‹ Les marins français [microforme] (volume 2)Chapitre 41 sur 60 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

de prospérité, lorsqu'il tomba malade, et peu de jours après, Français et sauvages pleuraient celui qu’ils nommaient à l’envi leur Père et Protecteur.

« Tous les historiens, dit M. de Rossel, s'accordent à louer sa bravoure, son désintéressement, la solidité de son jugement et la pureté de ses intentions. Son courage et sa constance à supporter l’intempérie des saisons et les privations de toute espèce lui firent surmonter tous les obstacles. En un mot, c’est à lui seul que l'on dut l'établissement de la ville de Québec et de la colonie du Canada... D'un tempérament fort et robuste, il endurait les plus grandes fatigues, allait visiter les sauvages accompagné uniquement de guides et de quelques Européens. La facilité avec laquelle il savait se plier à la manière de vivre des Indiens lui avait gagné leur amitié. Il savait en même temps se faire respecter; la confiance qu'ils avaient en lui parait n'avoir pas eu de bornes, »

Charlevoix avait dit déjà et non moins bien : « M. de Champlain fut sans contredit un homme de mérite, et peut être à bon titre appelé le Père de la colonie. I1 avait “un grand sens, beaucoup de pénétration, des vues fort droites, et personne ne sut jamais mieux prendre son parti dans les affaires Les plus épineuses. Ce qu’on admira le plus en lui, ce fut sa constance à suivre ses entreprises, sa fermeté dans les plus grands dangers, un courage à l'épreuve des contre-temps les plus imprévus, un zèle ardent et désintéressé pour la patrie, un cœur tendre et compatissant pour les malheureux et plus attentif aux intérêts de ses amis qu'aux siens propres, et un grand fond d'honneur et de probité. On voit, en lisant ses Mémoires, qu'il n’ignorait rien de ce que doit

savoir un homme de sa profession : on y trouve un historien fidèle et sincère, un voyageur qui observe tout avec attention, un écrivain judicieux, un bon géomètre et un habile homme de mer. »

Et pour mettre le sceau à cet éloge, ajoutons qu'un sentiment profondément religieux et chrétien était le mobile de toutes ses actions. Ne disait-il pas, ce vrai grand homme : « Que le salut d’une seule àme valait « mieux que la conquête d’un empire et que les rois ne « doivent songer à établir leur domination dans les pays «où règne l'idolàtrie que pour les soumettre à Jésus- « Christ. »

11 parlait ainsi surtout pour fermer la bouche à ceux qui, prévenus mal à propos contre la colonisation, demandaient de quelle utilité serait pour la France un établissement au Canada.

Peu de personnes cependant savent aujourd’hui le nom de CHAMPLAIN, de cet homme d’une si haute inteligence et d’un si grand cœur à qui notre pays dut, plus encore qu'à Jacques Cartier, la création de la plus belle l ses colonies. 11 fallait l’impéritie et la làcheté du plus létestable des gouvernements dont la France ait eu à -upporter la honte, pour souffrir que le Canada nous fût enlevé par les Anglais, en rendant inutile l’héroïsme le Montcalm, comme l’admirable dévouement des colons ot de leurs auxiliaires, les sauvages, devenus, grâce à nos missionnaires, de courageux chrétiens et passionnément affectionnés à la Religion comme à la France!

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