‹ Les marins français [microforme] (volume 2)Chapitre 21 sur 60 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

constamment fait jusqu’à présent, dont Dieu soit loué qui m'a fait la gràce de le supporter patiemment. »

Cependant la traversée de Goa au Brésil se fit assez heureusement ; et à Rio-Janeiro, Pyrard, ayant obtenu de nouveau son passage sur un navire qui retournait en Europe, il arriva enfin aux iles de Bayonne dans une baie de la côte de Galice. Là il s'arrêta pour faire, en exécution d’un vœu renouvelé par lui plusieurs fois, un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle ; puis il prit passage sur un navire marchand qui, en trente-six heures, le conduisit à la Rochelle; le 16 février 16114, il arrivait à Laval, son pays.

La mème année, il se rendit à Paris et ne tarda pas à publier le récit de son voyage, ce qui attira sur lui l’attention et lui valut la protection de personnages puissants, entr’autres le président Jeannin, l'avocat général Bignon, et mème la reine Marie de Médicis à qui l’ouvrage est dédié. Sans doute Pyrard leur dut de finir paisiblement sa vie aventureuse.

Le grand mérite du récit de ce voyageur c’est La sincérité et l’exactitude ; on voit qu'il a curieusement étudié et sans parti pris les mœurs, coutumes comme aussi les paysages si divers des pays qu’il a parcourus, et ses observations n'ont point été démenties par celles de voyageurs plus récents. Comme assurément, dans une vie si accidentée, il ne pouvait tenir un journal de ses remarques, 1l faut qu’il ait été doué d’une mémoire prodigieuse pour avoir retenu ainsi jusqu'aux moindres détails et circonstances qui rendent précieuses ses descriptions, Les réflexions sages de l’auteur ajoutent encore à l'intérêt et à l’utilité de son œuvre : par exemple, à

FRANÇOIS PYRARD. 155

propos de la malheureuse destinée d’un marchand hollandais quelque temps son compagnon de captivité, il dit fort sensément :

« La fin infortunée de ce pauvre Hollandais montre combien peu échappent de ces grands voyages et parmi tant de divers hasards et contraire assiduité, c’est une bien particulière grâce de Dieu quand on peut retourner sain et sauf comme je fais. »

Dans la narration de l’honnète Pyrard, j'ai dù choisir prudemment mes citations ; car, avec la liberté de langage du temps, il se trouve çà et là des peintures de mœurs que je me blämerais de mettre sous les yeux de mes lecteurs, jeunes peut-être, et encore plus de mes lectrices. Au reste c’est trop souvent le défaut des voyages écrits mème à bonne intention.

ur.

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