‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 92 sur 318 · Diingeau, \" avril · texte numérisé non relu

Diingeau, \" avril

yelle duchesse d'Aiguillon avait les traits distinctifs de sa famille : elle était spirituelle, glorieuse, originale.

C'était une des plus extraordinaires personnes du monde, avec beaucoup d'esprit. Elle fut un mélange de vanité et d'humilité, de grand monde et de retraite, qui dura presque toute sa vie.

Sa vocation pour la vie religieuse fut un peu plus marquée que celle de sa tante, sans aboutir davantage. Elle prit et quitta plusieurs fois le voile blanc aux filles du Saint-Sacrement, de la rue Cassette. Elle se plaisait à se retirer dans ce monastère, à l'enrichir, surtout à y régenter, à y faire la supérieure, mais elle hésitait toujours à prononcer les derniers vœux ; quand elle y mourut, à soixante-dix ans (1704), elle portait encore le Voile de novice ^ Le marquis de Richelieu voulut alors se présenter comme héritier de son duché, mais le chancelier, travaillé par Saint-Simon, écarta sa demande en alléguant que la clause de cession attachée à l'érection de ce duché avait été épuisée par M"* de Combalet en faveur de sa nièce.

La cause perdue par le père devait être gagnée par le fils, le comte d'Agénois, grâce à l'appui du plus irrésistible des avocats. Cette fille de M""* la Duchesse, que nous avons vue épouser un bizarre avorton des Conti, se prit de passion folle pour le comte d'Agénois, qui ne ressemblait aucunement à son époux, et oublia pour lui toutes les bienséances. Il ne bougeait de chez elle, y gouvernait avec empire : le mari du moins, le prince de Conti, n'existait plus ^ ; mais lorsque son amant était malade, la princesse de Conti s'installait à son chevet avec un superbe mépris pour la comtesse d'Agénois encore vivante. Celle-ci voulut se rebéquer, fut rudement menée, et dut se résigner à disparaître dans les circonstances de ce genre. Jamais adultère ne brava plus effrontément le grand jour.

Ils voyagèrent ensemble par tout le royaume, en équipage et en maintien fort étrange. Elle passait trois ou quatre mois chez lui, près de Tours, à Veret, jusque-là que M. le prince de Conti, son fils, tout jeune qu'il était, en écrivit des plaintes au roi que son gouverneur surprit et brûla.

1. Samt'Simonf t. III, p. 136. « Elle signait la duchesse novice, écrit Dangeau, et était fort extraordinaire en tout. » (18 décembre 1704.)

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