II
Il s'en fit le guide et le protecteur. Il entreprit de lui apprendre le monde et la vie, et rien n'eût été plus délicieux à contempler que le tableau de leur intérieur. Où en trouver de plus chaste, de plas tranquille, de plus studieux ?
Largillière, un bras passé autour de la taille de la jeune femme, se promène dans le parc^ il parle et Reine écoute, attentive et recueillie. De teâips à autre, elle questionne et son mari lui répond en éclairant les points qui semblent Tembarrasser.
Il lui fait comprendre les joies suprêmes de la conscience. Rien ne peut égaler la félicité que donne la satisfaction de la conscience.
— Sois dévote, si tu veux, lui dit-il ; mais avant de consulter un homme, ou dlmplorer un Dieu, interroge ta conscience. G est elle seule que Dieu a chargée de te répondre, et elle est toujours prête et infaillible. La conscience est toujours réellement vraie. Dans toutes les occasions de ton existence, réfugie-toi sans cesse en elle, n'imite pas ces gens qui n'ayant jamais fait rien de répréhensible et, se voyant en butte aux perfidies des méchants et aux accusations des envieux, se découragent et semblent vouloir abandonner la cause du juste et du vrai. A quoi bon la vertu, disent-ils? A quoi bon essayer de faire le bien sur la terre... Le vice adroit et souple, la ruse et le savoir faire
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seroDt toujours trioinphaDts. Ce sont là, mou amie, des faiblesses qu'il faut éloigner de son cœur. Ceux qui se découragent, qui désertent en un mot, n'ont pas interrogé leur conscience. Ils ignorent, les malheureux, les joies sublimes de la conscience, et c*est cette ignorance des bonheurs intimes qui les fait douter des autres et d*euxmêmes. Lorsque tu verras une bonne action de toi mal interprétée, et, d'une autre part, l'action hypocrite d'un fourbe vaotée. . . tu t'indigneras d*abord. . . Ce premier mouvement est naturel; mais réfléchis un peu, et consulte la voix secrète... Elle te consolera dans tes petites désillusions, elle te montrera du doigt la vanité du monde, et ton âme peu à peu rassérénée oubliera les mécomptes de la vie et bénira la conscience qui t'aura éclairée, raffermie, consolée.
Reine écoutait avidement son mari; leurs conversations l'avaient rendue une vraie sainte, dans Tacception véritable de ce mot, si souvent et si mal employé. Sa religion n'était pas très voyante : elle pratiquait peu ; mais elle remplissait tout ce qui Tenvironnait de joie et de contentement. Elle ne se bornait pas à entretenir' son mari, de son amour, elle le lui prouvait activement dans les plus petites comme dans les plus grandes choses. Elle s'associait à toutes ses pensées, s'assimilait tous
ses goûts, partageant ses relations, ses études et ses travaux. Elle aimait le monde, lorsqu'il souhaitait Vy conduire, et elle y brillait d*un éclat sans pareil; elle aimait la solitude, s^il éprouvait le besoiu de la retraite.
A la campagne, elle se faisait belle pour lui seul, elle aimait à charmer son cœur par sa grâce et son esprit naturels; mais elle aimait aussi à conserver le prestige des yeux. Lui, de son côté, faisait grande toilette, et un beau jour, ils sortaient du château, en calèche à la Daumont, elle brillante, comme si elle eût été faire étalage de luxe au bois, ou à Longchamps, lui, splendide, comme s'il eût reçu une lettre d'invitation d'un roi. Ils parcouraient ainsi la forêt, émerveillant les bûcherons et eJBTarouchant les biches et les cerfs. D'autrefois, ils faisaient allumer deux cents bougies dans leur grand salon, et toujours dans des toilettes originales et d'une exquise fraîcheur, ils se donnaient une soirée d'apparat à eux deux seulement. Elle se mettait au piano, ils chantaient des duos et terminaient cette fêle intime par un fin et délicat souper.
Certes il y avait un peu d'enfantillage dans tout cela, mais l'enfantillage a bien souvent son charme.
Lorsqu'ils étaient séparés, ce qui arrivait rarement, elle s'enfermait dans une agréable solitude
et là , elle essayait de se mettre au courant des affaires politiques ou mondaines. Elle lisait tous les journaux, toutes les brochures, y cherchant tout ce qui pouvait intéresser son mari et elle lui adressait de longues lettres où elle rendait compte de ses lectures. Elle ne mettait aucune prétention dans son style. Elle n'avait pas d'art, mais elle possédait une élégance et une naïveté adorables. Ses lettres dictées par le cœur, n'avaient rien qui rappelât le bas-bleu... C'était toute la poésie de son âme pure et passionnée.
Telle était Reine, lorsque^ sur les instances de son mari qui avait besoin de se reposer de ses travaux parlementaires et de ses occupations financières, elle fit une apparition à Bade. Grâce aux nombreuses relations de M. de Largillière, la jeune marquise fut admise d'emblée dans les diverses coteries où sa beauté et sa naïveté enchanteresses furent bientôt le sujet de toutes les conversations. Quoique de caractère et d'allures opposées, M. de Largillière et le prince avaient été fort liés autrefois. La connaissance fut vite renouée etM. de Largillière reçut la confidence des projets de mariage du prince.
Le rêve de Magarthy, nous l'avons déjà dit, était de pénétrer dans le sanctuaire de la haute société de Bade... Le prince aurait pu y présenter sa femme; mais il ne pouvait y faire admettre facile-
meDt malfamé de Talin, riche et titrée sans doote, mais inco&Due de tous. Il fut donc ooo?ena entre le prioce et Magarthy que Ton tâcherait d'amener une liaison entre cette dernière et madame de LargiHiëre. En conséquence, Magarthy oiiganisa tme tombola, s'en nomma elle-même dame patromesse et un benu jour, sous le prétexte de placer des tSIIets, madame la baronve de Talin se préseota tfhex Reine am moment, où selon leur convention, le prince s'y trouvait de son côté. Magarthy fal adroite, insinuante. Le prince ne tarit pas en âoges sur madame -de Talin , sur ses adorables enfants et sur la manière admirable dont elle dirigeait seute une fortune importante. Quant à Reine, elle prit quelques billets, causa peu et se tint sur la défensive. Tout en remerciant Magarthy de Tassocier à une bonne œiïvre, elle ne cessa d'observer la créole d'une façon persistante et qui, sans pouvoir passer pour impolie déconcerta fortement celle-ci.
La visite fut courte, malgré les efforts du prince pour alimenter -la conversation : Reine semblait distraite et Magarthy se retira sans avoir reçu une invitation à revenir ou la promesse d*une visite de madame de Largillière.
Resté seul avec la marquise, le prince ne put s'empêcher de lui témoigner son étounement de sa froideur :
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— Que vousa donc fait cette pauvre baronne?... Vous, si bonne, si affable... vous l'avez reçue plus qu'indifféremment.
— Prince, il y a longtemps que jai vu cette dame pour la première fois... huit ans, peut-être. C'était sur un paquebot et, comme elle s'était pour ainsi dire emparée de moi, je me laissais aller aux charmes de ses prévenances... Cela déplut à mon frère, qui me pria d'un ton que je n'oublierai jamais, d'éviter cette femme... J'ai obéi, et tant que mon frère n'aura pas levé la consigne, je ne parlerai pas à cette baronne de Talin, dont le nom était autre, ce me semble, il y a huit ans. Il existe un mystère entre cette femme et mon frère... mystère que je ne comprenais pas alors... mais que je crois deviner aujourd'hui... Du reste, je vais lui écrire à ce sujet :
— C'est cela. — Et moi aussi, je l'interrogerai... Cette histoire de paquebot me parait louche.
En effet, le prince écrivit aussitôt. .. Quelques jours après, il reçut la réponse suivante :
« Cher prince,
« Votre lettre m'a épouvanté! Vous voulez, me « dites-vous, épouser la fille d une femme qui se « fait appeler Octavie de Talin... Autant vaudrait
€ VOUS mettre une pierre au cou et vous jeter dans « le Rhin. Sur mon honneur de gentilhomme, vous « ne pouvez entrer dans cette famille. Elle se « nomme Magarthy; c'est une esclave affranchie. « Elle a empoisonné sa mère, elle a assassiné sa « maîtresse, madame de Ceroy, elle a voulu me « tuer et m'a volé comme dans un bois. Jalouse « sans amour, haineuse sans raison, corrompue « sans tempérament, cruelle par instinct, Magarthy « est un monstre. Cette femme, capable de tout, « porte avec elle la mort et le déshonneur.
« Voilà ce que j'ai à vous dire... Je suis si « troublé de votre confidence que je ne suis pas « maître de mes expressions. Je vous répète seu- « lement et cela, sur mon honneur, que je suis « resté au dessous de la vérité. Dans ma convic- « tion, cette femme finira dans une prison ou sur « IVchafaud.
« Ma sœur a reçu de moi l!ordre formel de ne « jamais approcher de cette misérable. Je n'ai pas « voulu souiller son esprit par la révélation de cer- « taines turpitudes, mais j'écris à mon beau frère « une lettre à peu près semblable à celle-ci.
« Adieu, prince, courage!
« Votre dévoué ,
« De Mingen. »
Ce billet plongea le prince dans une stupéfaction douloureuse. Il aimait ardemment Mézélie, il s*en croyait aimé, mais il aimait et respectait par dessus tout le nom que ses aïeux lui avaient transmis. 11 se décida donc à rompre brusquement ses chaînes, car il ne doutait pas de ce que lui disait de Mingen. Celui-ci ne pouvait être soupçonné en fait d'honneur et de vérité. Il se résolut donc à écrire à la baronne de Talin une lettre que nous transcrivons ici, pour montrer que la délicatesse du prince ne Tabandonuait pas, même dans les circonstances où il lui eût peut-être été permis d'être tout autre.
« Madame la baronne,
« Pardonnez-moi de vous annoncer si brutale-
« ment mou départ de Bade. Hélas! oui, ma-
« dame, je pars et me vois dans la douloureuse
« nécessité de rompre des relations qui m'étaient
« douces et précieuses... il le faut cependant! —
« Rappelez -moi au souvenir de mademoiselle
« Mézélie que mon mauvais destin me contraint à ne
« plus revoir jamais... J'ai hésité à vous écrire...
« Mes motifs sont sérieux, cependant, il ne tien-
« dra quà vous qu'ils ne soient connus de per-
« sonne, excepté d'une nommée Magarthy, dont je
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c oMUUÛs TOUT! rhistove. Magarihy tal tctueUe- € ment à Bade : tous la comaissezl — deiian- « dei-lai les raisons qai ni*éloignent pour Ion- « joars de Thonorable famille de Talin et de la « jeoM fille que j*aimais... Vous oemprendrez « alors comment il se fait que je n*aie pas d'aitre « pnrtià prendre.
« AumaT D'AuiàQiB. »
Magarthy reçat cette lettre pendant le déjcuer. EUe la ht... — nons savons qu*eile a?ait appris à lire... — elle la lut sans que sa physionomie exprimât aucun des sentiments que cette lecture faisait naître dans son âme. Au premier moment, elle crut s*étre trompée et elle la recommença deux fois, trois fois.
— Allez au jardin, dit-elle enfin à ses filles... j*ai besoin d^étre seule t
Mézélie et ses deux sœurs obéirent.
Une fois seule, la créole put laisser le cbamp libre à sa colère, à sa rage! Comment le prince avait-il pu savoir son passé...? Cëtait Reine, sans doute, qui instruite par son frère avait tout révélé! c Malheur à elle... malheur au prince! La mort pour tous deux ! » — Telles furent ses premières pensées : elle voulait se venger! En proie é
LES lUBIACaSS DB LA GRÉOUI. 9e
une sorte de délire farienx, elle se promenàil avec agitation dans le cabinet où elle s'était renfermée. Qui Teùt vue alors, Teùt prise pour une des sorcières de Macbeth. Les cheveux épars, la bouche écumante, les yeux hagards, le sein con« vulsivement agité... elle n'avait plus rien d'humain! Tout son passé aurait pu se lire sur son front dépouillé de son masque habituel. De la femme, il ne restait que Tenveloppe...! Le démon qui habitait ce corps apparaissait dans toute sa laideur* Tous ses crimes passés pouvaient se lire sur sa physionomie. Le meurtre, le parricide étairat imprimés en caractères livides sur ce visage décomposé. La débauche n'avait pas atteint la luxuriante richesse de sa nature; mais d'un seul coup, la haine venait d'opérer une transformation monstrueuse. Gé n'était plus ni Messaline, ni Marco, ni la Marton... c'était Brunehaut, Locuste ou Némésis. Verte plutôt que pâle... les lèvres contractées, elle s'assit dans un fauteuil et resta près d'un quart-d'heure plongée dans une profonde méditation. La lettre fatale était placée sur un petit guéridon en face d'elle... Elle la consultait de temps à autre, et déchiquetait machinalement le meuble avec un canif qu'elle avait à la main. On sentait qu'elle n'eût pas hésité en ce moment à poignarder elle-même ceox qu'elle appelait des
lâches et des misérables. Elle ne put tenir longtemps contre toutes ces émotions... Elle sentait qu'une crise approchait... ses tempes battaient avec force... Elle eut encore la présence d'esprit de fermer toutes les issues, puis mettant un mouchoir sur sa bouche pour étouffer les cris qu'elle sentait près de lui échapper, elle se laissa glisser sur le tapis et s'y roula, en proie à d'horribles convulsions. Cependant, elle fut, même dans le paroxisme de la crise, assez maîtresse d'elle-même pour qu'aucune vocifération ne la trahit... Elle serrait son bâillon volontaire entre ses dents; et tandis que ses mains frappaient des ennemis imaginaires, tandis que son corps se tordait dans tous les sens et qu'elle mettait en lambeaux tout ce qui la couvrait, elle ne prononça pas un mot... Elle râlait, mais aucun (je ses soupirs étouffés par le mouchoir qu'elle avait fortement attaché derrière sa tête, ne fut entendu au dehors. Pendant une demi-heure, elle fut folle, véritablement folle furieuse. Tout son passé jaillit à ses yeux comme apparaissent les spectres dans les fantasmagories* — Elle revit sa mère, madame de Cerny... elle revit ses compagnes de prostitution qui la montraient du doigt à la Marton, en riant de tout leur cœur! Toute sa vie flétrie, méprisable se dressa devant elle. Cerny, master John, deMingen,les ma-
LES HARIAGES DE LA CfiÉOLE.^
telots, les nègres, le priace, la duchesse, Reine, Prisse, Berthe, Tayeiir lui-même, défilèrent devant ses yeux, dans ce panorama fantastique. Elle se vit traînée sur une claie dans les rues, attachée au pilori... et elle sentit même la brûlure d'un fer rouge sur son épaule... Elle se retourna violemment, et dans le bourreau, elle reconnût Simon Lenoir qui lui souriait diaboliquement. Puis vint la cour d'assises... M. de Lauméuil pleurait dans un coin et ses filles étaient placées aux côtés du président... Un homme habillé de rouge comme dans les drames de sang, la saisit et elle se trouva sur une place immense où plus de dix mille personnes criaient : < A mort la parricide, à mort la meurtrière, à mort la faussaire ! • — Et Simon Lenoir, toujours Simon, son complice, rhomme rouge du tribunal, lui passa autour du cou une corde froide comme la glace... Ses filles étaient à une croisée vis-à-vis de la potence et causaient en riant avec le prince, la duchesse. Reine et M. de Mingen qui leur désignait Magarthy du doigt. C'en était trop pour ses forces. Au moment où Simon serrait le nœud fatal, Magarthy s'évanouit. Mais cette syncope ne fut pas de longue durée. Elle reprit bientôt ses sens et se hâta de changer de toilette et de recomposer son visage. La réflexion remplaça les transports primitifs qui
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lOâ LES MARIAGES DE LA CRÉOLE.
Tavaient envahie et quelG^ae chose comme ud remords traversa son âme... si toutefois elle avait une âme! Elle se compara aux autres femmes, à Reine surtout... cette noble jeune fille, cette heureuse épouse, cette chaste mère... Elle pleura, suite.inévitable de toute crise nerveuse, elle pleura, en pensant que ses enfants la mépriseraient un jour et ridée du suicide surgit dans son cerveau.
Mais, si elle mourait, que deviendraient ses enfants? Ses enfants... la seule chose au monde qui pût la toucher. Il fallait que ses filles fussent heureuses ! Il le fallait, même au prix de nouveaux crimes de sa part.
Mais que tenter?
Elle avait, bien au fond du cœur une ressource, c'est à dire une idée vague qu^elle caressait en rêve... et qui si elle devenait réalisable, pouvait lui donner quatre chances d^arriver peut-être à la richesse. Je dis quatre chances, parce que chacune de ces chances était séparée et pouvait, cependant, à un moment donné, servir toutes les quatre à la fois. Magarthy recevait souvent des lettres, mais il y avait surtout quatre écritures, quatre initiales qui Tintéressaient plus que les noms écrits tout au long au bas des lettres indifférentes. Chacune de ces lettres venait d'un homme, et chacun de ces hommes pouvait, si son idée pre-
nait un corps, devenir pour elle an auxiliaire, une ressource suprême... qui sait? tous quatre peutêtre, à Tinsu l*un de Tautre, pouvaient concourir à sa fortune.
Quoi qu*il en soit, cette rupture du prince d*Ârmagne laissait Magarthy dans une situation affreuse. Elle était au bout de son argent et elle ne pouvait en rien diminuer ses dépenses. Elle avait bien, commed*habitude, plusieurs aman tsàParis... Mais leur concours officieux dépendait d'une condition sociale apparente que Magarthy n'était pas sûre de pouvoir leur opposer encore... Jusque-là, ce n'étaient que des liaisons de convenance^ ainsi que lord Shesterfield nomme les intrigues passagères, qu'un homme du monde accepte joyeusement avec toute femme paraissant riche, posée et dont le physique est encore convenable, liaisons qui n'ont rien deà entraînements de la passion, qui n'engagent à rien et qu'on rompt comme on les forme, le plus facilement du monde. Elle ne pouvait compter sur l'aide efficace de ses amis et elle ne croyait plus pouvoir prétendre à inspirer une passion.
— Mon règne est fini , se dit-elle pour la centième fois, depuis un mois,... mais j'ai mes filles... et...
Rendons justice à Magarthy : l'horrible pensée
qu*elle allait exprimer, s^était à peine présentée à son idée qu*elle la rejeta avec terreur.
— Oh! jamais! jamais! mes paavres enfants! les voir continuer ma vie misérable... jamais! Plutôt les tuer, s'écria-t-elle avec énergie, dans le paroxisme de Findignation que lui inspirait la tentation qui lui était venue un instant à Tesprit.
Une fols qu'elle eut complètement repris possession de son calme et après une longue méditation , elle se résolut à ne rien tenter ni contre Reine, ni contre le prince. Que pouvait-elle faire d'ailleurs? L'un et lautre étaient à Tabri de toute calomnie et Magarthy ne pouvait que se couler encore davantage, en essayant d'entrer en lutte avec eux. D'ailleurs, elle avait un projet en tète qui nécessitait un prompt départ.
Il s'agissait d'un gain assuré de 100,000 fr.... Le moyen de les gagner subitement lui était venu à l'esprit, au milieu de ses réflexions tumultueuses. Elle fit appeler Mézélie auprès d'elle.