‹ Les mariages de la créoleChapitre 47 sur 71 · UN AN APRÈS · texte numérisé non relu

UN AN APRÈS

Près d'un an s'était écoulé depuis Timpatronisation de la créole dans la famille Tayeur. Madame de Talin semblait avoir oublié sa maladie de cœur, elle comptait maintenant presque autant que madame Tayeur dans la maison. Le mariage des enfants avait cimenté une amitié déjà complète de la part de madame Tayeur. Ces deux femmes semblaient n'en faire qu'une. Les filles de Magartby étaient devenues les filles de madame Tayeur et cette bonne dame ne faisait pas une promenade sans prier Magarthy de l'accompagner. Bref, elle ne pouvait se passer d'elle.

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Sainte et noble femme , dans son aveuglement elle ne se doute de rien. Et cependant le scandale existe dans sa maison. Tout autour de celte famille, on murmure, on blâme. On accuse Tayeur d'immoralité, car peu à peu, le jour s'est fait sur sa conduite. Le monde^ cet investigateur inexorable auquel nul n'échappe, a depuis longtemps deviné les rapports qui existent entre le financier et la créole. Mais on parle à voix si basse que le bruit n'arrive pas encore jusqu'aux oreilles de madame Tayeur.

Quant à l'amant de Magarthy, il a beaucoup changé depuis un an. Son regard est soucieux, ses cheveux ont complètement blanchi et sa taille s'est voûtée. L'enfant d'Élretat est mort. C'a été un coup terrible pour lui. Il sent, d'un antre côté, que ses anciens amis commencent à lui faire froide mine. Magarthy le compromet, il le sait, mais soit crainte, soit habitude, il ne peut rompre une chaîne devenue trop pesante pour lui. Il est bien changé moralement aussi, le pauvre homme! Chaque jour il perd un peu de sens moral. Comme il faut qu'il donne à Magarthy la fortune qu'il lui a attribuée et que sa femme lui suppose, il reprend les affaires, il fait cç qu'il n'avait jamais fait dans sa longue carrière, si honorée, si honorable jusque-là. Il se met à la tète d'une société de

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mines, il joue à la bourse, et bientôt les millions ficlifs deviennent des réalités. Mais les millions, enfin acquis, de Magarthy ne lui procurent pas la considération. En vain Tayeur essaie*t-il de la produire chez ses amis les plus intimes : une conspiration sourde, latente, s'organise dans Tombre. Alors, Tayeur, comme tous les gens faibles» prend un parti extrême... On le voit partout avec Magarthy. Pendant une absence de sa femme, il donne un grand diner à Tévêque de... et il place sa maîtresse à la droite du prélat !

A Toulon, où il est allé visiter Tescadre, à propos d'une construction quelconque, l'attendait une aventure plus désagréable que toutes les autres. C'était le coup de grâce !

Tayeur et Magarthy accompagnés de quelques gros manufacturiers, parcouraient le port, examinant chaque bâtiment et admirant les manœuvres des matelots. On était fort gai, car la visite avait lieu après un splendide déjeuner offert par Tt^reur. On avait tiré le canon en fhonneur du manufacturier, OD riait, on causait joyeusement, quand un vieux matelot, qui passait près de ce groupe en si bonne humeur, considéra Magarthy avec une expression de surprise très grande, en s'écriant : Tiens! tiens! tiens!...

Celle-ci se prit à rougir jusqu'aux oreilles.

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