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TENTATIVES INFRUCTUEUSES AUPRÈS DES MARINIERS DU NORD

$ I. — Douai.

Le lundi et le vendredi matin, au coin de la rue Saint-Jacques et de la place Carnot, se tient le marché d'affrètement. Sur le trottoir, sur la chaussée, dans les trois cafés voisins, par groupes, les mariniers venus chercher du fret s'entretiennent de leurs affaires, du mouvement des marchandises et discutent leurs intérêts.

Je me hasarde à aborder un groupe de trois hommes pour leur demander s'ils ne connaîtraient pas un patron de bateau qui accepterait de prendre à son bord, jusqu'à Paris,

un passager payant. Ils haussent les épaules, de façon évasive. Pendant que l'un d'eux me conseille de m'informer auprès de Ieur<s syndic», les deux autres s'éloignent. «Où est-il, votre syndic?» L'homme paraît réfléchir^puis répond lentement, en me lançant à la dérobée un coup d'œil rapide et aigu : «Je ne sais pas... il était là... il n'y est plus... il se fait tard... le marché va finir... Il doit être parti chez lui... — Où demeure-t-il ? — Ah !... il a changé de maison... je ne connais pas sa nouvelle adresse...»

Au marché suivant, j'aborde deux mariniers: « Connaîtriez-vous un patron qui me prendrait à bord comme passager payant ? » En j entendant cette proposition, ils demeurent immobiles et muets de surprise. Ils finissent par répondre, avec un coup d'œil oblique et méfiant : « Nous n'en connaissons pas. » Le ton est glacial. Toute insistance serait inutile. Je m'adresse à un autre marinier. « Non, fait-il plus aimablement, je n'en connais pas. Mais peut-être qu'en demandant aux bateaux qui passent vous en trouveriez qui accepteraient de vous prendre. — Il en

descend beaucoup sur Paris ? — Oh ! beaucoup! — Combien faut-il de temps pour gagner Paris? — Dix à quinze jours. — Si vous avez un syndicat, peut-être pourrait-on me renseigner? — Ah! oui! certainement... il saurait cela... Allez donc y voir ! » Mais il n'en connaît pas l'adresse et un camarade, à qui il la demande, n'en est pas plus instruit. Je flâne sur les quais du bassin. La plupart des bateaux sont originaires de la Flandre française : — Le Dé, — Orgia,— Gladiator,

— Boristhène, — Caïtis, — Asham, — Sable,

— Organe^ — Ségovie, — Alarme, — Laurier,

— Aéroplane. — Quelques-uns, de Douai: — Océan, — Texas, — Ararat, — Mira; — ou de r Artois :— VAlcbimie ;— de Champagne :

— Sébastopol; — de Belgique: — la Barrière,

— Moniteur. — Je note deux noms pittoresques : —Sac d'os, du Berry, ^ Mal à bord, de Termonde. D'autres dénominations rappellent le pays d'origine : — l'Escaut, — la France;— on un personnage célèbre \—-Hocbe, — Marceau, — Samson, — Dalila,— Goubef,

— de U^et, — de yillars; — ou une pensée religieuse : — Grâce de Dieu; — ou le nom

d'une personne de la famille : — Jeune- Henri, — Jeune-Irma, — Jack, — Louise,— Gustave-Suzanne ;—jôW combien on a souhaité posséder ce bateau, — le Désir, — le Désiré ;

— ou combien on l'aime : — Joli, — Idole ; — ou quelles qualités on lui attribue : — Résolu,

— Furet, — Franchise, — Prudence.

J'entre dans un estaminet de la Marine.

Tout comme au marché, on ignore l'adresse du syndicat, mais on me tend le journal, VÉtoile du Batelier, qux me la fournit.

Je m'y rends. Le président du syndicat me dit de suite, très nettement : «Vous ne trouverez pas ce que vous cherchez. Ça n'est pas dans leurs habitudes. Un batelier prendra un camarade pour lui rendre service; mais un étranger à la batellerie, jamais. »

La batellerie constitue donc, en fait, un corps très cohérent, très étroitement fermé et qui se défend très jalousement contre les gens du dehors.

Le Syndicat professionnel des patrons bateliers et entrepreneurs de transports par eau,qn\ siège àDouai\etdontje viensd'aper-

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