‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 79 sur 318 · La Fonlaine, la jeune Veuve, t. VI, p · texte numérisé non relu

La Fonlaine, la jeune Veuve, t. VI, p

(Wis se présentaient, le comte de Béthune, le comte deSauIl. Le cardinal avait été déclaré premier ministre, il n'y avait pas d'alliance où sa nièce ne pût atteindre. M"® la Princesse, née Montmorency, lui disait humblement : (( Je sens, madame, que je serai aise de vous céder si vous épousez Monsieur. » La comtesse de Soissons la souhaitait pour son fils et lui faisait une cour assidue. M"'' d'Aiguillon se serait volontiers résignée à renoncer au couvent en faveur d'un prince du sang *, mais ce fier jeune homme répondit qu'elle n'était pas veuve d'un àomme d'assez haute qualité^. M*"*" d'Aiguillon finalement resta veuve et carmélite en expectative ; elle n'avait pas tout à fait renoncé à son vœu, elle se contentait de le faire renouveler tous les ans. Au bout de sept ans, le cardinal fit consulter pour savoir s'il était vraiment obligatoire ; on lui répondit que non, ce qui n'empêcha pas sa nièce, pour l'acquit de sa conscience, de fonder une place gratuite de carmélite. L'ordre ne pouvait qu'y gagner en s'ouvrant à quelque tille de vocation plus décidée que celle de M"^ d'Aiguillon, mais « pas assez riche pour faire vœu de pauvreté ^ ».

Ce fut sur ses neveux qu'elle reporta ses préoccupations matrimoniales. Elle songea tout d'abord pour l'ainé à M"® de Chevreuse qui faillit épouser un peu plus tard le prince de Conti. Était-elle déjà secrètement liée avec le coadjuteur^? Peut-être, mais ce n'était pas là, nous le savons de reste, chose qu'on eût grand souci d'approfondir. Ce qu'on voyait et ce qui plaisait, c'est que M"® de Chevreuse était belle, de naissance illustre, qu'elle devait avoir de grands biens et qu'elle apportait avec elle l'appui des trois puissantes maisons de Lorraine, de Rohan et de Luynes. Une protégée de M""® d'Aiguillon, l'insinuante M°* de Pons, fit échouer ce projet à son profit.

1. Louis de Bourbon, comte de Soissons» prince du sang comme pclit-fiis de Louis I**, prince de Condé.

2. Richelieu, selon Retz, ne pardonna pas ce refus au comte de Soissons. « Aussitôt que les Espagnols furent retirés dans les Pays-Bas et que le roy eut repris Gorbie, Ton ne douta point que Ton ne cherchât les moyens de perdre M. le Comte, qui avait donné beaucoup de jalousie au ministre par son courage, par sa civilité, par sa dépense, qui était intimement lié avec Monsieur, et qui avait surtout commis le crime capital de refuser le mariage de M"* d'Aiguillon. » (Mémoires, F* partie, ch. ii.)

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