Mémoires de M^^" de Montpensier, I" partie, ch. xvii
2. « M""* (le Richelieu a reçu des lettres du roi si excessivement tendres et obligeantes, qu*elle doit être plus que payée de tout ce qu'elle a fait. » (W* de Sévigné à 3/'"* de Grignany 5 juillet 1675.)
de Scarron^ jeune, sans appui, sans fortune, avait été fort bien accueillie à I hôtel d'AIbret, puis à l'hôtel de Richelieu, où se réunissait une société d*élite. L'hôtel de Richelieu surtout était largement et gaiement hospitalier; la duchesse, avec sa complaisance habituelle, laissait son mari s'abandonner à ses instincts de faste et de dépense, et el le partageait d'ailleurs elle-même son faible pour les gens d'esprit. M*"* de Maintenon avait gardé des bons jours passés avec ses amis le plus riant souvenir ; son crédit, encore voilé, mais déjà tout-puissant, fit nommer la duchesse de Richelieu dame d'honneur de la première Dauphine, dont elle n'était elle-même que la seconde dame d'atours. La duchesse semblait descendre en quittant la même place auprès de la reine, mais en réalité c'était la considération de sa vertu et de son tact qui la désignait comme le plus sûr guide d'une jeune princesse toute nouvelle à la cour de France : les gens d'esprit saisissaient la nuance et trouvaient dans son abaissement même l'occasion de lui adresser une louange exquise *.
Malheureusement elle usa vite dans cette place brillamment accablante son esprit et sa santé ; son tact si admiré s'émoussa; elle eut de la peine à maintenir cette merveilleuse ordonnance de cour où triomphait sa science des hautes convenances. C'était pour le courlisan l'annonce de sa fin prochaine *. Ajoutez que sa haute fortune était troublée par une fortune plus haute encore; une blessure secrète rongeait son cœur: elle était jalouse de l'élévation inouïe de son ancienne protégée et de la place qu'elle occupait dans le cœur du roi ^, M"* de Richelieu et M°* de Maintenon avaient, à des degrés divers, plus d'un trait commun : un esprit patient et souple, une grande ambition voilée de modestie, le goût de la vertu, de la considération qu'elle inspire, le besoin de la communiquer, d'édifier et de perfectionner le prochain. M""* de Richelieu, tout en en tirant le meilleur parti, souffrait aussi des égarements du roi, travaillait à sa conversion par ses prières, et ne pouvait, hélas! y aider d'autre façon. De ces deux femmes, animées d'une ambition égale, l'une, mieux servie par la destinée et par un