‹ Les marins français [microforme] (volume 2)Chapitre 14 sur 60 · YVES D'ÉVREUX ET CLAUDE D'ABBEVILLE · texte numérisé non relu

YVES D'ÉVREUX ET CLAUDE D'ABBEVILLE

Quelques notes biographiques.

La Relation de Jean de Léry ‘ est intéressante par les détails qu’elle nous donne sur l’expédition de Villegagnon etsur ses essais de colonisation avortés autant peutêtre par la faute des nouveaux-venus entêtés des doctrines de Calvin que par la conduite sans doute imprudente et peu réfléchie du chevalier. Mais ce qui rend plus curieux et plus précieux cet ouvrage, lequel autrement n'aurait qu'une valeur historique contestable, ce sont les chapitres, heureusement les plus nombreux, où le vieil aûteur, dans un style coloré et qui se sent de la vivacité de la première impression, nous fait connaitre les mœurs, les habitudes, le caractère des sauvages de même que la physionomie du pays, ses singularités au point de vue du règne minéral, végétal, animal. Il y a là et en grand nombre des pages qu'on a plaisir à citer

1 Voyage au Brésil, in-12, 1611.

parce qu'elles peignent à merveille les objets et les individus; aussi, sûr par ma propre expérience que le lecteur goûtera ces descriptions qui mettent pour ainsi dire les choses sous les yeux, aussi bien que les anecdotes, les épisocles qui ajoutent tant d'intérêt à la narration, je ne eraindrai pas de faire au livre maintenant peu connu de Léry de nouveaux et larges emprunts, d'autant plus que je puis contrôler et compléter les récits du voyageur calviniste à l’aide de deux autres ouvrages presque contemporains, écrits d’une facon charmante aussi, et dont les auteurs par leur caractère, par le souvenir de leurs vertus, par leur zèle et leur dévouement à la reli- 31on et à La patrie, nous peuvent donner toute confiance. J'ajoute que le long séjour qu’ils avaient fait parmi les sauvages nous assure qu'ils ne disent rien à la légère, mais que leur livre est le fruit de longues et patientes observations. Quelques mots avant d’aller plus loin, ou mieux quelques notes biographiques, sur les trois auteurs, J. de Léry, le bon père Yves d’Evreux et Claude d’Abbeville; mais forcément je serai court, car sur ces deux derniers surtout les documents sont rares.

J. de Léry qui, simple étudiant encore, avait été expédié par Calvin au Brésil, avec les ministres en titre, pour leur servir d’acolyte, revenu en Europe, fut promu par le pape de Genève aux fonctions de pasteur qu'il exerc: aux environs de la Charité-sur-Loin. Forcé de se réfugier à Sancerre, en 1573, 1l se trouva dans ectte ville pendant le siége qu'elle eut à subir et dont il publia l’histoire (1574), in-8°. « La famine horrible à laquelle on fut réduit dans la ville, dit la Biographie universelle, affaiblit &e nouveau sa santé qui ne s'était jamais bien rétablie de-

puis son voyage; il mourut... en 1611», c'est-à-dire vingt-six ans après, d’où il est permis de conclure que Léry n'avait point autant souffert du sicse que le biographe paraît le croire et qu'il l’affirme.

Lorsque, en 1613, l'amiral Razilly et la Revardière s’'entendirent pour fonder une colonie française dans la province de Maragnon, au nord du Brésil, l'amiral, fervent catholique, songea tout d’abord aux moyens d’établir une mission pour évangéliser les Indiens. Sur sa demande, Marie de Médicis écrivit au père Léonard qui gouvernait alors le grand couvent des capucins de la rue Saint-Honoré. Quatre religieux, quand tous s’offraient avec un admirable zèle, furent désignés et le père Yves d’Evreux, fut nommé leur supérieur.

Razilly, qui les avait reçus à son bord, les conduisit à leur destination et, sitôt arrivés, avec un zèle tout apostolique, ils travaillèrent à la conversion des Indiens idolâtres, non sans succès comme le prouve la narration du P. Yves. Celui-ci ne s’y épargna pas, et même, à la suite de ses fatigues réitérées, 1l fut atteint d’une maladie grave, une paralysie qui le força à repartir pour l’Europe où il eut la douleur d'apprendre que, par suite de la ruine de la colonie française détruite par les Portugais, malgré le courage héroïque de la Revardière, la chrétienté naissante des Indiens ne pouvait que décliner. Le bon Père, pendant les loisirs forcés que lui faisait la maladie, avait écrit, d’après ses notes et souvenirs, le récit du voyage au Brésil, livré à l'impression. « Mais, dit M. Ferdinand Denis, dans l'excellente édition qu’il nous a donnée de cet ouvrage devenu introuvable’, pendant l'impression

l Voyage au Brésil, nouvelle édit, — in-8o

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