‹ Les marins français [microforme] (volume 2)Chapitre 35 sur 60 · LÉZARD ET TORTUE · texte numérisé non relu

LÉZARD ET TORTUE

« On fit présent au sieur de Brue pendant ce voyage (sur le Sénégal) d’un gros lézard en vie qui avait plus de deux pieds de longueur depuis le museau jusqu’à la paissance de la queue laquelle avait près de trois pieds de longueur (cinq pieds en tout). Cet animal vit de fruits et de racines. La peau était couverte de petites écailles jaunes, vertes, blanches et noires qui semblaient être

vernissées tant les couleurs en étaient vives. Ses yeux, gros rouge et à fleur de tête, semblaient étinceler quand on les touchait et qu’on le mettait en colère. Dans le même temps, il enflait une peau qu'il a sous la gorze à peu près comme un pigeon qui fait la roue. Sa morsure est dangereuse non parce qu’elle porte quelque venin, mais parce qu’il ne làche jamais ce qu'il a saisi qu’il n'emporte le morceau ou qu’on ne l'ait tué et ce n’est pas une petite affaire de lui ôter la vie; car il l’a si dure que cent coups de bàtons n’y suffiraient pas. Le secret pour la lui ôter promptement et sans bruit, c’est de lui enfoncer un petit bois ou une paille dans les narines; aussitôt qu'il est touché dans cet endroit, il répand quelques gouttes de sang, ouvre la gueule et expire. Sa chair est excellente, et quand elle est accommodée comme une fricassée de poulet, il est difficile de distinguer celle qui l'emporte tant celle du lézard a de blancheur, de hon goût et de délicatesse, »

Notre auteur, comme on voit par ce dernier paragraphe, excelle aussi dans la description culinaire ; et l'illustre Carême n’eût pas mieux décrit, j'allais dire assaisonné, ce merveilleux régal fourni par la tortue et que je recommande au Cuisinier impérial pour sa prochaine édition : « La chair de la tortue est très-nourrissante et on la met à toutes sortes de sauces. Mais le meilleur morceau est son plastron; c’est ainsi qu’on appelle l’écaille du ventre de cet animal. On y laisse d'ordinaire l'épaisseur de trois ou quatre doigts de chair avec toute la graisse qui s’y trouve et on le met au four tout entier, bien couvert de jus de citron avec du sel, du piment, du poivre et du girofle battus ensemble ; la dé-

licatesse de cette chair demande qu’on la cuise à feu lent : pendant qu’elle est au four on a soin de la percer de temps en temps avéc une brochette de bois afin que la sauce dont elle est couverte la pénètre de toutes parts. Cuite à point, c’est un mets excellent et on peut m'en croire sur parole, car j'en ai mangé bien des fois, » Evidemment ici c’est de Brue qui parle.

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