Saùtt-Siinoii, l. VI, p. 356 el
ieDurlal, devenu duc de la Rocheguyon, eut beaucoup de garçons et beaucoup de filles ; il conserva toutes ses filles et perdit tous ses garçons. Il fallut s'ingénier de nouveau pour déjouer ces caprices de la mort. M. de la Rocheguyon songea à son frère le chevalier de Malte, qui avait été nommé commandeur de Pézénas à Tâge de quatre ans. Les chevaliers de Malte, qui ne faisaient pas de vœux, formaient une réserve d'héritiers et de gendres; c'était le cas de celui-ci : on lui offrit l'aînée de ses nièces avec le duché de la Rocheguyon dans le présent et l'espérance de tous les biens de la maison. Il accepta de grand cœur, sollicita la dispense de Rome, la reçut... et fut emporté par la petite vérole. C'était jouer de malheur. M. delà Rocheguyon, qui avait l'entêtement de sa race, ne se découragea pas ; il sollicita et obtint par lentremise du garde des sceaux Chauvelin, son parent, une gn\ce plus éclatante et plus singulière que celle arrachée jadis par les obsessions du grand Veneur: sa fille aînée eut, par lettres patentes, la faculté de faire ^n mari duc de la Rocheguyon, à la condition d'épouser un la Rochefoucauld ; si elle n'avait pas d'enfants mâles, cette faculté 1)assait à la seconde fille, et à la troisième si la seconde non plus n'avait pas de fils. L'ainée épousa son cousin, le fils du marquis de Roye, qui préféra au nom néfaste de la Rocheguyon le titre de duc d'Anville, d'une autre terre de son beaupère. Saint-Simon, écrivant en 1735, trois ans après ce mariage, constatait qu'il était resté stérile, et montrait le chef de la maison cherchant d'un regard inquiet dans sa vaste tribu d'autres la Rochefoucauld nubiles pour épuiser le bénéfice de ses lettres patentes, toutes ses filles ayant en quelque sorte leurs maris désignés par lesdites lettres et devant se dévouer à faire renaître de tant de cendres le duché de la Rocheguyon *.
1. Additions à Dangeau, 31 décembre 1712 et 21 juillet 1714. Le duc d'Anville eut un fils, qui fut massacré en 1792, et ne laissa pas de postérité. Son frère avait épousé la seconde fille du duc de la Rocheguyon, sa cousine. Le fils de ce dernier, devenu le cher de la maison en 1792 et mort pair de France en 1827, a laissé trois fils qui forment la branche des ducs de la Rochefoucauld-Liancourt, la Rocheguyon et Estissac. Une seconde branche, celle des ducs de DoudeauviUe, est issue d'un fils né d'un second mariage lie François, I^'du nom, comte de la Rochefoucauld. (Tallemant des Réaux, t. III, le Cardinal de la Rochefoucauld, commentaire.)
Ce souci de leur nom, ce besoin d'asseoir et de prolonger leur race lient si fortement ces grands de la terre, qu'il se retrouve tout entier jusque chez Thomme d'Eglise, même à l'heure où la pensée de la mort semble devoir dissiper toutes les fumées de Torgueil. Ouvrez le testament du cardinal de Richeheu. A peine le chrétien a-l-il adressé une courte invocation au Sauveur des hommes, qu'on voit paraître le haut et fastueux seigneur se complaisant dans l'énumération de ses duchés, marquisat, baronnie, terres, hôtels, meubles et bijoux, et les répartissant pour le plus grand bien et le plus gi*and honneur de sa maison. Le souci de cette grandeur terrestre, si misérable aux regards de Dieu, s'accuse par les plus lointaines et les plus minutieuses prévoyances, et se déguise mal sous le désir de témoigner auprès de la postérité des bontés dont le roi a payé ses services. C'est surtout le duché de Richelieu qui lui tient le plus au cœur et dont il règle méticuleusement l'ordre de succession. Il n'avait pas de neveu portant son nom, ce qui lui devait être particulièrement pénible. De ses deux frères, l'un était, comme lui, d'Église; l'autre, l'atné, n'avait pas eu d'enfants. Cet aîné, si peu connu, avait eu cependant de l'ambition à sa manière ; il se piquait d'être l'un des dix-sept seigneurs (on appelait ainsi les dix-sept personnages de la cour qui o: paraissaient :» le plus), et il essayait de justifier ses prétentions par son train, son élégance, son exacte information des bruits de la cour et de la ville, qui lui donnaient l'oreille et la faveur de Henri IV. Il périt de façon noble, tué en duel par le fils du maréchal de Thémines *. L'usage sanglant auquel Richelieu fit une guerre implacable avait décapilé sa propre maison.
De ses deux sœurs, la cadette, Nicolle du Plessis, avait épousé le marquis de Brézé, qui devint maréchal de France, gouverneur d'Anjou, et qui trouva dans la protection de son beau-frère toute espèce de biens, avec l'honneur d'acquérir pour gendre le premier prince du sang, le grand Condé.