DUPERRÉ. [UE L
« Il ne s'agissait plus aujourd’hui, dit M, A. Fouquier, de coups de main et de croisières, mais il fallait panser les blessures du commerce et de la marine, protéger les grands intérêts de la paix. C'élaient de nouveaux services à rendre dans ce service des stations dont Duperré peutêtre avait été le premier à comprendre l'importance. Il sut prouver qu’il les avait plus que jamais à cœur en même temps qu'il savait faire respecter avec une noble fierté l'honneur du pavillon, même sous les anciennes couleurs. »
Lo 22 avril 1819, la frégate la Gloire, portant le pavillon du contre-amiral, mouillait sur la rade de Saint-Thomas où se trouvait déjà la régate anglaise l’Euryalus, capitaine Huskisson. Le lendemain 23, en célébrant la fête du prince régent, à bord de l’'Euryalus, on plaça à la poulaine le pavillon tricolore surmonté du yacht britannique de plus une flamme tricolore, attachée au-dessous du gui, trainait dans l’eau.
On ne pouvait croire à une méprise; évidemment c'était là une grossière et insolente plaisanterie qui tournait à la provocation. Ainsi le comprirent, sur le pont de la Gloire, officiers et soldats, frémissant d’indignation en se montrant le pavillon, qui longtemps avait été leur orgueil, devenu l'objet de cette imprudente dérision et yue les matelots anglais de leur côté contemplaient avec des. ricanements significatifs. Les nôtres cependant leur montraient le poing d’un air menaçant, et déjà les artilleurs parlaient de charger les pièces lorsque Duperré averti parut sur le pont. D'un geste bref, commandant le calme, quand d’ailleurs on lisait dans ses regards qu'il partageait l’indignation générale, il dit avec un ferme accent :
— Soyez tranquilles, Messieurs, et comptez sur moi
pour faire respecter l'honneur de la France. Cette offense T, IL. 10
ne restera pas impunie., Satisfaction nous sera donnée et vite ou sinon... sinon...
Et un sourire et un regard qui furent compris achevèrent. Aussi de tous les côtés retentirent, avec les battements des mains, les cris de: Vive l'amiral! Le soir même, dans le salon du gouverneur de Saint-Thomas, M. Van Scholtin, Duperré se rencontrait avec M. Huskisson, le capitaine de l'Euryalus, et l'explication qui avait lieu donnait satisfaction pleine et entière À ses réclamations comme il résulte du journal de bord de Duperré. Voici en effet ce que nous y lisons :
« Le 24 avril, à neuf heures du matin, le capitaine de la frégate l'Euryalus est venu me faire visite. IL m’a répété, sur son honneur, ce qu’il m'avait faire dire la veille. Il m’a témoigné les plus vifs regrets de tout ce qui s'était passé, en blämant amèreïnent la conduite de son premier lieutenant et s’est excusé sur le retard apporté à sa visite, Je reconnus aisément que, dans cette circonstance, la fierté nationale l'avait emporté sur les dispositions naturelles du capitaine Huskisson, que j’ai jugé de lui-même incapable d’un mauvais procédé. Dès lors la bonne intelligence se rétablit après une honorable réparation faite au pavill-n français. Jeme réunis à lui et à plusieurs officiers danois et français à un diner chez le gouverneur de l'ile, où les premiers toasts furent portés aux rois de France, d'Angleterre et de Danemark. »
Peu de temps après, sur la rade de Saint-Jean de Porto- Rico, le pavillon blane fut à son tour l’objet d’une insolente dérision de la part du capitaine du navire espagno Calypso. « M. le contre-amiral Duperré, dit son consciencieux historien, s’en plaignit à don Salvator de Melindes, gouverneur de l’ile. avec la même mesure à la fois pleine de fermeté et de dignité qu’il venait de mettre à faire res-
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pecter le pavillon tricolore. Ayant obtenu avec la satisfaction d’un désaveu publie, l’otfre d’une juste punition, loin d'accéder à cette dernière proposition, l’amiral intercéda en faveur du coupable.
— J'oublie l’injure, écrit-il au gouverneur, pour ne penser qu'à l’amitié sincère qui doit unir les deux nations.
« En rendant compte de sa conduite dans ces deux circontances, il disait : « Je ne souffrirai jamais même l’ap- « parence d’une insulte au pavillon et au nom français. »
Cette noble susceptibilité ne fit qu’ajouter à sa popularité dans la flotte en même temps que le gouvernement témoignait de la manière la plus explicite de son approbation. Il en eut une preuve non équivoque par sa nomination, le 26 août 1820, à la dignité de grand-officier de la Légion d’honneur.
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L'expédition d'Alger.
L'expédition d’Alger ayant été résolue, Duperré fut appelé au commandement de toutes les forces navales qui devaient y concourir. Aussitôt après sa nomination, il se rendit à Toulon, lieu choisi pour le rendez-vous général et définitif.
En montant à bord du vaisseau amiral la Provence,
Duperré témoignait de sa pleine confiance dans les équi--
pages par cette proclamation :