‹ Les mariages de la créoleChapitre 29 sur 71 · CARNET DE VOYAGE · texte numérisé non relu

CARNET DE VOYAGE

l"" A Alençon. — Affaire Galan^lti... pw de chose... Lettre du mari à mademoiselle X..., des Délassements^ il lui redemande sa correspondance... Dans celte lettre, il y a 1^ preuve de 10,000 fraipcs dépensés en dehors du ménage pour uo^ des reines dje Mabille. Pri^ au rabais : ^,000 francs.

2® Idem, -r- AlençoM. — Affaire Suzanne Leloir... depuis m^ame de Pelhoat : Lettre imprudente à Maljiilde Lerveux... (voir la Fille atix cheveux d'or de Çalzac)... Prix 5,000 francs.

3** A Rean.es., — : Affaire sérieuse...

£t cela se continuel aii^si pendant deux ou trois pages; ms^s Alençon. n'était qu'une des petites ét^jçs d^ la route que se proposait cje suivce la créole. A,i4ssi passerons-nous légèrement sur cette excursion. 4dns \^ çheMfie^ de TOri^e. Di^ns s^-

lement que les deux chantages réussirent au delà des vœux de la créole, car madame de Pelhoat, autrefois Suzanne Leloir, racheta sa lettre 6,000 francs au lieu de 5,000, prix fixé par les entrepreneurs Simon et Magarthy.

C esta Rennes que nous allons maintenant mener le lecteur, s*il veut bien continuer à nous suivre à travers le dédale de cette existence décousue, mais fournissant à chaque instant de nouveaux sujets d*étude de mœurs, et à côté de laquelle viennent, de temps à autre, se grouper de nobles contrastes, qui rafraîchissent Tesprit et le réconcilient avec la nature humaine.

Nous n'avons pas Tintention de faire ici une description topographique de la cité de Rennes ; cet ancien siège des parlements bretons est assez connu pour que nous puissions nous dispenser d*en parler. Nous nous étendrons plus volontiers sur les mœurs et les habitudes de cette ville... mœurs anciennes, habitudes antiques s*il en fut jamais!...

La civilisation n'a «pas fait un pas dans cette partie de la Bretagne, du moins quant à la classe noble. La même démarcation existe encore entre le bourgeois et le gentil làtre, même ruiné, qu'au beau temps de la féodalité. Les gens de la bonne compagnie ne se voient qu'entre eux. Il n*y a point comme à Paris de tolérance pour le talent, l'esprit ou le

succès. A Rennes, le noble ne comprend pas la fréquentation d'un artiste de talent, d'un homme de lettres distingué, si cet artiste ou cet homme de lettres n'a pas une généalogie. Il n'y a guère, du reste, que dans 11 Ile-et-Vilaine et dans la Vendée qu'on trouve encore aussi vivace Tesprit de caste, et la révolte aussi forte nent organisée contre tout progrès. Médisants à Texcès, les gens du grand monde ne s'épargnent pas entre eux. Mais quand il s'agit de la caste, toutes les anciennes inimitiés sont oubliées, et tous se réunissent d'un touchant accord sous leur drapeau commun, dont la devise est Mort au progrès! — Singulier pays ! Les plus grandes fortunes territoriales se trouvent dans ces deux départements, et cependant, la plupart du temps, le peuple y meurt de faim.

Aussitôt arrivée à Rennes, Magarthy s'installa à l'hôtel de la Poste et envoya son valet de pied, autrement dit Simon Lenoir, s'enquérir de l'adresse de madame la marquise de Kerloskouët. Il était en même temps chargé d'une lettre confidentielle pour la marquise, lettre écrite par lui sous la dictée de Magarthy. A force de ruse, Simon parvint à remettre en mains propres, et sans que personne s'en aperçût, cette lettre à madame de Kerloskouët. Il s'était d'abord rendu à son hôtel situé sur la place d'armes ; mais on lui avait dit que la marquise ve-

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nait de partir pour la Motte où se faisait eatendrd La musique du 10° d'artillerie. Il se rendit à cette promenade, et, après avoir questionné plusieurs personnes, il put enfin se faire désigner la mar^ quise. Elle était assise sur un fauteuil, à Tombre d'ua bel orme; im enfant jouait à ses pieds, taudis que sa bonne tricotait à deux pas de lui sur une chaise. Il était une heure à peine, et la promenade n'était pas encore eucombrée. La marquise se trouvait donc assez isolée. Simon Lenoir, avec la dextérité d'un singe, parvint, sans se faire remarquer, à s'appuyer un instant contre Tarbre auquel la marquise était adossée, et, arrivé là, il prononça assez haut pour être entendu clairement de madame de Kerloskouêt, mais assez bas aussi pour n'être entendu que d elle, ces deux noms sur lesquels il appuya d'une façon toute particulière :

— Raoul de Faveleu !

A ces mots, madame de Kerlo.skouël ne put retenir un léger cri d'eifroi ; le livre qu'elle tenait lut échappa des mains... Simon Lenoir profita de la circonstance : il se baissa rapidement, ramassa le livre dans lequel il eut le temps de placer la lettre de Magarthy, et, saluant profondément, il le remit à la noarquise en lui disant : ^ Lisez ! »

Puis il d.isparut dans la Coule, qui n'avait remarqué qu'une chose, c'est que la marquise a.vait

laissé tomber son livre et qu'un domestique le lui avait ramassé. C'était fort simple, et personne ne fit attention à cet incident.

Cependant la marquise, en proie à une agitation qu'elle avait peine à dissimuler, se hàla de retourner chez elle... Cette lettre lui brûlait les mains à travers le volume qui la renfermait.

« Eh! quoi, murmurait-elle... au bout de dix ans... ce nom!... Oh! mon Dieu! quel est donc le malheur qui me menace?... »

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