Testament du cardinal de Richelieu
15i LA NOBLESSE DE RACE.
Mais son âme fière et résolue domina sa douleur. Elle commandait au lIa\Te par ordre du feu cardinal jusqu'à la majorité de son neveu ; elle donna immédiatement des ordres pour qu'on ne le laissât pas rentrer dans la place, en même temps qu'elle dénonçait au lieutenant de police le rapt fait par M'^'^de Pons sur la personne de son neveu, et demandait la rupture du mariage. Mazarin, toujours prudent et délié, an'êta les poursuites, conseilla à la reine de ne point refuser le tabouret à la nouvelle duchesse, et n'en prit pas moins toutes les mesures propres à maintenir dans le devoir la place convoitée par les rebelles. Ce n'était pas tant le rapt de M. de Richelieu qui l'inquiétait que celui du Havre, et il était tout prêt à s'accommoder de l'un pour empêcher l'autre ; d'autre part, l'avisée M"* de Pons, qui tenait un mari et un tabouret, se souciait peu de les remettre à l'aventure et songeait bien plutôt à assurer sa conquête en faisant confirmer son mariage. Bref, le jeune duc fut si habilement ménagé et menacé par Mazarin, si prudemment conseillé par sa femme, qu'il fit sa soumission et ne donna pas à la France le scandaleux spectacle du sang de Richelieu révolté contre l'autorité royale.
Le prince de Condé n'avait gagné à ce mariage que la funeste satisfaction d'humilier la reine mère en lui racontant avec une verve insolente les aventures de la noce et en lui déclarant fièrement c qu'une chose de cette nature, faite devant des témoins comme lui, ne se rompait jamais». La reine dévora son ressentiment, mais Condé avait achevé de se perdre dans son esprit et donné beau jeu aux conseils énergiques de Mazarin ; quelques semaines plus tard il était arrêté en plein Palais-Royal, faisait vainement supplier la reine de l'entendre , et prenait, sous bonne escorte, le chemin du donjon de Vincennes. On sait ce qu'il advint de celte fatale prison, « où il était entré, disait-il, le plus innocent des hommes et dont il sortit le plus coupable. » M™^ de Motteville n'hésite point à rattacher les malheurs qui suivirent au succès de la coquetterie intéressée de M""" de Pons et à rapprocher les deux Hélènes, la belle, qui séduisit Paris et perdit Troie, et la laide, qui fit la conquête de M. de Richelieu et ne compromit que le Havi'e *.
i. J/"* de Motteville^ t. III, ch. xxxvi, xxxvii, 1649.
Af"* d'Aiguillon, qui s'était flattée de donner à ses neveux de grands établissements, devait éprouver un nouveau et amer déboire. Le marquis de Uichelieu, cadet du duc, s'éprit de M*'« de Beauvais, fille de cette femme de chambre éborgnée, longtemps favorite d'Anne d'Autriche et qui fut la première aventure de Louis XIV. Le marquis était jeune, bien fait, spirituel, brave, et, son frère n'ayant pas d'enfants, il paraissait destiné à recueillir sa brillante succession. M"* de Beauvais n'avait pour elle que sa grâce, sa raison, sa vertu. C'était beaucoup trop peu aux yeux de M"* d'Aiguillon, mais ce fut en vain qu'elle essaya de lutter contre ces juvéniles amours. Le lendemain 'du mariage, elle enleva le mari et l'envoya en Italie; il en revint, toujours amoureux. L'orgueilleuse duchesse disait dans sa douleur : « Mes neveux vont de pis en pis ; j'espère que le troisième épousera la fille du bourreau. » Le troisième, heureusement, se fit d'Église. Le défunt cardinal était vraiment bien à plaindre d'avoir des neveux si tendres de cœur, et Mademoiselle, transportant naïvement dans l'autre monde les préjugés de celui-ci, s'écriait d'un accent convaincu : « Tout ce qui peut se dire là-dessus, c'est que si le cardinal de Richelieu pouvait voir de l'autre monde l'état où est sa maison, je crois que tous ceux qu'il a persécutés en seraient assez vengés *. » La duchesse de Richelieu, « fine et ambitieuse autant qu'adulatrice », poussa sa fortune avec une habileté qui répondait à son brillant début et fit un beau chemin à la cour. Vertueuse pour elle-même, elle sut envisager avec douceur les faiblesses d'autrui et aima mieux en profiter que s'en indigner. M*"" de Montespan était parente de son premier mari; elle s'aida de son appui pour obtenir la place de dame d'honneur de la reine, flatta sa fortune croissante, et, comme elle aimait à faire régner partout la paix et la concorde, elle finit par lui gagner le cœur de Marie-Thérèse elle-même, rapprochement inespéré dont le roi lui sut infiniment de gré ^
La faveur passa de M""® de Montespan à M"* de Maintenon. M"' de Richelieu ne fit que changer de protectrice. La veuve