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Immédiatement des canots furent détachés pour explorer les écueils. L'un d'eux, sur lequel se trouvait M. Jacquinot, commandant en second de lexpédition et que guidait un naturel séduit par le cadeau d’un superbe morceau d’étoffe rouge,arriva bientôt sur le lieu de la catastrophe. Il ne fut plus possible de douter quand, au fond des eaux tranquilles et claires, on aperçut, accumulés dans un étroit espace, les débris nombreux du naufrage, des ancres, des boulets, des canons et une immense quantité de plaques de plomb. Ces témoins muets mais éloqnents de la catastrophe confirmaient tous les dires de Dillon, appuyés surtout qu'ils étaient par les déclarations des indigènes, quand ils consentirent à parler, ce à quoi on eut à grand’peine à les décider. Ayant appris par les Anglais et les indigènes de Tikopia, que les nouveaux venus étaient de la même nation que les Maras (nom donné par eux aux naufragés), ils craignaient qu’ils ne fussent venns dans une pensée de vengeance. Aussi à toutes les questions, ils ne faisaient d’abord que des riponses évasives.
Rassuré$ enfin par les démonstrations amicales des Français, et gagnés par les présents dont on les comblait, ils finirent par parler et racontèrent avec certaines variantes, ce qu'ils savaient de la catastrophe.
D'après ces différentes versions qui s'accordent pour le fond, Dumont d'Urville conclut en disant : « Tout nous porte à croire que La Pérouse, ayant cru pouvoir continuer sa route pendant la nuit,comme cela lui était souvent arrivé, tomba inopément sur ces terribles récifs de Vanikoro, dont l'existence était entièrement ignorée. La frégate qui marchait en avant, la Boussole sans doute, donna sur les brisants sans pouvoir se relever, tandis que l’autre eut le temps de reveair au vent et de prendre le large : mais l’affreuse idée de laisser leurs compagnons de-
voyage, leur chef peut-être, à la merci d’un peuple sau- ‘vage, ne put pas permettre à ceux qui avaient échappé av premie péril de s'écarter de cette ile funeste, et ils duvent Lux tenter pour arracher leurs compatriotes au sort qu: + senaçait, Ce fut là, nous n’en doutons point, la caus «+ .1 rerte du second navire. L'aspect même des lieux ou il esi : té donne un nouvel appui à cette opi- “ion: car, au premier abord, on croirait y trouver une passe entre les récifs : il est donc possible que les Français du second navire aient essayé de pénétrer par cette ouverture en dedans des brisants et qu’ils n’aient reconnu leur erreur, que lorsque leur perte était aussi consommée. »
Dumont d'Urville fit immédiatement retirer du fond de la mer le plus grand nombre possible de débris, une ancre entre autres du poids de dix-huit cents livres qui forme comme la base de cette espèce de pyramide, composée des épaïes du naufrage et devant laquelle, au musée maritime du Louvre, s’empressent les étrangers et les curieux, mais que l’homme de cœur et de réflexiôn ne peut contempler sans une émotion profonde en se reportant par la pensée au jour ou plutôt à la nuit terrible de la catastrophe.
Dumont d’Urville ne se contenta pas de recueillir les épaves du naufrage, un soin plus pieux le préoccupait. « Il fitélever, à la mémoire des naufragés, dit une relation, un monument modeste, mais suffisant pour indiquer son passage dans l'ile, et y laisser un témoignage des regrets de la Franceet du monde savant, La forme adoptée pour ce mausolée est celle d’un prisme quadrangulaire de six pieds d’erête, surmonté par une pyramide quadrangulaire de mème dimension... Ou eut soin de n’employer aucune ferrure dans la construction de ce monument de peur que
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Sage précaution! depuis en effet les bâtiments qui, à différentes époques, ont abordé dans l'ile, ont pu constater que le monument était intact, respecté par les naturels à légal de leurs moraïs.
Mais l’accomplissement de ce pieux devoir avait forcé de prolonger le mouillage sur cette côte dangereuse qui "it devenir aussi fatale aux marins de l’Astrolabe et us Boussole. Le moment venu de mettre à la voile, :: falla: d’abord sortir de passes dangereuses, et pour la r .::œ"re les bras manquaient, la moitié des hommes gisant ans les hamacs malades de la fièvre, dont l'un des p'#miers, le capitaine s'était vu atteint. Néanmoins, il fit elic:: ;our se lever et donner ses ordres pour l’appareillase, car, écrit-il dans son journal, « le temps presse : si nous laissons passer cette journée (17 mars), demain peut-être il ne sera plus temps... A six heures du matin on commence à virer sur les ancres et on les relire les unes après les autres; manœuvre longue et pénible, attendu que le càble, la chaine et le grelin s'étaient entortillés les uns avec les autres.
« Sur ls‘huit heures, tandis que nous étions le plus occupés de ce travail, j'ai été fort étonné de voir venir à nous une demi-douzaine de pirogues de Teraï montées par des indigènes qui, au lieu de fruits et d'objets d'échange, n’apporlaient que des arcs et des flèches en fort bon état. Deux ou trois d’entreeux montèrent à bord d’un air déterminé, se rapprochèrent du grand panueau pOur regarder dans l’intérieur du faux-pont et s’assurer du nombre des hommes malades. Une joie m:ligne perçait en même temps dans leurs regards diaboliques.
« De pareilles manœuvres annonçaient les plus pertides
SRE
intentions, et je jugeai que le périlétait imminent, A l’ins- {ant, j'intimai aux naturels l'ordre de quitter la corvette et de rentrer dans leurs pirogues. {ls eurent l’auiace de me regarder d’un air fier et menaçant comme pour me défier de faire mettre mon ordre à exécution. Je me contentai de faire ouvrir la salle d'armes, ordinairement fermée avec soin, et d’un front sévère je la montrai du doigt à mes sauvages, tandis que de l’autre je leur désignais leurs pirogues. L'aspect de vingt mousquets étincelants, dont ils connaissaient la puissance, les fit tressaiilir et nous débarrassa de leur présence.
€. Mais nous venions, pour ainsi dire, de rompre la paille avec ces barbares, et notre départ devenait plus indispensable que jamais, J'exhortai donc léquipage à redoubler de caurage et d’eftorts, et je pressai le moment de l'appareiilage autant que le permettaient mes faibles moyens. Les malades eux-mêmes prêtaient leurs débiles mains à louvrage….
«.….. Accablé par la fièvre, je pou vais à peine me soutenir pour commander la manœuvre, et mes veux affaiblis ne pouvaient se fixer sur les flots d'écume qui blanchissaient les deux bords de la passe; mais je fus secondé par l’activité des officiers, surtout par l'assistance de M. Gressier que j'avais chargé de diriger notre route. Il nous servit de pilote et le fit avec tant de sang-froid, de prudence et d'habuleté, que la corvette franchit sans accident la passe étroite et difficile par où nous devions gagner le large. Ce moment décidait sans retour du sort de l'expédition, et la moindre fausse manœuvre jetait la corvette sur des écueils d'où rien n’aurait pu la retirer, Aussi, malgré notre détresse, après quelques minutes d’anxiété, nous éprouvàmes tous, en nous voyant délivrés des récifs de cette ile funeste, un sentiment de joie comparable à celui qu'éprouve un
l’ins-
tte et prisonnier qui échappe aux horreurs de la plus dure caple me tivité; la douce espérance vint ranimer notre courage défier abattu, et nos regards se tournèrent encore une fois vers ai de les rives de notre patrie à travers les cinq à six mille lieues
avec qui nous en séparaient, »
mes
leurs nt ils ébardre la plus ige à Dumont d'Urville.
ment 1ibles éhiles Dumont d'Urville, alors qu’il racontait ainsi la catastrophe sOu- * de La Pérouse, ne se doutait guère que lui-même, bien peu aiblis d'années après, était destiné à une fin non moins trachis- gique. On sait que l’illustre navigateur périt, avec sa femme é par et son fils uniqne, dans la catastrophe dont une chapelle Gres- dédiée à Notre-Dame des Flammes, non loin de Bcllevue, servit rappelle aux promeneurs joyeux et oublieux, qui se rendent ce et à Versailles, le formidable souvenir. Les cadavres des trois passe infortunés, qui n'étaient plus que d’informes débris, ne re, Ce purent être reconnus que par des parcelles de vêtements et la ou des bijoux. Parmi les nombreuses victimes dont le cueils malheur éveilla tant de sympathies, Dumont d’Urville fut e dé- regretté entre tous, parce que, dans la force de l’âge, joignant à l'énergie du caractère la ma‘urit: que donne l'expérience, il pouvait rendre à la science et au pays de grands services encore. Nous avons vu ce ue la mémoire de La Pérouse dut à ses efforts courageux. Outre le voyage
do circumnarvigation exécuté à cette époque et dont il à donné le récit et dans son ouvrage scientifique en vingt volumes et dans le Voyage pittoresque autour du Monde, Dumont d’Urville fit, pendant les années 1837, 1838, 1839, 1840, un second et plus long voyage dans lequel il cut l'honneur de faire de nouvelles et importantes découvertes, celle en particulier des terres situées au sud de la Nouvelle- Hollande, vers le pôle Austral, et qu’il nomma Terres de Joinville, d’Adélie et de Louis-Philippe. Pour reconnaitre ces nouyeaux continents dont les glaces lui barraient l’approche en rendant la navigation intiniment périlleuse, il lui fallut une rare persévérance et une indomptlable énergie. Il prouva que ce n’élait pas en vain qu'il déclarait aux marins de ses équipages que, malgré sa frêle apparence, il saurait lasser les plus robustes d’entre eux.
« Les matelots, me voyant marcher pesamment et lente-
ment à cause d’un accès de goutte que je venais de subir,
avaient paru bien surpris que je fusse leur commandant ‘
et quelques-uns mêmne s'étaient écriés : Oh! cebonhomme
ne nous mènera pas loin! Je leur promis dès ce moment
que, si Dieu lui donnait vie, ce bonhomme leur en ferait
voir en navigation comme ils n’en avaient jamais vu. » Et il Lint parole.
Au retour de ce voyage au pôle sud, exécuté sur l’Astrolabe et la Zélie, Dumont d’Urville avait été honoré du titre de contre-amiral. Les artistes qui vont, au Musée des Antiques, admirer et dessiner la Vénus de Milo, aujourd’hui si célèbre, ne savent guère pour la plupart que la possession de ce chef-d'œuvre de la statuaire grecque est due à Dumont d'Urville. Tout jeune officier encore, il so trouvait à bord de la Chevrette, chargée d'exécuter un travail hydrographique dans la mer Noire et la partie orientaic de la Méditerranée. Pendant une reläche que le
t dont il à
ïe en vingt ‘du Monde, 1838, 1839, quel il cut lécouvertes, la Nouvelle- \ Terres de reconnaitre rraient l’apérilleuse, il ble énergie.
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lé sur l’As- ; honoré du u Musée des ilo, aujourpart que lu grecque est encore, il so exécuter un t la partie ache que le
navire tit à Milo, il fut conduit par notre consul, M. Brest, à l'endroit où le pâtre Yourgos venait de découvrir et de dégager du milieu des ruines et des terres la statue si fameuse, Dumont d'Urville enthousiasmé rédigea en toute: hâte une note chaleureuse qu’il adressa à M. de Rivière, notre ambassadeur à Con: :intinople. Celui-ci tout aussitôt envoya sur les lieux son secrétaire d’ambassade, M. de Marcellus, avec mission d'acquérir la statue. C’est ainsi. qu'elle devint la propriété de la France,
Deux écoliers.
Un matin d’avril ou de mai 1772, à quelque distance de la Flèche, sur la route de Nantes, cheminaient d’un pas leste, deux adolescents, deux enfants plutôt, vêtus de l’uniforme de l’école.
— J'ai peur que ce ne soit bien loin, Nantes? dit le premier à son camarade, déjà je sens mes jambes qui se fotiguent.
— Comment, Anistide, c’est toi qui parles ainsi, toi le meilleur coureur de l’école, infatigable dans les promenades ? Si tu te lasses si vite... alors c’est fait de nous, d'autant plus que, dès qu’on s’apercevra de notre absence, on ne manquera pas de nous poursuivre.
— Eh! mon cher, tourne la tête, je crois déjà que l’en- T. Il 6
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ge ot =
nemi est à nos trousses. Je reconnais le costume de nos geôliers. Impossible que nous leur échappions, puisqu’ils sont à cheval et nous à pied. Mieux vaut se résigner et faire contre fortune bon cœur en nous rendant de bonne grâce.
-— Il faut bien vouloir ce qu’on ne peut empéchert dit l’autre avec un soupir.
Et tous deux alors s’arrêtant s’assirent sur le revers d’un fossé où les trois cavaliers qu’ils avaient aperçus de loin ne tardèrent pas à les rejoindre.
— Où courez-vous ainsi? demanda avec un accent sévère l’un d’eux aux écoliers assez embarrassés de leur conte: nance et de leur réponse. Aussi prirent-ils le parti de garder le silence en baissant les yeux.
— Mais répondez donc ? reprit plus vivement le maitre. Messieurs les déserteurs, dans quel but cette équipée? Pourquoi vous sauver de l’école et courir ainsi les grands chemins? C’est à vous en particulier que je m'adresse, Aristide, qui devez avoir entrainé votre camarade ; car on vous connaît d'humeur aventureuse et téméraire ; s’il se commet à l’école quelque sottise, si vos professeurs ont à se plaindre d’une espiéglerie un peu forte, pour ne pas dire plus, on est sûr à l'avance que vous êtes du complot, et d'ordinaire même c’est à vous qu’en revient l’honneur, supposé l’honneur. Maintenant donc, dites, où allez-vous de ce pas ?
— À Nantes, Monsieur.
— À Nantes et pourquoi faire?
— Pour nous embarquer comme mousses l’un et l’autre sur un des navires en partance.
— Une belle idée que vous avez eue là! Comment pareille fantaisie vous est-elle venue? Mais j’y suis : sûrement ce qui vous aura tourné la cervelle et mis en tête ces belles
me de nos puisqu'ils résigner et de bonne
pêcher! dit
r le revers aperçus de
cent sévère leur contei de garder
t le maitre.
> équipée ?
les grands m'adresse, de; car on re; s’il se sseurs ont our ne pas u complot, l'honneur, allez-vous
et l’autre
nt pareille rement ce ces belles
imaginations, c'est le Robinson Crusoé qu’on vous voyait entre les mains, même aux heures d'étude, plus souvent que vos livres de classe.
L’écolier rougit jusqu’au blanc des yeux, ce qui équivalait à un aveu. Le maitre reprit sur un ton qui ne trahissait pas précisément des dispositions à l'indulgence :
— Je vous disais que c'était perdre sottement le temps que de vous adonner avec cette passion à une lecture toute romanesque, car Robinson est un roman; et pour vous c'était pis encore puisque ce malheureux livre a pu vous suggérer pareille extravagance. Mais la faute n'en est pas moins grave, et une telle infraction à la discipline mérite une punition exemplaire. Levez-vous, messieurs, et suivezmoi. Ou plutôt, comme je vois que vous êtes fatigués, ces messieurs voudront bien vous prendre en croupe l’un et l’autre.
Ainsi fut fait; les deux écoliers, l’air fort penaud, se hissèrent derrière les cavaliers qui, tournant bride, reprirent au galop le chemin de l’école. Au moment où l’on entrait dans la cour, le directeur s’y trouvait avec un officier portant l'uniforme d’un régiment caserné dans la ville. Le directeur, à la vue des tugitifs, fronça le sourcil et le mot de prison s’échappa tout d'abord de ses lèvres. Mais l'officier avec lequel il s’entretenait intervint et demanda grâce pour les fugitifs.
— Je vois, dit-il, dans leurs yeux, sur leurs visages, qu’ils se repentent de leur étourderie. Ainsi, pour cette fois, mon ami, pardonnez-leur ; je répouds qu’ils ne sont pas près de recommencer.
— Oh! non, murmurèrent les bambins.
— Puisque vous vous faites leur avocat, Dolomieu, dit le directeur, il faut bien pardonner, Vous êtes de ceux auxquels on ne peut rien refuser. Allons, messieurs,
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s4 LES MARINS FRANÇAIS.
remerciez M. de Dolomieu, car sans lui, sans la bonne fortune qui l'a fait se rencontrer sur votre passage, vous couriez risque d’aller en prison, au pain et à l'eau.
Les deux écoliers tout joyeux remercièrent avec effusion leur protecteur et rejoignirent leurs camarades.
Or, celui des deux qu’on appelait Aristide, c'était Dupetit-Thouars, depuis capitaine de la marine :syale, qui était né au château de Boumois, près Saumur, De la Flèche, Arisiide passa à l’école militaire de Paris; mais déjà ce n'était plusun enfant et l'adolescent, s'appliquant sérieusement à l’étu le, comotait parini les élèves l:: plus distingués. Se destinant à la marine, par suite d2 cette vocation qui le poussait naguère sur la route de Nantes, il comprenait que pour celte carrière les connaissances les plus variées comme les plus solides sont une nécessité. Néanmoins, lors dela suppression de lécolz par Saint-Germain en 1776, Dupetit-Thauars se :‘signs © entrer dans le régiment de Poitou.
Peu s'en failut qu'il ne donnàt sa démission, lorsqu'il 1 apprit le troisièems “orage de Cook à qui il s’était offert F comme volontiis: On :::nore quelle cause empècha son | départ. Il n'eut d'ailleurs qu’à s’en féliciter, cac bientôt | après (1778), la guerreayant éclaté entre la France et l’An- Î gleterre, le jeune sous-lieutenant sollicita et obtint du miuistre de la marive de se rendre à Ro‘hefort où, après ua examen passé avec la plus gran.le distinction, il fut reçu garde-marine (aspirant). C’est en cette qualité ou peut-être . avec un grade plus élevé qu’il prit part au rombat d’Ouessant, à la prise du fort Siint-Louis au Sénégal et à d’autres 1 affaires où son sang froid, qui w’exeluait point l'élan et | l’ardeur, lui valut plus d’une fois les félicitations de son chef, M. de Vaudreuil, capitaine du Fendant. Il reçut lui- hi: même, vers la fin de la guerre, le commandement du Tar- $
onne for-
age, vous
Au.
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était Duyale, qui Je la Flèmais déjà ut sérieuplus dis tte voca- Nantes, il ances les nécessité.
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leton, excellent navire dont il eut bientôt apprécié les mérites et pour lequel, en vrai marin, il se prit d’une sorte de passion. Nul à son avis n'égalait son bâtiment pour la solidité en même temps que la lég: reté de la construction, et cette corvetie d’une marche suptrienre pouvait être utilisée particulièrement pour un voyage de découvertes ; c'est ce que le jeune capitaine s’efforça de démontrer dans un mémoire adressé au ministre de la marine, mais auquel il ne semble point qu’il ait été fait alors de réponse. Cependant ce n’est pas à tort qu'il vantait les mérites de son navire, puisque plus tard ce même Tarleton servit à l'amiral Truguet pour un voyage d'exploration dans la mer Noire.
La pensée d’un voyage autour du monde préoccupait toujours Dupetit-Thouars condamné par la paix à une inaction dont l'étude ne suffisait pas à le distraire.On parlait alors beaucoup de La Pérouse qui, selon toute probabilité, s'était perdu sur une des iles désertes de la Polynésie, mais dont on ignorait le sort.
Dupetit Thouars peut-être avait connu La Péronse, et il résulut d’aller à la recherche de son compatriote : les circonstances s’opposant à ce que l'État. mit un navire à sa disposition, il essaya de monter une expédition qui aurait pour but le commerce des pelleteries à la côte nord-ouest de l'Amérique septentrionale, ce qui devait cour r large-
. ment les frais,
Mais les souscriptions, encore que le roi Louis XVI eût voulu s'inscrire le premier sur la liste, furent insuffisantes. Dupetit-Thouars alors, se croyant engagé d’honneur, vend sa légitime, ce que fuit aussi son frère, offer distingué, qui s'était offert à l’accompagner. Mais ce dernier, retenu en France par divers motifs, ne put rejoindre Aristide, parti le 2 août 1792, bien qu'on se {ût donné rendez-vous
à l'Ile de France; les deux frères ne devaient plus se revoir.
Dupetit-Thouars, arrivé à l’Tie de Sel, l’une des iles du Cap Vert, trouva sur ce rocher quarante Portugais, jetés là par un naufrage et demi-morts de faim. Touché de pitié, il les prend à son bord et les conduit à Saint-Thomas. Mais là aussi sévissait la famine, les navires apportant les approvisionnements n'étant point revenus en temps opportun. Dupetit-Thouars, dont « le caractère distinctif, dit Eyriès, était la bonté et qui de sa vie n’avait jamais su rien refuser aux malheureux, à tel point qu'il jui est arrivé quelquefois de s’imposer les plus dures privations pour les secourir, ne sut pas résister au spectacle de désolation qui lui était offert; il donna presque tous ses vivres aux habitants qui, à son départ, ayant à leur tête l’évêque de Saint-Thomas, l’accompagnèrent sur le rivage en le comblant de bénédictions. »
Quelques jonrs après, une épidémie se déclara à bord ; le capitaine lutta courageusement contre le fléau, prodiguant ses conso'ations, ses soins même au moindre des matelots ; mais voyant son équipage réduit des deux tiers par le grand nombre des victimes, il comprit qu’il ne pouvait conlinuer son voyage sans combler les vides de ses cadres. Alors il prend le parti de gagner l'ile de Fernand de Noronha, qui était la terre la plus voisine. Mais les événements dont notre patrie était alors le théâtre avaient leur contre-coup partoutau dehors, et le pavillon de France, bien loin de pouvoir protéger, n'inspirait que crainte et défiance. Malgré les protestations de Dupetit-Thouars, on déclare saisi son navire qui s’échoue dans le port même. Lui-même, retenu prisonnier, est conduit à Lisbonne. où il n'obtient qu'après une captivité assez longue, d’être mis en liberté ; le gouvernement portugais cependant lui
nt plus se
des îles du Gais, jetés ouché de Paint-Thores appor- Pvenus en .Clère disie n’avait oint qu’il dures priectacle de e tous ses leur tête le rivage
a à bord; lu, prodindre des leux tiers il ne poues de ses Fernand Muis les e avaient e France, rainte et uars, on t même.
onne.où , d’être dant lui
accorda six mille francs d’indemnité, représentant le produit de la vente des débris de son navire.
Aussitôt qu’il eut touché cet argent, Dupetit-Thouars réunit tous les survivants de son équipage, et leur distribua les six mille francs sans se rien réserver et en leur exprimant son regret de ne pouvoir faire davantage pour eux. Quant à lui, ne voulant pas rentrer en France dans des circonstances actuelles, il prit passage à bord d’un navire qui le conduisit en Amérique où il pensait à se fixer. Mais le goût des explorations lointaines ne l’abandonnaïit pas; à deux reprises, il essaya de gagner par terre la côte du nord-ouest, et en compagnie du duc de la Rochefoucault-Liancourt, il alla visiter la chute du Niagara qui alors n’était point ccmme aujourd’hui d’un abord facile
» El
Le capitaine du « Tonnant ».
Peu de temps après, on apprit que le calme commençait à renaître en France, et Dupetit-Thouars ne put résister au désir de revoir sa patrie. Son nom, mis souvent à l’ordre du jour dans des temps meilleurs par des hommes tels que Suffren, Lamothe-Piqurt, Vaudreuil, etc., £tait connu dans les bureaux du ministère de la marine. Dès son arrivée en France, le gouvernement d’alors, qui comprenait la nécessité de compléter les états-majors des
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vaisseaux, s’'empressa d'offrir un commandement à Dupetit-Thouars. Après quelques hésitations, celui-ci accepta, et l'expédition d'Egypte ayant été résolue sur ces entrefaites, il fut nommé capitaine du Tonnant, vieux navire de soixante canons sur lequel il eut la satisfaction de donner l'hospitalité à Dolomieu, dont il gardait bon souvenir,
On sait la fin désastreuse de cette campagne. La flotte, arrivée heureusement dans la rade d’Aboukir, ne tarda pas à voir paraître la flotte eunemie commandée par le célèbre Nelson. Aussitôt un conseil de guerre est convoqué par l'amiral français relativement au parti à prendre, et là Dupetit-Thouars insiste avec une grande énergie sur la nécessité d’appareiller sans délai pour aller chercher l’ennemi au lieu de l’attendre dans une rade désavantageusepour la manœuvre. Cette opinion, que les événements se chargèrent trop bien de justifier, fut mal accueillie par la majorité des ofliciers présents, et l’un des contradicteurs hi combattit même d’une façon peu bienveillante.
— Je ne sais ce qu’on fera, dit Dupetit-Thouars avec calme, mais on pent être sûr que lorsque je serai à bord, mon pavillon <era cloué à mon mât.
Il'tint parole. La bataille engagée et malhceurensement à peu près perdue déjà, le capitaine du Tonnant, qui avait fait, avec son vieux vaisseau, des prodiges de courage et d’habileté pour conjurer le malheur d’une défaite, fut atteint d’un boulet qui lui coupa les deux jambes. S'étant fait placer dans un tonneau de son pour arrêter ou du moins retarder l’hémeorrhagie, il continua à donner des ordres avec le même sang-froid. Un boulet lui emporte le bras, celui-là même dont il se servait pour commander la manœuvre. Les yeux du vaillant marin se voilent, ik parait s’affaisser sur lui-même, on accourt.
— Ce n'est rien, dit-il en se redressant.
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DUPETIT-TRHOUARS. 89
Son porte-voix lui a été enlevé avec la main qui le tenait ; il saisit de la main qui lui reste celui d'un de ses officiers en s'écriant :
— J'ai encore un bras pour servir la France.
Peu d’instants après, ce bras lui-même est emporté par un boulet : Dupetit-Thouars sent que son heure est venue. Mais avec un courage surhumain, ce tronçon mutilé fait entendre un suprème appel :
— Équipage du Tonnant, n’amenez jamais votre pavillon, s'écrie-t-il,
Déjà il avait donné l’ordre de elouer au mât la flamme tricolore.
« Dup:tit-Thouars, a dit un judicieux biographe, réunissait les qualités les plus opposées : doué d’une extrême vivacité d'imagination, personne au besoin n’était plus patient et plus perstvérant que lui; plein d’ardeur et de moyens pour les entreprises qui pouvaient contribuer à la gloire et à l'avantage de son pays, il devenait calme et résigné lorsque les événements ne répondaient pas à ses espérances, supportant l’infortune sans humeur, comme il aurait joui des succès sans amour-propre; sincère pour lui-même jusqu’à l’imprudence, il ne pouvait pas, il ne savait pas, quelies que fussent les circonstances, se montrer différent de ce qu’il était; réservé sur le compte des autres presque jusqu’à la dissimulation, il nedisait jamais ce qui pouvait leur nuire, plus habile qu’eux-mèrmes à excuser leurs torts ou à faire oublier leurs fautes ; remarquable dans une société parune conversation pleine d’abandon, de naturel et de suillies, il cachait, sous les formes les plus faciles et quelquefois les plus gaies, un esprit sérieux et toujours observateur. Mais cette habitude d’observer, qui ne nous rend que trop souvent chagrins et difficiles, ne lui avait inspiré qu’une plus grande indulgence.
Il n’étudiait les hommes que pour chercher sous leurs défauts les vertus qui pouvaient s'y trouver et se justifier ainsi à lui-même la bonne opinion que, malgré les erreurs et la corruption de son siècle, il s'était formé de ses semblables. S'il était l’apologiste de la nature humaine, on se doute bien cependant qu'il ne l'était pas des vices qui la dépravent ou des crimes qui la déshonorent. On l’a vu, plus d’une fois, au récit de quelque injustice ou de quelque oppression violente, exprimer en traits de feu la haine qu’il portait à toute espèce de tyrannie, et surtout à la tyrannie hypocrite, s’élevant alors dans sa généreuse indignation à la véritable éloquence. On s’apercevait alors que cet homme si simple et si bon avait une âme indé:pendante et libre, et que, capable des affections les plus profondes, il l'était aussi des pensées les plus nobles et des conceptions les plus énergiques. »
Ce portrait que j'ai tenu à reproduire en entier montre qu'il n’a manquéà Dupetit-Thouars,pourarriver au premier
rang, qu’une plus longue vie et des circonstances à la hauteur de son cœur et de son génie.
1s leurs dése justifier les erreurs de ses semlaine, on se vices qui la On l’a vu, de quelque eu la haine urtout à la néreuse incevait alors y âme indéns les plus s nobles et
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JEAN BOUZARD
Jean Bouzard.
Je me blàmerais de ne pas consacrer quelques pages à ce brave marin qui fut un héros aussi dans son genre, et dont la ville de Dieppe a raison d’être fière ; n'est-il pas glorieux de passer sa vie à sauver les hommes ?
Dans les premières années du règne de Louis XVI, parvenu au grade de pilote, Bouzard s'était déjà fait connaître par quelques actes de généreux dévouement, lorsque, dans la nuit du 31 août 1777, à peu de distance de Dieppe, retentit le canon de détresse. A la lueur des éclairs, on apercevait un navire violemment battu par les vents et les vagues et en ptril imminent de naufrage. Une foule uombreuse, accourue sur la jetée, contemplait ce spectacle, et tous jugeaient la catastrophe inévitable.
Bouzard, accompagné de plusieurs camarades qui l’aidaient à porter un câble, arrivait sur la jetée. Après s'être
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assuré qu’au cable était solidement noué un filin très fort attaché par un bout à sa ceinture, il prévient ses camarades de veiller sur le câble pour le dérouler au moment opportun ; puis leur serrant la main au milieu de l'admiration générale, il s’élance hardiment au milieu des vagues, se dirigeant vers le navire en péril. Mais l’atteindre n’est pas chose facile, car un long espace l'en sépare, et les lames le rejettent sans cesse vers le rivage. Tout meurtri, baletant, épuisé par cette lutte contre la mer furieuse, Bouzard s’opiniâtre et enfin, après des efforts surhumains, il arrive au navire. Sans perdre de temps, il amène, à l’aide du filin, le câble laissé à terre et l’attache fortement au mât. De la sorte il peut établir un va-et-vient et sauver les huit matelots qui se trouvaient encore sur le navire. Ceux-ci sauvés, il regagre à son tour, le dernier, la terre, où il arrive défaillant ; ses camarades le portent comme en triomphe jusqu’à sa maison.
Le bruit de cet acte héroïque retentit jusqu’à Versailles et Paris ; et un matin, au grand étonnement de Bouzard, il vit entrer dans sa pauvre maison un domestique en grande livrée qui lui remit une large missive, ornée
d’un grand cachet rouge qu’il brisa et alors il lut ce qui suit :