BRAVE HOMME
« Je n’ai su qu'avant-hier par M. de Crosne, intendant de Rouen, votre action courageuse du 31 août. J'en ai tout de suite rendu compte au roi qui m’a ordonné de vous en témoigner sa satisfaction, de vous assurer de sa part une gratification de 1,000 francs et une peusiun de 300 livres. J'écris en conséquence à M. l’intendant. Continuez à
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JEAN BOUZARD. 93
secourir les autres quand vous le pourrez et faites des vœux pour voire roi qui aime les braves gens et sait les récompenser.
« L’Intendant des Finances,
«a NECKER. »
Profondément touché de ce témoignage si éclatant de la bienveillance royale, l’honnète Bouzard voulut se rendre à Versailles pour reinercier le roi Louis XVI. Nous nous plaisons à donner, à l’honneur du prince comme du marin, les détails de cette entrevue racuntée ainsi dans la France maritime :
« Placé dans le salon d’Hercule qu’il représentait par sa taille et ses formes athlétiques, Bouzard fut bientôt aperçu du roi, qui, s'adressant au duc d’Ayen, lui dit :
— Monsieur le duc, quel est cet homme ?
— Sire, c’est le brave pilote dieppois qui vient remercier Votre Majesté de la récompense que vous avez accordée à ses belles actions.
— Quoi! c'est cet homme dévoué dont m'a parlé monsieur Necker ?
— Oui, sire.
— Approchez, mon brave homme, dit alors le roi à Bouzard ; et le présentant aux seigneurs qui l’entouraient : « Voilà, leur dit-il, un citoyen que Dieppe chérit poar son « dévouement désintéressé. Bouzard, comme cette ville « aussi, je vous chéris, parce que vous êtes un brave « homme et un homme brave. Messieurs, faites honneur « à ce généreux pilote. »
4 Les seigneurs s’inchinèrent devant le marin et le comblèrent de nouvelles félicitations auxquels la reine joignit un gracieux salut. M. de Sartiges lui fit délivrer un brevet
de quartier-maitre, comme récompense de ses anciens services. Le maire de Dieppe en outre fut chargé de faire construire une maison pour Bouzard et sa famille.
«a Le brave Dieppois semblait étonné et comme confus de
«ces faveurs qu’il croyait trop peu méritées, et on l’entendait s’écrier : : ;
« J'ai fait quelques actions semblables ; je ne sais pourquoi ma dernière fait tant de bruit. Certainement mes camarades gont aussi braves que moi, et ce n'est pas leur faute si ma force me donne quelque supériorité sur eux. »
Bouzard revint à Dieppe et il continua jusqu’à ses der: niers jours sa vie de dévouement. On estime qu’il arracha à la mort plus de cent personnes.
D'après le désir manifesté, par lui, sa maison devait s'élever non loin de la mer; de l’intérieur on aurait entendu non pas seulement le mugissement de la tempête,
mais le iioindre murmure de l'Océan. Les événements qui emportèrent la royauté elle-même, ne permirent pas de construire la maison ; des années s’écoulèrent rendant lesquelles le projet parut abandonné, Bouzard continuait sa généreuse mission, ce qui ne l'empêchait point, à l'heure des suprêmes périls pour la patrie, de payer courageusement la cette du citoyen :
« Hier, disait le Moniteur du 23 février 1796, sous la rubrique du Havre, un slvop anglais d'environ soixante tonneaux, chargé de sable blanc, est entré dans ce port amené par le capitaine Bouzard, lieutenant du corsaire le Cusline, capitaine Lefebvre, qui a fait cette prise dimanche dernier à la hauteur de Falmouth et environ à six lieues, »
Du reste, les journaux parlent peu du corsaire, tandis qu'ils siynal:nt souvent des actes d’intrépide dévouement accomplis par le sauveteur dieppois.
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Son nom vint aux oreilles de l’empereur qui voulut 4 réaliser la pensée du bon Louis XVI, et, sur la jetée de l'Ouest, fit élever alors la maison promise et qui porte sur son fronton cette inscription :
NAPOLÉON LE (GRAND, Récompense nationale, A JEAN BOUZARD, Pour ses services maritimes,