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après que, par suite de quelques indices parvenus au ministère de la marine, on songea à une nouvelle et sérieuse tentative. Vers la fin de l’année 1835, il fut question dansles journaux du rapport d’un baleinier qui avait vu une croix de Saint-Louis et quelques médailles entre les mains des sauvages de la Nouvelle-Calédonie.Ges objets ne pouvaient venir que de La Pérouse ou de quelqu'un de ses compagnons, car nul autre bâtiment de la marine royale ne s'était perdu dans ces mers. L'Uranie et la Coquille allaient mettre à la voile pour une expédition dans les mer: du Sud, M. Dumont-d'Urville, qui commandait l’expédition, fut chargé de s’assurer de la réalité des renseignements parvenus au ministère. Préoccupé de ce nouveau but, Dumont-d’Urville par une pieuse inspiration qui fait honneur à son cœur, changea le nom de ses navires, | Ur'anie etla Coquille, en ceux de l’Astrolabe et lx Boussole. Mais arrivé dans les mers de l'Océanie, le capitaine ne recucillit d abord que des renseignements qui, loin de confirmer les présomptions premières,paraissaient les contredire. Plusieurs mois s’écoulèrent en investigations stériles, et ce ne fut guère que vers la fin de 1827 qu'il fu mis tout à coup sur la trace de nouveaux faits qui réveillèreut toutes ses espérances. Dans une relàche à Hobart- Town (Tasmanie), voici ce qu'il apprit par les journaux mêmes de la colonie :
Pendant une relâche à Tikopia,le capitaine Dillon, vieux routier de l'Océan Pacifique où il naviguait depuis vingt ans, vit dans les mains de l’armurier une poignée: d’épée en argent qui attira son attention. L’armurier, questionné à ce sujet, dit qu’il avait acheté au lascar Joé, lequel déclara qu’elle provenait d’une ile voisine, nommée Vanikoro, où naguère, d’après une tradition déjà ancienne, deux grands navires avaient fait naufrage.
« En examinant la puign ie de cette épée, écr.vait le cap:taine Dillon dans un rapport adressé à la compagnie des ludes et à la souiété asiatique, je crus y découvrir les initiales de La Pérouse, ce qui fit naître en moi des soupcons que je résolus d’éclaircir, si faire se pouvait. Par l'intermédiaire du prussien Rruckart et du lascar Joé, j'interrogeai quelques insulaires sur la manière dont leurs voisins s'étaient procuré les objets en argent et en fer qu’ils possédaient, me disait-on. Ils me répondirent que les naturels de Wallicolo (Vanikoro) racontaient que, bien des années auparavant, deux grands vaisseaux étaient arrivés près de leur ile et qu’ils s’y étaient échoués l’un après l’autre sur les récifs dont la côte est hérissée. Beaucoup de naufragés du premier comme du second navire purent gagner la côte, mais ils avaient péri, soit sous la massue des sauvages, soit par une autre catastrophe, sauf q''elques-uns qui, épargnés par les sauvages, avaient vieilli dans l'île, et sans doute étaient morts. »
Dillon, d’après ce récit, dont le fond paraissait sérieux, ne douta plus que les deux navires perdus sur les écueils de Vanikoro ne fussent la Boussole et l'Astrolabe ; telle était la conclusion de son rapport, conclusion à laquelle se rallia la compagnie des Indes. Sur un rapport adressé par elle au gouverneur général de l'Inde britannique, celuici décida qu’un navire, le Research, irait, sous les ordres mêmes de Dillon, explorer l’archipel de Vanikoro et constater d’une manière précise le naufrage du capitaine français, ce qui eut lieu en effet. Le Research arrivé dans Île petit havre de Vanou où il jeta l'ancre, Dillon se mit en rapport avec les indigènes et, grâce aux nombreux cadeaux qu’il ne ménagca pas, put recueillir de nombreux débris du naufrage.
L'un des objets les pius importants fut une grande
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cloche de bronze d’un pied de diamètre. Sur l’un des côtés se trouvait un crucitix entre deux figures, sur l’autre rayonnait un soleil, le tout estampillé de cette légende : Bazin m'a fait. Des recherches faites ont prouvé que ces marques étaient celles de l’arsenal de Brest vers l’an 1785. Sur les récifs de l’ouest on parvint en outre à recueillir quatre pierriers en bronze, un boulet de dix-huit, divers autres objets et, ce qui était plus important, un débris du couronnement de l’un des navires décorés d’une fleur de
- lis et de plusieurs autres ornements. La lumière se faisait
de plus en plus.
Parmi les versions répan lues dans l’ile relativement à la core et souvent en désaccord, voici celle qui parut à plus vraisembable à Dillon et qui lui fut donné par Valie, second aligui (chef) de Vanou :
« Il y a longtemps, dit cet indigène, que les habitants de l'ile, sortant un matin de leurs cases, aperçurent une partie d’un vaisseau sur un récif en face de Païou. Il demeura jusqu’au milieu du jour, heure à laqueile la mer acheva de le mettre en pièces ; de grandes portions de ses débris flottèrent le long de la côte. Le vaisseau avait été jeté sur le récif pendant la nuit à la suite d’un ouragan terrible qui brisa un graud nombre de nos arbres à fruits; nous n'avions pas vu de vaisseau la veille. Quatre hommes échappèrent et prirent terre près d'ici ; nous allions les tner, quand ils firent présent à notre chef de quelque chose qui leur sauva la vie. Ils résidèrent un peu de temps avec nous, après quoi ils allèrent rejoindre leurs compagnons à Païou. LA ils bâtirent un petit vaisseau et s’en allèrent dedans. Aucun de ces quatre hommes n’était chef, tous étaient des inférieurs. Les objets que nous vendons proviennent du vaisseau qui échoua sur le récif à basse mer ; nos gens avaient l'habitude d’y aller plonger et
d'en rapporter ce qu’ils pouvaient, jusqu'à ce qu’il fût mis. en pièces et emmené par la mer. Nous ne tuàmes aucun des hommes de ce vaisseau, mais il vint à la côte plusieurs cadavres qui avaient les bras et les jambes mutilés par les requins.
« Dans la même nuit un autre vaisseau foucha sur unrécif près de Vanou et coula à fond : il y eut plusieurs hommes. qui se sauvèrent: ils bâtirent un petit vaisseau et partirent cinq lunes apr's que le grand se fût perdu. Pendant qu’ils construisaient un pelit vaisseau, ils avaient planté autour d’eux une forte palissade de troncs d’arbre pour se garantir des attaques des Vanikoriens. Mais ceux ci les craignaient et n'osaient s'approcher de sorte qu’il y eut entre eux peu de communications. Les hommes blancs avaient coutume de regarder le soleil au travers de certaines choses que je ne puis ni dépeindre, ni montrer, parce que nous n'avons eu aucune de ces choses. Deux hommes blancs restèrent après le départ de leurs compagnons. L'un était chef, l’autre un homme qui servait le chef. Le premier mourut i! y a environ trois ans: une demi-année après, le chef du canton où résidait l’autre homme blagc fut obligé de s'enfuir de l'ile, et l’homme blane le suivit; le district qu’ilsabandonnèrentsenommait Paukori; maisnousne savons pas ce qu'est devenu la tribu qui Phabitait alors. »
D'après les renseignements recueillis à Hobart-Town par: Dumont d'Urville, le commandaut de l’Astrolabe fit voile pour Wallicolo (Vanikoro) ; mais chemin faisant il s’arrêta à Tikopia pour interroger le prussien Bruckart, qui, plus réservé dans ses réponses qu'avec Dillun, se refusa à lui servir de guide. Dumont d'Urville n’en persista pas moins ‘dans son projet et bientôt il jetait l’ancre devant Vanikorooù, parmi des passes hérissées de rochers, il avait pu trouver un mouillage à peu près sûr.
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