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I. V. La. vie ouvrière, ch. II et

qui ont accompli un long apprentissage, et plus particulièrement les tisseurs d'une maison dont le personnel est exceptionnellement stable, recruté parmi les plus habiles et réunissant souvent les pères et les fils, même les petits-enfants. Donc, l'éducation professionnelle, l'habileté professionnelle, la stabilité héréditaire dans la profession et l'attachement à une usine donnée produisent une sélection automatique ; le niveau des éléments soumis à cette constance du milieu s'élève tout au moins par l'attitude extérieure et la discipline du langage. Ce progrès extérieur et formel suffit à lui seul pour témoigner d'une action éducative certaine qui est en rapport avec une sorte d'organisation embryonnaire spontanée du métier et à rencontre de laquelle agissent toutes les forces de notre société moderne.

Il n'est donc pas indifférent, au cours d'une observation, d'avoir à retenir quelques grossièretés exceptionnelles ou de continuelles grossièretés. Est-ce la règle ou bien un accident? C'est la règle? Eh quoi ! voilà donc la mesure de leur abaissement ! Mais d'où cette habitude provient-elle ? En sont-ils les auteurs ou ne font-ils que la subir et savent-ils encore en souffrir? Quelles causes ? Où, les responsables ?Et quels chemins ont suivi leurs efforts ? Puis, les actes répondent-ils au langage ? Cette dégradation n'agit-elle pas même sur la situation proprement économique des salariés? L'exclusive préoccupation du moment présent et

la poursuite de la jouissance présente ne vont-elles pas retentir sur leurs exigences à l'égard du capital, sur leur inorganisation professionnelle ? Leurs habitudeségoïstes, leur conception animale de la vie ne vont-elles pas les détourner de la recherche d'un état social organique dans lequel joueraient la prévision de l'avenir, le désird'assurer le lendemain et d'assurer à ses descendants l'avenir, enfin la volonté de vivre d'une vi^ supérieure ? Les grossièretés, la bassesse notées peuvent donc servir de point de départ à la réflexion du lecteur qui réfléchit : l'impulsif, lui, ne réagira pas par réflexion, mais par réflexe, s'indignant ou s'éjouissant d'un mot cru ou d'un sentiment bas.

A ces deux premières critiques. M, Ch. Calippe en ajoute quatre autres que nous allons examiner successivement : étroitesse du champ explorable par cette méthode, suspicion à laquelle l'observateur ne parviendrait pas à se soustraire, sentiment que l'enquêteur garderait du caractère artificiel de son expérience et qui la troublerait, danger des généralisations injustifiées.

« Pour se faire « ouvrier », ne serait-ce que durant « quelques semaines, il faut d'abord connaître un « métier. Ce n'est pas déjà si commode, on en con- « viendra. Et, à supposer que l'onenconnaisseun.

«ne faudra-t-il pas, pour explorer d'autres profes- « siens, pour pénétrer en d'autres milieux, en « connaître un deuxième, puis un troisième, etc.. « Tout cela est, pour ne rien dire de plus, assez « compliqué. Et il est assez clair que la méthode « concrète ne conduira nombre de ses partisans « qu'à des métiers non qualifiés, qui n'exigent « aucun apprentissage, dit-on, et où il en faut un, « tout de même que dans les autres, sous peine « de passer pour un « novice »... Et voilà, de ce « chef, bien limité le champ de leurs observa- «tions » (i).

Pour réelle que soit cette difficulté, il convient de n'en pas exagérer la portée.

Voilà trente ans, quarante ans déjà que les ouvriers reconnaissent et disent que les métiers sont gâchés et que l'on n'y fait plus de véritable apprentissage. Les métiers qui malgré tout l'exigent sont le petit nombre : donc, l'étude du plus grand nombre reste aisément accessible. A coup sûr, à défaut d'apprentissage, une initiation est nécessaire, mais la durée en est assez brève, quelques jours ou quelques semaines. Et, en faitactuellement, le passage d'ouvriers, non pas fictifs, mais véritables, d'un métier à un autre, est incessant.

En outre, les métiers qui continuent d'exiger un apprentissage sérieux réclament souvent la présence, à côté des professionnels, de non-profes

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