‹ Les mariages écrits au cielChapitre 3 sur 5 · I. AMOUR CIIRKTIKX · texte numérisé non relu

I. AMOUR CIIRKTIKX

Les traits peuvent se flétrir, et la fleur humaine effeuiller sa couronne de grâce. L'âme qui es'1 belle apparaîtra d'autant plus que les charmes visibles arrêteront moins les regards. Où la sculpture est idéale, le vêtement n'est point une parure ; où l'âme est divine, le corps n'est qu'un brillant haillon. Tant pis pour ceux qui n'ont aspiré qu'aux festins de la matière dans le mariage ; il n'est pas de festin sensible qui puisse remplir l'existence. Le moment vient toujours où il faut se lever de table avec ce dégoût qui met fin aux plus exquis repas. Ceux, au contraire, qui ont épousé une ^ âme, qui ont voulu un front baptisé pour « les baisers de leur bouche » (i) ; ceux qui ont trouvé un cœur dévoué pour leur cœur appelé à souffrir ; une voix que la prière a rendue douce et caressante, pour bercer leur oreille ; des lèvres « où la charité mit son miel » (2), tandis que l'amour y mettait sa flamme ; ceux qui ont épousé « la femme

(1) Cant., 1, 1.

(2) Cant., iv, 11.

forte » (i) pour supporter, résignée pour souffrir, patiente pour obéir, chaste pour aimer fidèlement ; ceux-là sont des dieux auprès du premier qui décotivrit sous le ciel enchanteur, mais sur le sol païen de la Grèce, la dure et froide déesse de Milo.

Et cependant il y a encore quelque chose de plus que cette supériorité un peu naturelle de l'amour chrétien sur l'amour profane. Jésus-Christ a bien régénéré la nature ; mais s'il n'eût fait que cela, le miracle de l'Incarnation serait disproportionné avec ses résultats. Pour seulement rajeunir et féconder la terre, ce n'est pas la peine de bouleverser le ciel.

Par la foi qui divinise les âmes, par la vertu qui consolide l'amour, par le sacrement qui grandit jusqu'à l'éternité la mission des époux, le mariage chrétien doit constituer un état de félicité morale supérieur à tout ce qui peut venir de la seule nature.

Il n'est pas question ici de bonheur temporel,

Ci) Prov., xxxi, 10.

et encore moins de plaisir. Le plaisir, en dehors de sa possession fugitive, est le plus grand ennemi du bonheur : il le tue dans sa source, car il supprime la faim et la soif, béatitudes, sans leur donner ni l'aliment ni le breuvage. Le plaisir trompe les besoins du cœur, et leurre les nobles désirs. Il diminue l'homme, et le bonheur d'un être noble et divin dans son essence ne peut pas se trouver en ce qui le diminue. Autant vaudrait déclarer bienheureux celui qui se dévore soimême.

Les époux païens, par la nature même de leur état psychologique, cherchent trop le plaisir pour trouver le bonheur.

Ils ne peuvent que jouir l'un de l'autre, ils ne peuvent pas s'adorer. Si le langage humain s'est permis quelquefois d'usurper, pour ses amours mortelles, ce mot qui marque le sentiment réservé à Dieu seul, il a deux fois menti en l'adressant à la boue de l'idole, exclusion faite de son âme. S'il est permis, dans un sens hyperbolique et figuré, de dire à un être créé : « Je t'adore ! », ce cri de l'âme ne peut être adressé qu'à la créature dont

2h LES MARIAGES ÉCRITS AU CIEL

l' Esprit-Saint lui-même a dit, encore que par hyperbole et par figure : « Tu es Dieu ! » Il ne peut être répété qu'à l'âme dont le Sauveur Jésus a dit en toute vérité : « Le Ciel est au fond ! » (i) Or, l'Esprit-Saint et le sauveur Jésus ont dit cela à toutes les âmes dans lesquelles vit, active et pure, la foi.

Ah ! les païens croyaient avoir le monopole de la beauté, et les idolâtres s'imaginaient seuls posséder les vraies divinités dans leurs temples. Les corrompus s'étaient crus seuls assez hardis pour faire monter la créature sur l'autel. Parce qu'ils ont blasphémé le vrai Dieu, profané l'âme, et divinisé la luxure, ils ont pensé que toute la coupe des joies était pour leurs lèvres, toutes les couronnes pour leur front.

Erreur.

Ils ne possèdent qu'un peu de fange.

L'Esprit-Saint à qui sont permises les hardiesses que ne peuvent atteindre ni la pauvreté ni la timidité de notre parole, l'a dit, en un mot intra-

(i) Luc, XVII, 2 1.

L AMOUR CHRETIEN 2J

duisiblc : « Amplexati sunt stercora » (i). Le chrétien, lui, auprès de ce qui est infime, n'a pas oublié ce qui est noble, le terrestre ne lui a pas voilé le divin : il s'incline vers la chair, mais dans la chair il vénère l'âme, et dans l'âme il rencontre Dieu. Donc s'il est doux, à des lèvres éprises de dire dans une exagération sublime : « Je t'adore ! », le chrétien seul en possède le droit ; pour tous les autres, c'est un mensonge, ou ce qui est pire une idolâtrie.

Et qu'on ne crie pas au sacrilège. Saint Paul rappelle autant qu'il peut, aux époux, la présence du surnaturel qui les ennoblit et les divinise l'un pour l'autre (2). L'épouse est bien le calice d'amour, mais il veut que le chrétien n'y boive qu'avec le respect dû aux vases sacrés (3). La coupe que tend la main de Dieu, ne peut rien avoir d'immonde (4), elle est nécessairement sainte.

Vénérer à ce point celui ou celle qu'on aime,

(1) Thren., iv, 5. (3) I Thess., iv, 4.

(2) I Cor., vi, 15, 16. (4) Ibid., 7.

doit être le plus grand et peut-être le seul bonheur de l'amour, et c'est précisément le bonheur refusé aux profanes chercheurs de plaisir.

Les passions sont orageuses, fantasques, passagères. L'éclat doux et constant de la vertu est seul capable de donner quelque sérénité à la vie -conjugale. Où il n'y a point d'ombres, il n'y aura pas de cauchemars ; où il n'y a pas de fièvre, il n'y aura pas de folies ; où il n'y a pas de folies, il n'y aura pas de crimes.

Néanmoins, comme la nature demeure, guettant les faiblesses de l'Ame, et cherchant toujours à élever l'autel de la chair contre l'autel de la grâce, Dieu a muni l'amour chrétien d'une protection spéciale, réelle, d'un appui sûr auquel cet amour peut chaque jour faire appel contre Asmodée qui veille. Le sacrement de mariage, quoique passager dans l'acte qui noue les liens sacrés, est néanmoins un état surnaturel qui demeure, et renferme des éléments de force et de vertu communiqués d'une façon permanente aux époux. La bénédiction émue du prêtre, et les serments éternels

échangés à l'église, ne constituent pas seulement dans la vie des époux un inoubliable et solennel souvenir. Ils sont une fondation de Dieu (i), une source de bénédictions, dont le fleuve coulera jusqu'à la mort (2). Il n'est pas de couple qui, faisant sa prière du soir, ne devrait adresser une invocation au Dieu qui a ratifié ses fragiles serments. Le lien qu'aucune force ne brisera, n'est pas dans les inconstants désirs de la nature, il est dans le sacrement de Dieu. La vertu du sacrement divin veille, comme le ferait quelque esprit céleste, dans l'âme de ceux qui l'ont reçu. Et comme le sacrement est une grâce surnaturelle, une solennelle bénédiction, une promesse formelle du Tout- Puissant et du Tout-Fidèle, c'est à lui que les époux doivent faire appel dans les épreuves et les douleurs de la vie conjugale, s'ils veulent forcer l'intervention de Dieu. C'est par la vertu du sacrement, et par cette vertu seule, que les cœurs qui se sont donnés l'un à l'autre, et qui tremblent à la pensée des vicissitudes et des surprises de

fi) Ps. lxxxvi, 5.

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