V. Méthode' concrète, p
2. Ce qui les incline à parfois chercher ou s'imaginer découvrir dans un compagnon d'atelier un mouchard du patron ou un indicateur de police.
pas faire observer qu'il observe ; s'il se borne à observer, nul ne remarquera sa « mentalité particulière » ni sa « curiosité toujours en éveil ». Que si cependant on lui trouve quelquefois un tour d'esprit particulier, lorsqu'il aura été amené à sortir de sa passivité apparente et de sa réserve calculée, alors on ne s'en étonnera pas, le sachant venu d'une autre ville ou d'un autre métier.
Rien de plus typique, à cet égard, queladéfiance extraordinaire et renforcée des mariniers, prise à mon endroit en défaut au point que le charretier ait fini par me faire confidence des soupçons dont j'avais été l'objet et par chaparder devant moi des bouteillesdu chargement. Or, à un certain moment, ils avaient cru que je pouvais être un espion de la Compagnie ! A l'inverse, ces soupçons, apaisés chez le vieux conducteur, ne se réveillent que sous l'influence d'une réflexion que j'émets précisément en vue d'en obtenir cette manifestation nouvelle.
Bien rares, en vérité, les métiers jaloux dont on peut être amené à redouter que l'observateur n'en sache rien de plus sinon qu'ils sont très «fermés». Et si le corps des mariniers est effectivement très fermécommece livre le montre, ce ^ivre témoignant du même coup qu'il a pu être précisément passé outre à ce rigoureux exclusivisme, la démonstration se trouve acquise de la pénétrabilité toujours possible des professions même les plus hostiles à l'étranger.
Une non-réussite fournit, avec un motif pour
chercher un autre moyen de vaincre l'obstacle, des indications non dépourvues de prix. Que l'échec de mes tentatives d'accès auprès des mariniers du Nord souligne la quasi-impossibilité de faire violence aux usages de cette corporation, il y a là une constatation des plus précieuses, car il est infiniment rare que, dans l'état inorganique actuel de la classe travailleuse, on rencontre encore un pareil obstacle : la persistance de cet obstacle met en évidence cette réalité que la nature de la profession individualise au sein de la société le groupe professionnel, le marque d'une empreinte particulière et rend tous ses membres solidaires par les habitudes d'esprit, de langage et de manières autant que par la communauté des intérêts et des besoins. Ce caractère profond du groupe professionnel peut être masqué dans beaucoup de professions où l'on entre, d'où l'on sort, que l'on traverse, où l'on passe, et qui semblent ouvertes à tous les vents bien qu'encore elles recèlent ces mêmes éléments communs, ces mêmes causes de cohésion, de synergie et decoenesthésie, qui s'accusent avec un relief extraordinaire chez les bateliers.
Celam'estune occasiond'insisterencoresurcette idée (i) qu'uneexpérience négative n'est pas nécessairement une expérience stérile et qu'à vrai dire toute expérience, quelle qu'elle soit et quoi qu'elle