LES FRANCAIS AUX ANTILLES
LA
Flibustiers et boucaniers.
Les Français, au contraire des Anglais, passent pour gens fort casaniers et ne quittant pas volontiers le clocher du village; ce qui maintenant paraît assez vrai. Mais il n’en fut pas toujours ainsi, comme on l’a vu déjà, puisque les premiers découvreurs du Nouveau -Monde furent des Français. Chose curieuse, dans le siècle qu’on a nommé le grand siècle, pendant ce magnifique règne de Louis XIV où tout était rangé, ordonné, solennellement réglé, où la France, apparaissant si glorieuse, semblait devoir être plus chère à ses enfants, l’esprit d'aventure entrainait par centaines, par milliers, sur les navires toujours en partance au Hàvre et ailleurs
pour les colonies naïssantes, les individus de toute classe qui par divers motifs voulaient fuir le sol natal. Parmi eux se trouvaient des cadets de famille, des gentilshommes ruinés par le jeu, par la débauche, qui s’en allaient au loin pour faire ou refaire leur fortune ; des imprudents ou des téméraires compromis dans quelque fàcheuse affaire; des commerçants ayant déposé leur bilan ! Le plus grand nombre pourtant se composait d'ouvriers des villes et des campagnes, de ceux dont La Bruyère nous a fait une peinture si lamentable dans un de ses meilleurs et plus éloquents chapitres et qui, accablés d'impôts, rebutés par les corvées, las de cette misérable vie qu’ils soutenaient à peine au prix d’un dur et infatigable labeur, se laissaient tenter par les promesses des recruteurs envoyés par les compagnies ou travaillant pour leur propre compte. Ces pauvres gens ( pas les recruteurs) d'ordinaire dans le plus complet dénuement et sans le premier argent pour le voyage, consentaient volontiers, dans leur ignorance, à signer par dévant notaire un contrat à titre d’'engagé, soit avec les commis de la Compagnie, soit avec des particuliers. Bien peu assurément pouvaient se rendre compte des conséquences de cet acte d’où résultait qu’arrivés dans la colonie, ils devenaient de véritables esclaves vendus à l’enchère comme on eût fait des nègres et pas mieux traités que ces derniers par leurs maitres quand ceux-ci se trouvaient être des chasseurs et des boucaniers.
Si plusieurs se montraient humains pour leurs serviteurs, quelques-uns devenaient pour eux de véritables tyrans, les assommant parfois pour le plus léger motif, La plupart les traitaient rudement, brutalement, mais