‹ Les mariniersChapitre 44 sur 46 · I. p. lé · texte numérisé non relu

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«de 5 fr. 75 en moyenne, pour 4 voyages Lens-Paris par an, s'impose en toute équité. C'est ce que réclament les mariniers et, en cela, ils se montrent aussi experts dans leur métier que raisonnables et modérés dans leurs prétentions S>. Ils réclamaient, en effet, en 1904, seulement le fret de 5 fr. 50, alors que cependant le cours s'était élevé à 6 francs en 1903, 6 fr. 50 en 1902 et 1901, et, tout à fait exceptionnellement, à 7 fr. 70 en 1900.

La situation des patrons mariniers est donc tout à fait précaire. Or, il n'est pas jusqu'à cette détresse même que n'exploitent, en outre, les affréteurs: profitant habilement de la concurrence que les mariniers isolés se font entre eux pour obtenir du fret, ils accordent leur préférence aux mariniers qui peuvent leur payer de plus fortes commissions. Les mariniers les plus pauvres deviennent ainsi les victimes des mariniers aisés.

De plus, les mariniers subissent le contrecoup de la concurrence que les affréteurs se font entre eux pour obtenir la clientèle des négociants. Les affréteurs sont amenés à

offrir aux négociants de « leur fournir les transports dont ils ont besoin, à un fret inférieur et dans un laps de temps déterminé, par exemple, une année » ; ils y ajoutent même « l'engagement de partager avec le négociant la commission ou prime d'affrètement payée par le marinier; c'est ce qu'on entend par ristourne'. »Ces conditions pèsent ensuite sur les cours du marché d'affrètement, les font baisser, et le marinier, en dernière analyse, souffre seul de leur répercussion '.

Enfin, le marinier est victime de l'usure. Au moment de partir, il a besoin d'avances. L'affréteur lui verse la moitié du prix de transport, diminué d'un escompte de 2 0/0, par exemple, 14 francs pour 700 francs : « usure exorbitante si l'on songe qu'elle porte, non sur une année, pas même sur la durée du transport, mais sur quelques jours, le temps nécessaire pour échanger, par la poste, avec les bureaux du négociant, l'acquit de la somme avancée et le mandat de recouvre-

2. Conséquence comparable au phénomène de l'incidence de rimpôt.

ment.. .Plusieurs Compagnies minières, rompant ouvertement avec ce système déplorable, versent leurs avances gratuitement quand le marinier s'affrète directement à la mine '. »

L'auteur énumère diverses « causes médiates » de la crise de la batellerie : la crise générale du commerce, en particulier celle qui se produisit à la suite de l'Exposition de 1900 et qui en fut la conséquence ; des « chômages » officiels prolongés ; des grèves de mineurs ; — d'où, dans ces deux cas, de longs stationnements improductifs ; — enfin, la concurrence de la voie ferrée et des charbonnages étrangers.

Il paraît bien se dégager de cette étude que la plupart des maux dont souffrent les mariniers trouveraient dans l'activité, syndicale' leur remède. Cependant, Jean de l'Écluse ne propose pas cette solutionMl rapporte qu'après la grève les mariniers entrèrent avec enthousiasme dans le syndicat qu'ils imaginaient capable de remplacer les affréteurs. Jean de l'Écluse taxe de chimérique cet espoir. Du

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