‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 87 sur 318 · Saint-Simoriy t. VII, p. 18. — Dangeau, 5 janvier · texte numérisé non relu

Saint-Simoriy t. VII, p. 18. — Dangeau, 5 janvier

2. Un effet de ces alliances redoublées et tardives était de confier la destinée d'une jeune famille à des pères octogénaires. Celui-ci du moins n*eut pas lieu de trouver sa tâche bien pesante. L'affaire fut vivement et heureusement menée : il fallait bien faire diligence pour user du crédit de M. de Richelieu auprès de M"' de Maintenon. L'époux improvisé était d'ailleurs le fils

Quantau ducdeFronsac, il avait fait en 1711 le mariage arrêté dès 1702; il avait alors seize ans.

C'était la plus jolie créalure de corps et d'esprit qu'on put voir. Son père l'avait déjà présenté à la cour, où M"® de Maintenon, ancienne amie de M. de Richelieu, en fit comme son fils, et par conséquent M"® la duchesse de Bourgogne et tout le monde lui fu merveilles jusqu'au roi. Il y sut répondre avec tant de grâce et se démêler avec tant d'esprit, de finesse, de liberté, de politesse, qu'il devint bientôt la coqueluche de la cour.

M. de Fronsac voulut plaire à toutes les femmes, hormis à la sienne, tout aimable et spirituelle qu'elle était. Trois mois après son mariage il avait déjà fait tant de sottises, qu'il fallait, sur la demande même de son père, renfermer à la Bastille : son insolente fatuité avait osé s'attaquer à la duchesse de Bourgogne *. Il se corrigera, écrivait alors Dangeau ; il est si jeune et il a tant d'esprit^. On sait si cette espérance se réalisa; le futur vainqueur de Mahon devait compromettre plus d'une princesse de la maison de France. Sa femme mourut jeune

du plus vertueux ménage de la cour, de M. et de M°"> du Ghâtelet, et le petitfils du maréchal de Bellefonds. M*^ du Ghâtelet, faite dame du palais pour sa vertu, fréquentait peu Marly et vivait surtout à Vincennes, dont son mari était gouverneur. Celui-ci, ancien lieutenant général, plein de bravoure et d'honneur, ne faisait guère mieux sa cour. Leur fils avait un régiment ; mais avec de tels parents et point de fortune, il courait le risque de rester célibataire, si M . de Gavoye n'eût songé à lui faire obtenir M"* de Richelieu avec la survivance du gouvernement de Vincennes. U prend à part le duc de Richelieu, lui communique son projet, le persuade; la dot de la jeune fille est réglée sur Theure. On s'ouvre à des amies de l'autre famille, à M*"' de Saint-Géran et à M*"" de Nogaret. L'une mande à Versailles M. et M*"' du Ghâtelet; l'autre presse M. de Richelieu d'aller de l'avant. Il trouve l'avis sage, voit aussitôt sa vieille amie, M*"' de Maintenon, écrit sur son conseil une lettre au roi. Le roi la lit, M*"' de Maintenon appuie d'un mot, et la survivance de Vincennes est accordée, le tout en moins d'un jour : « du dîner au souper l'affaire fut imaginée, réglée et consommée ». Le lendemain, M. et M*"* du Ghâtelet arrivaient à Versailles et apprenaient de la bouche de MM"»" de Saint-Géran et de Nogaret que leur fils était gouverneur de Vincennes en survivance, et marié â la fille d'un duc et pair, bien élevée et dotée de 500 000 livres. Cette fois la faveur et l'amitié étaient venues en aide à de braves gens ; mais il est à remarquer que, même dans ce mariage fait avec les meilleures intentions du monde, on unit sans aucun scrupule et sans faire les moindres réserves deux personnes qui ne s'étaient probablement jamais vues. (Saint-Simony 1 11, p. 352; t. VII, p. 18, 47. — Addition à Dangeau f 19 avril 1714.)

1. Saint-Simon, t. V, p. 402. — Lettre de Madame du 2 mai 1719.

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