AVANT-PROPOS. VII
quise de B... me Tavait même présenté. Se voyant remarqué, il me salua, s'approcha de nous et vint grossir notre petit cercle.
— Je vous écoutais, monsieur, lui dis-je en souriant.
— Et ma conversatioii vous semblait intéressante? C'est le sujet de ma conversation que je veux dire, bien entendu, ajouta-t-il en riant aussi.
— Je l'avoue.
— Êtes- vous curieuse ?. . .
— De savoir quelle est cette femme? Oui! Le marquis Paul... avait commencé tout à l'heure, mais il n'a pas achevé.
— £h bien, je puis satisfaire votre curiosité mieux que lui. Vous m'avez entendu tout à l'heure; c'est la maltresse de M. Tayeur qui lui a donné son fils pour gendre et qui lui donne sa femme pour chaperon, qui lui a constitué, sans pudeur, 900 mille francs d'actions dans la société qu'il vient de fonder le mois dernier, et qui, enfin, a fait mettre en prison hier une pauvre vieille femme qui savait quelques-uns de ses secrets et lui avait rendu maints services, peu moraux, il est vrai, mais réels, ce qui aurait dû être une double raison pour la ménager. Voilà le point d'arrivée; quant au point de départ, beaucoup le savent, mais la plupart l'ont oublié. Par bonheur, je me souviens, moi. Le point de départ, c'est dans une plantation, une hutte misérable sur ia paille de laquelle une esclave est couchée; entre les deux points, comptez vingt-deux ans et imaginez toutes les misères, toutes les hontes, toutes les tur-