Les Corsaires français sous la république
VILLARET DE JOYEUSE
Villaret de Joyeuse.
Villaret de Joyeuse, né à Auch en 1750, entra dès l’âge de seize ans, dans les gendarmes de la maison du roi ; mais il en sortit bientôt pour entrer dans la marine. Lieutenant sur la frégate l’Atalante, il fit plusieurs campagnes dans l’Inde; le courage qu’il montra comme volontaire pendant le siège de Pondichéry, en 1778, lui valut le grade de capitaine de brûlot. Suffren, qui avait pu l’apprécier, lui donna le commandement de la frégate la Naiade. 1 prouva dans quelle estime il le tenait en le chargeant d’aller prévenir une division, qui se trouvait près de la côte, de l’arrivée de la flotte anglaise.
— La mission est délicate, dit Suffren : je vous ai choisi parce que j'ai besoin d’un homme de tête; faites tout ce que vous pourrez pour remplir votre mission, je vous donne carte blanche. Vous serez chassé en allant, et en revenant peut-être vous serez pris; mais vous vous battrez et c'est ce que je veux.
è 106 LES MARINS FRANÇAIS.
— Monsieur l’amiral, répondit Villaret gaiement, n’auriez-vous pas dû joindre à vos instructions des lettres de recommandation pour l'amiral anglais et le gouverneur de Madras ?
La Naïade mit à la voile et réussit à joindre la division Peinier, mais à son relour elle se vit barrer le passage par le vaisseau le Sceptre, de suixante-quatre canons. Villaret n’en donna pas moins l’ordre du branle-bas en disant à son équipage qui comptait cent vingt hommes au p us :
— Ce n’est qu’un bâtiment de la compagnie des Indes, mes enfants; des braves comme nous se laisseront-ils prendre par des marchands ? Non, sans doute. Vive le roi!
— Vive le roit répètent les vaillants marins qui combattirent pendant six heures avec une opiniâtreté héroïque. Mais enfin le navire, ayant huit pieds d’eau dans la cale, et étant près de couler has, il fallut se ’endre. Le capitaine du vaissean le Sceptre alla au-ievant de Villaret quand il passa sur son bord, et lorsque le vaincu lui présenta son épée, il lui dit:
— Gardez-la, monsieur, je me blämerais de ne pas la laisser dans de telles mains. Puis 1l ajouta : Vous nous donnez une belle frégate, capitaine, mais. vous nous la faites payer cher.
L’amiral anglais ne se. montra pas moins courtois; car lorsque Villaret lui fut présenté, il lui rendit sa lib:rté sans rançon. À son retour, Suffren ïe félicita dans les ternies les: plns chaleureux. Cet:exploit isur valut la croix de Saint-Louis.
En 17914, Villaret: commanasit la frégate: la Prudente envovée: à Saint Demingus, et sa: présence: dans la colonie retarda les catastrophes qui devaient bientôt l’ensauglaner. À son retour en France, il prit l:commundement du
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VILLARET DE:JOYEUSE
Trajan; faisant partie de l’escadre de Morard de Galles. Quoique opposé à la Révolution, il se refusa à émigrer et continua à servir la France:
Peu: s’en fallut qu’il ne payät ce dévouement de sa vie. Après la malheureuse affsire du 13 prairial an {T (avril 1794), il fut menacé d’une arrestation, ce qui équivalait alors à la proscription. Jean Bon Saint-André le défendit et le proposa au comité en remplacement de Morard. de Galles destitué, en disant :
— Je sais que Villaret est un aristocrate, mais il est brave et il se battra bien.
Villaret, fait contre-amiral, alla prendre à Brest le commandement de la flotte composée de vingt-six vaisseaux, avec mission de croiser à la hauteur des îles Cores et Flore, pour attendre et protéger un convoi arrivant d'Amérique. ll devait éviter tout engagement avec l’ennemi.
Le 28 mai, on eut connaissance de la flotte anglaise qui ne comptait pas moins de trente vaisseaux. Obéissant à ses instructions, Villaret, qui avait mis son pavillon sur la Montagne, voulait éviter le combat : mais Jean Bon Saint- André, embarqué sur le même navire, lui dit, sans tenir compte de ses observations :
— Je prends tout sur moi vis-à-vis du comité. Commandez le branle-bas, Avec des marins comme les nôtres et un chef tel que vous, nous ne pouvons ps être battus.
. L'événement parut d’abord donner raison au représentant du peuple; car, dans cette première journée, le combat, qui dura de dix heures du matin à sept heures du soir, sans être décisif, fut tout à l'honneur de la flottefrançaise qui vit la flotte ennemie se retirer devant elle en désordre.
Une brune épaisse, se levant ensuite, sépara pendant
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deux jours les adversaires; mais le 4er juin, vers neuf heures, le combat recommença et dans des conditions qui semblaient plus favorables encore aux nôtres. Par malheur une fausse manœuvre du matelot d’arrière ‘ du vaisseau amiral français mit celui-ci à découvert et il se vit tout à coup entouré par deux vaisseaux à trois ponts et trois. autres de soixante-quatre. L'attaque fut rude, mais læ défense ne fut pas moins vigoureuse, et après une canonnade terrible, la Montagne réussit à se dégager. Mais lorsque les tourbillons de fumée dont elle était enveloppée commencèrent à se dissiper, quelle ne fut pas la stupéfaction et la douleur de Villaret en voyant l’ordre de bataille complè ement rompu, la plupart de ses vaisseaux désemparés, et pêle-même avec les Anglais! Il en avait rallié cependant sept ou huit avec lesquels ilse disposait à porter secours à son arrière-garde, lorsque parut sur le pont Jean Bon Saint-André qui, supposant que le combat allait recommencer, s’opposa formellement au mouvement projeté. On sait de quels pouvoirs étaient armés les représentants en mission. Villaret dut se résigner, non sans un profond regret, et donner le signal de ja retraite. Celle-ci d’ailleurs se fit en bon ordre et assez lentement pour que l'amiral putètre rejoint par dix-neuf frégates et vaisseaux. Sept seulement avaient été pris et coulés, el parmi ces. derniers le Vengeur qui, après une honorable défense: avait coulé bas, avec une partie de son équipage ; l’autre partie avec son capitaine, Renaudin, avait été recueillie par les Anglais. C'est à cela que se réduit l'épisode du Vengeur, absolument dénaturé par Barrère à la tribune de la Convention, et à sa suite par les politiciens et les poètes.