‹ Les mariniersChapitre 13 sur 46 · I. Revue du clergé français, p · texte numérisé non relu

I. Revue du clergé français, p

sionnels qui les assistent et restent les témoins immédiats de la vie de métier et des réflexions des gens de métier. Or, c'est là précisément le but qu'il s'agit essentiellement d'atteindre, et on le voit atteint chez les mariniers maigréqu'ils n'aient pas besoin d'aides et malgré que l'observateur n'ait pas été régulièrement chargé de les aider.

Le champ d'investigation, qu'une critique superficielle inclinait à réduire, tend au contraire, après nouvel examen, à s'élargir.

11 y a mieux. Assurément, si un seul observateur devait étudier successivement tous les métiers, on pourraitlégitimement objecter qu'il s'est attelé à une tâche qui le dépasse. Cependant il est inconcevable que l'application de la méthode concrète soit entendue comme imposant à un observateur unique l'étude successive de toutes les catégories ouvrières. Rien n'empêche que les différents métiers soient étudiés par une série d'observateurs connaissant chacun un métier différent : pour chaque observateur, la matière à explorer resterait encore assez riche puisqu'il pourrait poursuivre l'étude du même métier dans les différentes provinces et même en différents pays.

Enfin, M, Calippea oublié d'opposer à l'emploi de la méthode concrète une difficulté autrement grave que celles auxquelles il s'arrête, et non insurmontable cependant : si, pour se faire ouvrier, il faut d'abord connaître un métier, pour se faire observateur d'ouvriers il faut d'abord apprendre

à observer, métier plus malaisément accessible que tous les autres auxquels il s'appliquera.

Mais la suspicion ne va-t-elle pas envelopper nécessairement l'observateur au point de rendre toute observation impossible ? et n'en faut-il pas raisonnablement conclure à l'impénétrabilité des milieux ouvriers ?

« Ces ouvriers, ces novices d'allure plutôt « gauche, destinés à n'être que d'éternels appren- « lis, susciteront, en outre, de multiples défiances. « Leur ignorance du métier et des habitudes profes- « sionnelles,leur mentalité particulière et qui finira « bien par se trahir, leur curiosité toujours en « éveil accumuleront contre eux les soupçons et « même l'hostilité. Tout ce qu'ils sauront parfois « d'un métier, c'est qu'il est très « fermé » et qu'il « est impossible, par des expériences directes et « personnelles, d'en savoir plus. Et c'est précisé- « ment ce qui est arrivé chez les mariniers de « Douai, de Lens et de Vendin-le-Vieil, à l'auteur « de la Méthode concrète : on lui a montré de « nombreux bateaux, mais il n'est parvenu à s'em- « barquer sur aucun d'eux (i)... »

... Mais, par cela même, il a vu bien des choses qu'on ne lui montrait pas et qu'il n'aurait pas vues s'il était parvenu à s'embarquer du premier coup surl'un des nombreux bateaux qu'on lui montrait.

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