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I. Etudes, pp

bref, de découvrir dans le particulier le général et dans l'individuel l'universel. L'abstraction et la généralisation trouvent, dans les faits que l'observation et l'expérimentation leur livrent, la matière sur laquelle elles s'exercent pour en dégager les lois qui la régissent. Je ne nie pas, d'ailleurs, que par la méthode inverse il soit possible de déduire de principes supérieurs à l'expérience les règles auxquelles le monde des phénomènes demeure assujetti. L'induction et la déduction peuvent se contrôler et se compléter en se rejoignant dans les mêmes affirmations.

Très certainement, les conclusions que j'ai formulées nesontpas neuves. Mais je n'ai pas cherché des conclusions neuves : j'ai cherchéseulement des conclusions justes. Et je les ai cherchées par des procédés nouveaux, en reprenant à pied d'œuvre diverses idées ou théories que les problèmes sociaux modernes ont fait naître ou plutôt renaître. A^o« nova, sedftoviter, cette formule résume à peu près toute la vie de la science et son progrès. On renouvelle une étude en la reprenant d'un autre point de vue, en l'envisageant sous un aspect nouveau. On ne parvient souvent qu'à des conclusions anciennes, mais par des voies jusqu'alors ignorées. Nouvelle est la forme sous laquelle se présententd'anciennes vérités. Ce n'estpasun jeu vain, mais le seul moyen parfois de restituer leur évidence à des vérités abolies dans notre esprit et de faire cheminer celui-ci jusqu'à desréalitésqu'ilavait

désappris de regarder face à face: ainsi, notre méthode humaine de traiter des choses de l'économique a pour effet d'aboutir à une économique humaine, alors que la méthode abstraite avait pour conséquence d'ouvrir et de former le cycle des études économiques en faisant abstraction de l'homme réel et de ses besoins concrets. Ce renouvellement et cet enrichissement du fond sont exclusivement dus au renouvellement de la forme. La géographie, après avoir été exclusivement littéraire et descriptive, est devenue, avec la géographie physique que la géologie conditionne, scientifique ; mise ensuite en relation avec l'homme, son habitat, sa nature, ses besoins, ses actions, elle est devenue humaine ; elle a été miseen rapport avec l'homme et les sociétés d'hommes, avec la sociologie. Ainsi, la science sociale, d'abord subordonnée à des considérations exclusivement matérielles, — la terre (physiocrates), le capital (économistes libéraux) — est mise en relation avec l'homme, avec ses besoins individuels, familiaux et sociaux, matériels et moraux, sentimentaux et intellectuels, avec ses aspirations réalistes ou idéales, ses défauts et ses qualités. Elle est devenue humaine. La forme renouvelle le fond et même y ajoute.

La méthode spéculative risque de conduire non à des solutions pratiques, mais à des solutions théoriques dont l'idéalisme demeure transcendant au réel et indifférent à sa propre réalisation. En commençant mes enquêtes, je ne soupçonnais pas

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qu'elles m'amèneraient jamais à la solution corporative : celle ci m'est apparue, chez les mariniers, comme déterminée par la nature des choses, et, chez les mineurs, comme découverte par leur propre conscience à la lumière des leçons que leur infligeait la réalité. C'est qu'en effet certains principes directeurs de la vie collective sont enfermés dans l'activité même du groupe, la soutiennent et i'orientent.desorteque les effets utiles ou nuisibles de cette activité "décèlent à l'analyse les éléments qui les conditionnent. L'observation « sur le vif» est une manière de vivisection qui ne doit pas être moins féconde lorsqu'on cherche à dérober à l'organisme social, et non plus à l'organisme animal, quelques-uns de ses secrets. L'étude d'un tout vivant conduit à la connaissance des conditions de son bon et de son mauvais fonctionnement, c'est-à-dire à la détermination des lois ou principes directeurs de son activité. Dans l'analyse de cette dynamique, on ne se propose pas de remonter aux « principes premiers », mais simplement aux principes seconds, aux lois naturelles dont la connaissance permet de déterminer les conditions naturelles d'eurythmie et d'euphorie des groupes naturels. La connaissance de « ce qui est», dueàl'observation.suffitànousenseigner comment « ce qui est» reste à l'état d'équilibre et de progrès ou bien entre en régression etsedécompose. L'observation, l'expérimentation naturelles ne peuvent nous révéler, ni les lois surnaturelles

de la société naturelle, ni les lois idéales de la société réelle, mais les lois naturelles et réelles de cette société. Elles nous montrent les désordres qu'y produit la méconnaissance pratique ou le rejet volontaire tant des lois surnaturelles et des lois idéales que des lois naturelles auxquelles la société doit se soumettre.

Sans doute aucun, les principes naturels sont étroitement liés à d'autres principes qui les dépassent et les commandent, écrits beaucoup trop haut pour être atteints autrement que par l'expérience religieuse ou par laraison pure. C'est de ces principes que l'on est certainement autorisé à dire qu'ils « dominent » mes observations et non qu'ils en « sortent ». Mais il reste qu'ils s'y ajustent et que ces observations les vérifient. Peutêtre même, dans certaines espèces, pourra-t-on très justement juger que certaines idées, d'ordre naturel, insérées dans les conclusions, viennent beaucoup moins des observations prises que d'une source différente, « dominent » ces observations plus qu'elles n'en .« sortent ». Mais, là encore, les observations recueillies confirment les idées générales auxquelles d'autres chercheurs sont parvenus par un autre chemin. Lorsque l'expérience ne démontre pas directement, elle démontre indirectement en ce sens qu'elle contrôle : mais cela, c'est encore démontrer. L'expérience, qui ne sutfit pas à dégager des vérités débordant cette expérience particulière ou supérieures à l'expérience,

fournit cependant à ces vérités une vérification d'ordre empirique, partielle ou totale, provisoire ou définitive. Les conclusions établies par la dialectique peuvent trouver dans l'expérience une contre-épreuve qu'il serait présomptueux et injuste de traiter par le dédain. Loin de contester que mes conclusions puissent être atteintes par une autre voie que celle que j'ai suivie, qu'elles puissent être« déduites des principesconnuset des observations ordinaires », j'ai écrit (i) que la méthode à laquelle j'ai eu recours pouvait compléter les autres méthodes, mais non pas en remplacer aucune. J'ajoute, une fois de plus (2), que la similitude ou l'identité des résultats obtenus par l'application convergente des différentes méthodes leur confère une force de persuasion exceptionnelle qui justifie la multiplicité des méthodes et toute la peine prise pour parvenir à cette certitude. La méthode concrète fournit donc, plus qu'une illustration : elle procure un moyen d'acquisition et un procédé de vérification. 11 ne sert à rien de tenter d'en réduire à l'excès le rôle en alléguant qu'elle « ne saurait prétendre aux synthèses » : si tout élément de l'univers reflète l'univers et, en un certain sens, le contient, on peut s'élever de cet élément à l'univers lui-même; les généralisations auxquelles conduit l'expérience sont au moins aussi vastes que l'expérience elle-même qui n'a

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