Dangeau f 14 février
de sa dernière femme S soupçon purement gratuit: il avait depuis longtemps passé Tâge des mariages de sentiment. Ce qui était vrai, ce qu'on ne pouvait mettre en doute, c'est qu'il n'était point fait pour rester veuf. Jamais homme n'eut l'humeur plus prompte à s'engouer, plus prompte à se détacher, et ne songea moins à contraindre son humeur. M"' de Maintenon disait à M""" de Caylus «que ses amis s'apercevaient même de la place qu'ils avaient dans son cœur par celle que leurs portraits occupaient dans sa chambre. Au commencement d'une connaissance et d'une idée d'amitié, il faisait aussitôt peindre ceux qu'il croyait aimer, les mettait au chevet de son lit, et peu à peu ils cédaient leur place à d'autres, reculaient jusqu'à la porte, gagnaient l'antichambre et puis le grenier, et enfin il n'en était plus question'. » Ainsi, sans doute, ses femmes s'effaçaient Tune l'autre de son cœur et prenaient successivement le chemin du grenier.
Son dernier engouement fut pour la veuve du marquis de Noailles, ou plutôt pour ses grands biens. Celle-ci connaissait ses embarras et ses besoins ; mais elle était née dans la robe, elle ne put résister à la tentation de monter enfin au rang de sa belle-sœur la maréchale de Noailles, et de jouir aussi d'un tabouret à la cour. Ce mariage, après tout, n'aurait été que ridicule, si les époux n'avaient cru pouvoir disposer de la destinée de leurs jeunes enfants en môme temps que de la leur; mais ils eurent le triste courage de présenter à la fois deux contrats de mariage à la signature du roi, le leur et celui du duc de Fronsac et de M"* de Noailles. Le duc de Fronsac avait sept ans, M"* de Noailles en avait onze ; elle apportait à son mari 400 000 francs de dot, et des espérances évaluées à 800 000 francs. iM. de Richelieu avait voulu faire. du même coup sa fortune et celle de son fils. Le contrat de mariage prévoyait tout, même la mort de M"" de Noailles, et à son défaut, le duc de Fronsac devait épouser sa sœur cadette avec tout le bien de la maison, de sorte qu'il ne pouvaitque gagner à l'événement. La marquise de Noailles consentit à tout pour devenir duchesse ^.