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pavillon. La Pérouse, qui avait fait vaillimment son devoir et qui était blessé, fut au nombre des prisonniers. Rendu bientôt à la liberté, il fit avec distinction plusieurs campagnes qui lui méritèrent le grade d’enseigne (er octobre 1764), puis celui de lieutenant de vaisseau (4 avril 1775).
La Pérouse, pendant les années de paix qui suivirent la guerre de sept ans, ne fit guère que de courts et rares séjours à terre,et par de continuels voyages, il acquit une connaissance de plus en plus complète de son métier. Quoique jeune encore, il comptait au premier rang des oiiers qu’on estimait pour la science, l’expérierce, autant que pour le courage. Aussi la guerre ayant commencé avec l'Angleterre, fut-il appelé au commandement de la frégate l’'Amazone, qui faisait partie de la flotte du comte d'Estaing, et il prit une part glorieuse à la victoire remportée en Amérique sur la flotte anglaise, commandée par l'amiral Byron.
Promu, en 1780, au grade de capitaine de vaisseau, Le Pérouse, après une brillante croisière sur les côtes de la Nouvelle-Bretagne, fut chargé par le cabinet de Versailles, d'une mission difficile autant que périlleuse, celle de détruire les établissements de la compagnie Anglaise de la baie d'Hudson. Le 31 mai 1782, il quittait la rade du Cap Français avec le vaisseau le Sceptre de soixantequatorze, la trégate l’Astr'ée et la corvette l’'Engageante. Quinze jours après, l'escadre, malgré les glaces et les brunes, pénétrait dans la baie d'Hudson, et à quelques jours de distance, La Pérouse s’emparait du fort du prince de Galles et de celui de New-York, qu’il rasa l'un après l’autre. La Pérouse honora sa victoire par un noble trait d'humanité. Il apprit de quelques soldats tombés en son pourvoir avec le fort, que plusieurs de leurs camarades
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s'étaient enfuis dans les bois, à l’approche des Français, par une sorte de terreur panique. Ne les ayant point vu reparaître, après quelques jours d'attente, et forcé de mettre à la voile, il craignit que, lui parti, les fugitifs ne fussent exposés à mourir de faim ou ne tombassent sous le tonahawk des Indiens. Par une généreuse prévoyance, il eut soin de laisser à terre, des armes et des provisions De pareils traits font autant d'honneur à La Pérouse que les. plus brillants faits d’armes et les découvertes les plus belles.
La paix ayant été signée de nouveau avec l'Angleterre, Louis XVI, prince éclairé autant que bon et humain, qui avait témoigné pour la marine une soliicitude particulière, voulut faire faire un grand voyage d’exploration et de circumnavigation.
« Ce prince, dit M. de Rossel, avait des connaissances très-étendues en géographie; la lecture des voyages lui avait donné une grande prédilection pour tout ce qui avait quelque rapport à la navigation : ceux de Cook surtout, qui l’avaient frappé davantage, lui inspirèrent le désir d'ordonner une campagne de découvertes pour faire participer les Français à la gloire que ce navigateur avait procurée à sa nation. Les vues du monarque s’étendirent en même temps sur les avantages commerciaux les plus prochains et sur les plus éloignés. Un projet de campagne fut d’abord esquissé d’asrès ses propres idées et lui fut soumis. L'original subsiste encore et l’on y voit des notes en marge, écrites de sa propre main, soit pour approuver les mesures proposées, soit pour les rectifier et suppléer à ce qui avait été omis. Toutes ces notes annoncent une connaissance aprroiondie de la géographie, de la navigation et du commerce. On y voit surtout s’épancher l’âme du prince, qui ne respire que les plus purs sentiments d'humanité. »
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Conformément à ces instructions. La Pérouse « devait reconnaitre ls terres restées inconnues, recueillir des données certaines sur la pêche de lu baleine dans l'Océan méridional au sud de l’Amérique et du cap de Bonne-Espérance, sur la traite des pelleteries dans le nord-ouest de l'Amérique, explorer soigreusement les côtes encore peu connues de la Tartarie et Ge l’Amér que occident:le, les mers de Chine et du Japan, les îles de Salmon, la bande sud-ouest de l'Australie, rechercher dans tous ces lieux les plantes, les minéraux utiles, en étudiant les divers peuples, etouvrir au commerce de nouveaux débouchés. »
La Pérouse avait été désigné par le roi lui-mémne pour être chef de l'expédition ; deux frégates, montées chacune par cent hommes d'équipage, furent mises à sa disposition La Pérouse prit le commandement de la Boussole, son ami, le capisaine Fleuriot de Langle (1), celui de l’Astrolabe. Louis XVI, r°r uno prévoyance qui témoigne de sa généreuse sollicitude fait dans ses instructions écrites, la recommandation expresse que « partout où la navigation « peut offrir quelques dangers les deux navires ne se « séparent point. »
Le 1er août 1785, la Boussole et l’Astrolabe mirent à la voile. Après une courte relàche à Madère, elles traversèrent l'océan Atlantique et vinrent aborder à l'ile Sainte-Catherine, sur la côte de l'Amérique méridionale, au nord de la Plata. Les frégates, en quittant ce port, doublèrent le cap Horn et allèrent mouiller dans la baie de la Conception, puis ellestouchèrent à l’ile de Pâques, aux îles Sandwich, rendues trop célèbres par la mort de Cook. En quittant
1. Les restes du capitaine Fleuriot de Langle, retrouvés par un évêque missionnaire, ont été rapportés cette année (1889) en France. Une touchante cérémonie a eu lieu à Brest à cette occasion.
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cesiles, on se dirigea vers la côte nord-ouest de l'Amérique, où, après avoir reconnu la rivière de Bchring et relevé le mont Beau-Temps par 58° 36’ de lauitude, La Pérouse découvrit une très belle baie, non désignée par Cook, et qu’il nomma Port-aux-Français. La joie qu’on éprouvait de cette découverte ne devait pas tarder à être empoisonnée cruellement par une catastrophe inattendue autant que terrible, Le 13 juillet, trois embarcations, commandées par le lieutenant Descures, partirent pour opérer le sondage de la baie. La Pérouse, qui appréciait le zèle et l'intelligence de cet officier, mais le savait ardent et même téméraire, lui donna par écrit ses instructions avec la recommandation expresse de ne pas s'approcher de la passe de l’entrée avant l’heure de la mer (étale), parce que, pendant l’action de la marée, il y régnait un: barre dangereuse qui portait sur des brisants. Par malheur, Descures s'engagea imprademment dans la baie, croyant la passe bien éloignée encore, quand déjà on se trouvait dans les eaux du courant. Dès qu'il s’en aperçut, à la rapidité avec laquelle le canot était entrainé, il donna l’ordre de rétrograder aux rameurs. Mais ceux-ci, comprenant bien qu'il y allait pour tous de la vie, firent de vains efforts pour remonter le courant. La violence des eaux rejetait toujours en arrière l’embarcation qui, tournant sur elle-même, finit pat chavirer et tous ceux qui la montaient furent engloutis.
La chaloupe de l’Astrolabe eut le même sort. Elle était commandée par les deux frères de Laborde et.se trouvait en dehars du courant si fatal au canot de la Boussole.
Mais, témoins de la catastrophe, les généreux officiers
comme leurs braves matelots, n’écoutant que leur cœur, se lancèrentrésolüment au milieu des brisants pour porter secours à leurs camarades qu’ils voyaient de loin se débat-
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LA PÉROUSE. — DUMONT D'URVILLE, us
tant au milieu des flois: saisis comme eux par les tourbillons, ils disparurent dans le gouffre, sans qu'un seul de ces infortunés pût être sauvé ni même retrouvé. La Pérouse, Fleuriotde angle et leurs officiers, après de longues et inutiles recherches, ne purent que donuer des larmes aux victimes, au nombre de vingt tune. Dans une ile qui se trouvait au milieu de la baie, on érigea à la mémoire de tous ces infortunés, oflicicers et matelots, une sorte de cénotaphe sur lequel on lisait et lit sans doute encore cette touchante iascription :
\ l'entrée du port Out péri viogt el un braves mrurius:
Qui que vous soyez, Mèlez vos larmes anx nôtres,
En quittant ce rivage funeste, les deux navires contipuèrent leur route du nord au sud, en prolongeant toute la côte jusqu’à Monterey où les pères de la mission de San-Carlos, hommes vraiment apostoliques et se dévouant à la conversion des sauvages, accoururent de deux lieues pour offrir l'hospitalité aux étrangers « qui, dit une relation, furent reçus par les bons pères, entourés de leurs nombreux néophytes, comme des seigneurs qui font leur première entrée dans leurs terres. Le président des missions, revêtu de sa chape, les attendait sur la porte de l'église, illuminée comme aux plus granas jours de fête: il les conduisit aax pied du maitre-autel où il entonna le Te
Deum en action de gràces de l'heureux succès de leur PA voyage. » 1 De là tous se rendirent au réfectoire, où La Pérouse et D
ses officiers se virent, à la table hospitalière des bons re-
ligieux, l’objet de la ples aimable sollicitude. Des compa-
triotes ou plutôt des parents et des amis n’auraient pas été Le ÿ
plus empressés, plus affectueux, que les missionnaires espagnols.
Après une courte relàche à Monterey, La Pérouse remit à la voile, en se dirigeant à travers le Grand Océan vers les iles du Japon qu’il devait particulièrement explorer. Le 2 août 1787, il se trouvait par 45° 10 de latitude au nord du cap Crillon et découvrait le détroit qui porte aujourd’hui son nom. Après avoir constaté, contre l'opinion reçue jusque-là, que les terres au nord du Japon ne tiennent pas au continent, La Pérouse vérifia successivement les découvertes des Hollandais en relevant les îles de la Compagnie, des Quatre-Frères, ete., et vint relâcher à Petropolowska, sur la côte du Kamchatka, où il fut rcçu avec une hospitalité toute cordiale par les autorités russes. Là on remit au capitaine des dépêches venues de France dont l’une renfermait sa nomination comme chef d’escadre. De là aussi il expédia, par la voie de terre, M. de Lesseps, avec les journaux, caries, plans et dessins recueillis dans la première partie du voyage jusqu'alors des plus heureux, sauf le fatal évènement de Port-aux-Français. Bientôt on eut à déplorer un nouveau malheur qui semblait faire présager la catastrophe finale.
Les frégates quittèrent la baie d'Aratcha, le 29 septembre, en faisant route vers le sud. Après avoir mouillé de nouveau à Botany-Bay, elles remirent à la voile et se dirigèrent vers l’archipel des Navigateurs où. le 8 décembre, elles entrèrent dans la baie de Maouna. Le capitaine de Langle se fit aussitôt conduire à .terro par sa chaloupeque suivait le canot, il voulait examiner le pays pendant que les hommes de l’équipage renouvelleraient leur provision d'eau. Les embarcations avaient à peine touché le rivage que de divers côtés on vit accourir les insulaires qui ne ménageaient pas les démonstrations amicales. Le capi-
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taine, expérimenté et prudent, n’en donna pas moins l'ordre à ses marins de se tenir sur leurs gardes, avec leurs fusils chargés, tout en répondant de la façon la plus cordiale aux avances des naturels. Ceux-ci, dont le nombre allait s’augmentant sans cesse, paraissaient toujours animés des mêmes sentiments pacifiques. Mais au moment de la marée, la mor ense retirant laissa soudain les barques à sec, À peine les sauvages s'en furent-ils aperçus que leur attitude changea complètement et devint menaçante. La foule compacte des naturels entourait de plus en plus les travailleurs qui néanmoins purent embarquer sans obstacle leurs tonneaux dans la chaloupe et le canot où ils montèrent eux-mêmes. Malheureusement il fallait attendre la marée pour les remettre à flot et les sauvages, qui se comptaient maintenant par milliers, semblaient de plus en plus vouloir les cerner. Une démonstration énergique eût peut-être suffi alors pour les effrayer. Mais un sentiment d'humanité sans doute exagéré empêcha Fleuriot de Langle de faire usage contre eux de sa mousqueterie; lorsqu'enfin, voyant l’imminence du péril, il s’y décida, c'était trop tard. Le premier feu de peloton exécuté coucha sans doute bon nombre de sauvages sur le carreau; mais les autres se précipitèrent avec des hurlements furieux vers les embarcations sans laisser le temps de recharger leurs armes aux marins accablés d’une grêle de pierres et de flèches dont plusieurs furent atteints ; parmi eux malheureusement se trouvèrent le naturaiiste Lamanon et le capitaine de Langle. Tombés grièvement blessés au moment d'atteindre les canots, ils furent achevés à coups de massue par les sauvages. La plupart des autres plus heureux purent échapper, les embarcations ayant pris le large, favorisées par le retour de la marée. Lorsque ceux qui les montaient arrivèrent sur le pont
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des frégates, quelques-uns blessés et couverts de sang, et racontèrent la trahison dont ils avaient été victimes, une explosion d’inlignation et de colère souleva les équipages. Officiers et solilats voulaient venger leurs camarades, et tourner les canons contre Îles nombrenses plrogucs qui entouraient encore le navire et étaient montées par des naturels venus pour les échanges, mais était-il juste cependant de les rendre responsables de la perfidie de leurs compatriotes ?
La Pérouse ne le crut pas ; il ft seulement tirer un coup de canon à poudre pour forcer les pirogues à s'éloigner. La Pérouse se refusa également à faire à terre une descen'e qui aurait pu coûter encore la vie à quelques-uns de ses hommes sans atteindre probablement les vrais coupables.
Ne rencontrant nulle part un sûr ancrage,et trop certain qu'aucun de ceux qu’on n'avait pas vusreparaitre ne «survivait, après deux jours encore passés devant l'ile maudite, il donna l’ordre d’appareiller en se dirigeant vers les iles des Amis, mais il n’v aborda point. Dès lors on perd complètement la trace de l’illustre navigateur.
Les-écueils de Vanikoro.
En 1792, une expédition envoyée à la recherche de
La Pérouse et commandée par l'amiral d’Entrecasteaux n'amena aurun résultat ; ce ne fut que bien des années
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