EU LES MARINS FRANÇAIS
“cceptée et dont voici la teneur : on donnerait aux Anglais survivants le corsaire pour se sauver où ils voudraient, si le navire pouvait les contenir tous ; on ferait monter les prisonniers un à un sur le pont et ils iraient rejoindre à la nage le Hasard qui n’était qu’à une demi-portée de tusil,
Cela fut exécuté; mais à peine les derniers Anglais avaient-ils quitté le Triton qu'on s’aperçut que les autres, les premiers arrivés, faisaient leurs préparatifs pour revenir attaquer le navire, et ils étaient six fois plus nombreux que les corsaires. C'était une nouvelle bataille à livrer pour les vainqueurs, mais avec des chances moins favorables. Sans doute on avait de l’artillerie, du canon, et quelques décharges auraient suffi pour couler bas le petit navire, r'ais les munitions manquaient, la soute aux poudres étant fermée, et les clés ne se trouvant pas. On s’occupait de la défoncer, mais sans réussir assez vite, le Hasard avançait, il n'était plus qu’à quelques toises du Triton. Surcouf fait fermer les sabords des batteries, et des cordages entrelacés à la hâte simulent jusqu'à une certaine hauteur les filets d'abordage. Derrière ce rempart tous les corsaires, armés jusqu'aux dents, attendent leursennemis enhardis par le nombre et aussi résolus. Qui sait ce qu’il füt advenu ?
« Mais, dit Gurneray que nous citons de nouveau, la Providence, qui veille sur les braves gens, ne nous abandonna pas; une jolie brise vient tendre nos voiles, nous marchons mieux que le Hasard et en dix minutes nous nous trouvons à l’abri de ses atteintes. »
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La « Confiance » et 1e « Kent »,
En 1800 Surcouf partit de l'ile de France sur la Confance dont un vieux marin fait le portrait que voici: « Le plns fin voilier des mers de l'Inde, la disposition de ses cordages multipliés, la symétrie qui présidait à son dormant léger étayant sa svelte mâture, ses vergues si parallèles entre ellos, flattaient les yeux des marins sachant apprécier l’ordre et l’ensemble du' bâtiment. Le corsaire était dans l’état de repos, montrant ses belles et admirables proportions ; au-dessus de ces noires préceintes apparaissait une large bordure jaune paille, marquetée par dixhuit sabords garnis chacun d'un canon. Un immense drapeau ornait sa poupe, tandis qu’aux flèches de ses royaux se déployaient divers pavillons, parure de revue et d’inspection. »
L'équipage se composait de cent soixante Européens, vingt-cinq volontaires du bataillon de Bourbon, et quelques noirs.
Surcouf avec la Confiance se dirigea vers les embouchures du Gange, afin d’y guetter quelque navire arrivant d'Europe, Bientôt on vit paraitre un superbe navire de la Compagnie des Indes.On ne pouvait désirer une plus belle proie; mais le difficile était de s’en emparer.
us LES MARINS FRANÇAIS.
Le Kent était un des plus grands navires de la Compagnie des Indes ; il était du port de douze cents tonneaux. protégé par une formidable artillerie de vingt-six canons, de dix-huit en batterie et douze pièces de neuf sur les gaillards. Il ne comtait pas moins de quatre cent trentesept combattants, son équipage avait été presque doublé par celui de la Reine,son compagnon de route, qu’un incendie avait dévoré. Il était commandé par le capitaine Rivington, marin expérimenté et résolu.
L’Anglais néanmoins se méprit d’abord sur le caractère du navire qu’il voyait poindre à l'horizon, ne pouvant croire que, dans les eaux anglaises et si proche du Gange, un navire ennemi osàt s'aventurer. Mais son illusion ne larda pas à se dissiper lorsque la Confiance, s’approchant rapidement, il put distinguer ses formes élancées et ses. allures d'oiseau de proie.Sur ses mâts d’ailleurs ne flottait aucun pavilion. Le capitaine anglais, après avoir fait assurer son propre pavillon, envoya un boulet au navire sus-peet pour le forcer à arborer ses couleurs. Le projectile ricocha sur la surface de la mer, et passa par-dessus Île corsaire:en faisant jaillir l'eau de l’autre côté.
— 1} n’est pas arrivé à sa destination, murmura Surcouf, et comme il ne répondit pas, le Kent lui làcha toute sa bordée, à laquelle on ne répondit pas davantage.
Mais presque aussitôt Sur:ouf fit donner sur son bord uu coup de sifflet auquel succéda l’ordre : Passe tout le monde sur l'arrière ! L'équipage se trouvait réduit à cent trente hommes par suite de l'armement de différentes prises. Surcouf n’en était pas moins résolu à attaquer le bâtiment anglais. Dès qu’il vit tous ses marins groupés autour du dû ne qui lui servait de bunc de quart dans les occasions solennèlles, il leur dit avec ce regard et cet accent qui électrisait les plus timides :
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— Enfants, n'ayez souci de là taille de ce gros navire près duquel notre corsaire a l'air d’un .poussin à côté de sa mère. Je vous en donne ma parole, ce n’est point un navire de guerre, mais un rouleur de la compagnie. Néanmoins, notre artillerie ne vaut pas la siennr, et l’attaquer à coups de canons serait risquer de nous faire couler. A l’abordage donc! les canons ne vous font pas peur ?
— Non, non, capitaine.
— À l’abordage donc! qu’on s’arme vite et se tienne prêt ?
« Et déjà le capitaine d’armes, dit M. Cunat, retirait des coffres et distribuait aux marins le sabre d’abordage ou la hache d'armes, le long pistolet à crochet et le poignard si dangereux dans les mêlées. Les alertes gabiers garnissaient les hunes d’espingoles en cuivre et de barils de gre-nades, tandis que les quartiers-maîtres suspendaient les redoutables grappins sur leurs cartahus. »
D'après la contenance intrépide de leurs adversaires, les Anglais comprennent qu'ils sont résolus à l’abordage. Pour l’éviter et conserver l'avantage que lui assure sa formidable artillerie, Rivington met, comme on dit, la barre dessous et ordonne de virer. « Mais le Kent manquant son évolution, d’après la description que le capitaine Cunat nous fait, en taciicien, du combat, abat et cube sur la Confiance qui, ayant changé d’amures, lof pour lnf, se trouve sous la vaste poupe de l'Anglais, pareil à une haute forteresse. A chaque roulis le colosse anglais semblait vouloir écraser le faible nain qui s'était accroché à lui. Surcouf, élongeant le vaisseau sous le vent, aussi adroitement que l’eùt fait un patron de chaloupelui envoya sa volée, chargée doublement à boulets et à mitraille.….. Le ravage des boulets d’une vole tirée de si près en plein
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bois, l'explosion des grenàdes tuant à droite et à gauche, l’audace de l’attaque, tout concourait à produire une vive sensation qui annihila un instant les défenseurs du Kent. En même temps, les grappins et leurs chaines, suspendus aux cartahus, furent lancés sur les plats-bords élevés du vaisseau qu’ils saisirent de leurs pattes recourbées et lièrent étroitement les deux athlètes... Une nappe de feu sortit des flancs du Kent, mais le fer qu il vomit passa par dessus la Confiance dont les formes rases restaient au-dessous des seuillets des sabords.
« Surcouf aussitôt donne ordre aux deux tambours qu’il avait gardés près de lui de battre la charge, signal de l’assaut. » Drieux, à la tête de son escouade d'abordage, franchit l'intervalle d’un bord à l’autre et atteint le gaillard d'avant en refoulant les Anglais qui le défendaient de pied ferme ; après une lutte sanglante, il les délogea du pied äu mât de misaine et demeura maitre avec ‘ses hommes de l’espace qu’il avait conquis. Mais, avant Drieux cependant, un homme. était parvenu sur le pont du Kent, c'était le nègre Bambou qui, ayant parié ses parts de prise avec ses camarades qu’il serait le premier à bord du vaisseau, armé d’un poignard et d’un. pistolet, s'était affalé du bout de la grande vergue au milieu des ennemis, à travers lesquels il se frayait un, passage pour rejoindre les Français sur l’avant et contribuer à leur succès.
L’ancre du Kent prise dans le sabord d’avant de la Confiance, offrait comme un pont aux assaillants; les uns prennent cette voie; les autres en plus grand nombre s’accrochent aux manœuvres, cal-haubans et porte-haubans. Un officier anglais cependant braque une pièce de avant dans la batterie de manière à balaye- le corsaire en éeharpe, il y met le feu et renverse quelques matelots qui
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passaient sur les bras et la verge de l’ancre. Get événement loin de faire reculer le reste de la bande l’anime davantage ; tous brûlent de venger leurs camarades.
« Les hommes de la seconde escouade, conrmandée par Surcouf en personne, se précipitent pour leur venir en aide. Le champ de bataille resserré dans lequel a été acculée la foule des Anglais, gêne leur développement et paralyse en partie leur supériorité numérique. Alors les volontaires ouvrent un feu roulant de mousqueterie dont la p'évision ne décide cependant pas la victoire. Le capitaine anglais du geste et de la voix ralliait et encourageait ses hommes qu’on eût longtemps attaqués sans les entamer quand une grenade, lancée du bout de la grande vergue de la Confiance par le gabier Avriot,de Bordeaux, tombe au milieu des Anglais, éclate en tuant Rivington et sème ainsi l'effroi dars leurs rangs. Surcouf à qui rien n'échappe, voyant le désordre qui suit la mort du capitaine du Kent, chargeavec un redoublement d’impétuosité à la tête de son équipage, les Anglais lâächent pied et se réfugient derrière le fronton de la dunette où, quelques temps encore, ils résistent mais inutilement, et sont enfin forcés de se rendre. »
De nouveaux exploits marquèrent encore la carrière brillante de Robert Surcouf, mais ces deux faits suffisent pour le faire connaitre. Le vaillant corsaire mourut en 1827 à Saint-Malo. Depuis longtemps il ne naviguait plus.
Surcouf avait manifesté le désir d’être enterré dans le cimetière de Saint-Malo, auprès de son père et de sa mère. « Il fallut, dit un témoin oculaire, faire traverser au cercueil le bras de mer qui sépare les deux villes et où les vaisseaux qui se trouvaient à l’ancre avaient mis en signe de deuil leurs pavillons en berne.Quatre bateaux, occupés par le clergé de Saint-Servan réuni à celui de Saint-Malo,
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précélaient l’embarcation tendue de noir portant les dépouilles mortelles du défunt. Derrière suivaient plus de cinquante canots où se trouvaient les parents, un détachement de la garnison et de nombreux amis qui rendaient les derwiers devoirs au brave Surcouf. Les quais étaient couverts par une foule considérable de spectateurs étrangers à la localité et d'habitants accourus de l'arrondissement qui contemplaient dans un religieux et morne recueillement cet imposant cortège.
« Après une courte station à la maison du défunt à Saint-Malo, le corps fut porté à la cathédrale où se célébra la messe des morts. C’est ainsi que les circonstances permirent qu’à cinquante-cinq ans d'intervalle on fit ses funérailles dans le temple même où il avait été baptisé, et que les cloches qui, joyeuses, avaient annoncé sa naissance, tintèrent, lugubres, le glas de son trépas. »
Le tombeau du vaillant corsaire, quoique simple, est de ceux qui attirent tout d’abord le regard du visiteur dans le cimetière de Saint-Malo.
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