La Bruyère, De quelques usages
A. Mémoires du cardinal de Reli, II* partie.
Veuve d'un frère du maréchal d'Âlbret *, M"* de Pons était la sœur alnéc de cette M"* du Vigean qui inspira une passion si ardente et si pure au prince de Condé. M"'' d'Aiguillon aimait en elle la iille de sa meilleure amie, et, pour la consoler de n*avoir point de fortune, elle lui promettait de partager un jour ses trésors avec elle. Aux bienfaits promis par la tante, ringrate préféra une alliance immédiate avec le neveu. Elle était sans beauté (on rappelait la laide Hélène), mais bien faite, coquette avec esprit et avec grâce, et, sans engager son cœur dans le jeu, elle jouait à merveille la comédie de Tamour. M"« d'Aiguillon avait eu l'imprudence de l'inviter à façonner et à polir le jeune duc, en souhaitant à ce dernier de devenir assez honnête homme pour aimer Taimable veuve. M"" de Pons avait aussitôt répliqué avec un à-propos qu'on trouva fort galant et qui était surtout fort habile, u que s'il lui parlait d'amour et qu'il voulût devenir son mari, elle n'aurait point assez de force pour le refuser » . Elle se crut couverte par cet avertissement et attaqua le cœur tout neuf qu'on lui abandonnait.
L'entreprise était à la fois agréable et facile : l'héritier de Richelieu n'avait pas seulement un grand nom, une haute dignité, des biens immenses; il était spirituel et parfaitement bien fait. « Avec de la douceur et des louanges sur sa figure, son esprit et son caractère, il n'y avait rien qu'on ne pût obtenir de lui ^ » M°* de Pons fut douce et louangeuse. Comme il aurait (juasi pu être son fils, remarque finement M"« de Motleville, il reçut ses enseignements avec soumission. Elle flatta son amour-propre des progrès irrésistibles de sa galanterie, de l'importance de sa conquête, fit agir sous main un conseiller persuasif, et finit par l'amener au point qu'elle avait marqué d'avance : M. de Richelieu était devenu entre ses mains un parfait honnête homme, selon le vœu de M"« d'Aiguillon. M*"* de Pons, comme elle l'avait fait prévoir, n'avait pas la force de repousser sa demande en mariage. Enfin il n'était pas jusqu'au cardinal de Richelieu qu'on ne fît un peu complice de l'événement; il avait souvent, disait-on, marqué le goût