‹ Les mariages de la créoleChapitre 4 sur 71 · IV AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AYANT-PROPOS

qui ne s'est jamais reposé tant qu'il n'a pas eu douze millions y le chiffre qu'il s'était fixé! qui a passé toute sa jeunesse, tout son âge mûr dans ses bureaux, courbé sous le poids du labeur qu'il s'était imposé ! Mais aussi quelle aimable et charmante famille était la sienne ! une femme adorable, d'une douce et sereine vertu, qui avait su rendre la rigidité attrayante, des filles qui avaient toutes les capacités financières de leur père unies aux grâces de la femme; un fils loyal, dévoué, candide, en un mot une famille qui eût pu le continuer au besoin! Eh bien, il arriva à cet homme, qui avait été jusqu'à soixante ans le modèle des pères de famille, du bureaucrate obstiné, ce qui était arrivé au caissier, mari de la pauvre Adèle, dans l'intéressante étude d'Eugène Sue, intitulée la Lorette. Sevré pendant de longues années, à l'âge ordinaire du repos, Tayeur eut soif de tous les plaisirs , de toutes les voluptés acres et malsaines que n'avait pas savourées sa jeunesse étiolée, comprimée; il sentit des effluves ardentes, ignorées, s'éveiller et courir en lui; il se mit enfin k jeter sa gourme^ suivant l'expression dont se servait le plus spirituel des banquiers parisiens, X..., en parlant de lui.

c Saisi d'une fièvre subite, d'un éblouissement vertigineux, il voulut jouir de tout à la fois et tout de suite, avec violence, avec emportement, sans frein comme sans mesure; c'est alors qu'il se forma, à prix d'or, ces écuries et cette galerie qui lui ont fait tant d'envieux et qui eussent demandé des années à un autre pour les

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organiser; qu'il se fit admettre au Jockey-Club, donna le ton aux gandins de la finance et que, pendant quinze jours, les coulisses de TOpéra ne parlèrent que de ses excentricités et de ses aventures.

c Parmi ces dames, c'était à qui avait reçu le plus beau bracelet, les propositions les plus étourdissantes, propositions souvent reçues avec un éclat de rire par quelque muse du chant ou de la danse, plus éprise de son indépendance, ou de son amant peut-être, que de l'or du manufacturier.

c Ce vieillard eut, en un mot, une adolescence tardive, plus orageuse, plus virulente que celle de tous nos roués. Sa femme, confiante en trente ans de vertu, ne s'apercevait de rien.

c Mais au bout du compte, tout cela n'eût été que demi-mal et tôt ou tard la gourme, à force dejeter, se futséchée, pour suivre la comparaison réaliste de... Mais sa mauvaise fortune mit sur son chemin , au moment où tous ses entraînements étaient encore dans leur eflFervescence, la Magarthy et... Tenez, la voilà qui s'arrête; je continuerai tout à l'heure. »

En e£fet, tandis que nous devisions ainsi, la voiture que nous avions entrevue quelques instants auparavant s'était avancée au pas, et, empêchée par je ne sais quel obstacle, elle prenait, juste en face de nous, son point d'arrêt. Deux femmes occupaient le fond de cette calèche; l'une était madame Tayeur ; je la reconnus au portrait qu'en avait tracé Paul. Agée d'environ quarantecinq ou^cinquante ans, d'une taille élevée et imposante,

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