de Léon, qui s'était retiré du service après une seule campagne, l'entretenait alors à grands frais et avait d'elle plusieurs enfants. Leur arrivée fit en Bretagne un scandale énorme; le duc de Rohan en craignit un plus grand encore, le mariage de son fils. Il tenta de les séparer; il offrit de payer à Florence une pension de 5000 livres et de se charger de l'entretien des enfants. L'amoureux refusa. L'honneur de la maison était en péril : M"*® de Soubise se rapprocha de son frère, avertit le roi, sollicita son assistance. Le roi manda le fils, manda le père. Le prince de Léon, mauvais officier, était bon courtisan ; il avait l'imagination fertile en ressources, la parole insinuante ; « il prit le roi par ses deux faibles, les respects et l'amour, et avec tant d'esprit, de grâces, de souplesse, que le roi en fit l'éloge, plaignit son cœur épris et le malheur du père. »

Florence n'en fut pas moins enlevée à sa maison des Ternes et enfermée dans un couvent, ce qui exaspéra le prince de Léon. Le roi le vit de nouveau pour le réconcilier avec ses parents, l'incliner au mariage; en même temps on s'avisa de prendre par la famine cet amant furieux : sa fureur peu à peu diminua, il consentit à se laisser marier, bientôt désira l'être.

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