‹ Les marins français [microforme] (volume 2)Chapitre 28 sur 60 · A PROPOS DE L’'AUTRUCHE · texte numérisé non relu

A PROPOS DE L’'AUTRUCHE

«Les plus grandes autruches ont depuis six jusqu’à huit pieds de hauteur; mais il s’en faut de beaucoup que leur corps réponde à cette extension, quoiqu'il soit gros et ramass, que le dos soit large et assez plat, il est de beaucoup trop petit par rapport à cette grande hauteur ; aussi ne sont-elles que col et que jambes : le seul avantage qu'elles tirent de leur structure est de découvrir

plus loin. Leur tête, qui est fort petite et qui ne contient presque point de cervelle, n’est couverte que d’un petit poil en manière de duvet jaunâtre, clair et court. La nature, qui proportionne toutes choses avec tant de prudence et une si merveilleuse économie, a-t-elle jugé qu'il était inutile de couvrir de beaucoup de plumes une tête qui n'avait rien à craindre de l’ardeur du soleil, parce qu'elle n’avait point de cervelle à perdre? ou le défaut de plume est-il cause que la cervelle s’est desséchée? et que cet oiseau est sans entendement et sans jugement ainsi que le remarque l’Ecriture? Si cela est, la meilleure partie du genre humain a bien sujet de craindre la perte prochaine de sa cervelle, puisque la mode est à présent de ne plus se couvrir, et de braver l’ardeur du soleil et le serein, sans autres précautions que quelques cheveux couverts de farine. Heureusement cet astre n’est pas si brülant en France qu’en Afrique, sans cela nous verrions bien des têtes d’autruche de l’un et de l’autre sexe. »

Il y a plus de deux cents ans que le digne homme parlait ainsi, et en vérité, il a l’air d'écrire pour les modes et les têtes d’à présent!

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