Souvenirs de il/™* de Çaylus
te plus vif pour la douceur et la sagesse de la fille atnée de M"* du Vigean, et la clause de spn testament qui prescrivait -à ses héritiers de préférer, en se mariant, la noblesse et la vertu ^ la fortune, semblait désigner d'avance à Tamour de son petit- '^^veu la noble et chaste pauvreté de M"" de Pons.
Que ne se souvenait-on aussi bien de cette autre recommandation également écrite dans le testament du cardinal, celle-là toute à l'honneur de sa patriotique prévoyance :
£t d'autant que Texpérience nous fail connaître que les héritiers '^^ suivent pas toujours la trace de ceux dont ils sont successeurs, désirant avoir plus de soin de la conservation de Thonneur que je ^^sse aux miens que de celle de leurs biens, je recommande absolu- '^^nt auxdits Armand de Vignerot et Armand de Maillé et à tous ceux ^5^1 jouiront après eux desdits duchés et pairies et biens que je leur ^* ci-dessus substitués, de ne se départir jamais de Tobéissance qu'ils ^^^ivent au Roy et à ses successeurs, quelque prétexte de mécontentement qu'ils puissent prendre pour un si mauvais sujet, et déclare en î^a conscience que si je prévoyais qu'aucun d'eux dût tomber en telle ^^ute, je ne leur laisserais aucune part de ma succession *.
Si M. de Richelieu et M*"® de Pons avaient médité ces fortes paroles, si pleines d'autorité, tombant de la bouche de l'énergique et inflexible défenseur de l'autorité royale, on n'aurait ^^ms vu se mêler à l'intrigue privée qui noua leur mariage la 'fcriste intrigue politique qui le précipita. M™* de Pons voulait >in mari ; M"* de Longueville (on était à la veille de la Fronde des princes) voulait une place forte, le Havre de Grâce, dont IM. de Richelieu était gouverneur, et qui pouvait rendre le duc de Longueville maître absolu de la Normandie. Le prince de Condé saisit la chance qui s'offrait, prit sous sa protection les amours de l'innocent gouverneur du Havre, et se fit lort de le défendre contre le courroux de M*"' d'Aiguillon. On célébra le mariage à la campagne , sans bruit et en cachette ; il y fut présent « et y fit ce que les pères et mères ont accoutumé de faire en ces occasions ».
La duchesse d'Aiguillon, en apprenant cette nouvelle, fut au désespoir. « Ceux qui ont des enfants, remarque M™* de Motteville, ou des neveux qui leur tiennent lieu d'enfants, qui ont de l'ambition et de grands biens, le peuvent aisément juger. »