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dans un de ses rapports au ministère de la marine, se plut à rendre justice au jeune officier, qui, lors de son retour en France, fut attaché à la compagnie de dépôt de Rochefort, Bellot, quoique très heureux de se retrouver au sein d’une famille qui lui était si chère, ne tarda pas à & lasser d’une position qui lui offrait peu de chances d'avancement. Cependant il ne pouvait espérer de longtemps d’être appelé au service actif, puisqu'il se trouvait le quatorzième sur la liste d'appel. Il lui fallait donc se résigner.
Tout à coup Bellot apprend qu’une expédition se préparait en Angleterre pour aller à la recherche de l’amiral Franklin. C'était la veuve de l’illustre marin, qui, dans sa tendre et inquiète sollicitude, avait songé à cette expédition dont elle faisait tous les frais. Bellot, plein d’admiration pour ce pieux dévouement en même temps que désireux de /s’assorier à une entreprise glorieuse dont les périls mêmes étaient pour lui une tentation, écrivit à lady Franklin sans la connaitre pour lui offrir son concours qui fut agréé avec les expressions ‘de la ‘plus vive gratitude. L'autorisation du ministre de la marine M. Ducos, ne s’élant point fait attendre, Bellot partit immédiatement pour Londres où l’attendait l’accueil le plus sympathique. Lady Franklin en particulier lui témoigna vivement sa reconnaissance, mais elle ne lui dissimula pas qu’à bord du Prince-Albert frêté par elle, le confortable laisserait sans doute \ désirer, et elle exprima le désir qu’il rendit visite au navire avant de donner son consentement définitif.
Lorsque, au retour de cette visite, le jeune et courageux Français lui déclara qu’il était plus que jamais décidé à partir, elle lui prit les mains qu’eile serra avec émotion en disant :
— Je sais, monsieur, qu’en vrai savant et en brave jeune
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homme, vous n'avez guère emporté dans vos malles que des livres ; c’est donc à moi de penser aux besoins de l’équipement. Pour cela je remplacerai votre mère.
Aussi Bellot dit dans son journal :
« Pauvre femme, il faut que je remplace votre mère, avez-vous dit ; eh bien! moi, je serai pour vous un fils et j'aurai l’inépuisable dévouement du fils qui cherche son
père ; et ce que les forces humaines peuvent accomplir, je le ferai. »
L'hivernage au milieu des glaces.
Le 13 mai 1852, le Prènce-Albert mit à la voile en se dirigeant vers le Nord, à la recherche de l’amiral Franklin, parti d'Angleterre °n 1845 pour une expédition dans la mer Polaire et dont, depuis plusieurs années, on n'avait reçu aucune nouvelle. L’intrépide marin et ses compagnons avaient-ils succombé ; ses deux navires, Érebus et Terror comme ceux de La Pérouse, s’étaient-ils brisés contre les rochers ou les blocs de glace ? Ou bien, comme on voulait l’espérer encore, se trouvaient-ils retenus par les glaces, attendant leur délivrance d’un relèvement de température qui rompit enfin cette barrière ? C'était là le problème qu’il s'agissait de résoudre en retrouvant, soit Franklin et ses compagnons, soit les traces de leur nau-
frage et de leur dernier séjour. Le Pr'ace-Albert en outre de cette mission principale pourrait, chemin faisant, vérifier certaines observations et, si l’occasion s’en présentait, faire de nouvelles découvertes.
Le commandant du navire était le capitaine Kennedy, un brave et loyal marin que le dévouement seul portait à assumer la responsabilité de celte périlleuse entreprise, puisqu'il avait refusé tous les avantages offerts par lady Franklin ; ainsi avait fait Bellot, non moins désintéressé. Uu procédé dont le français fut vivement touché lui prouva que sa délicatesse était comprise ; en arrivant sur le pont du Prince-Albert, il vit le pavillon tricolore flottant à côté du pavillon aux armes d’Angleterre. C’est ainsi que commençait cette expédition pendant laquelle Bellot d’ailleurs sut s° concilier, par son caractère comme par les services qu’il rendit, l’estime et la sympathie de tout l’éqripage, témoin ce qu’écrivait lady Franklin à notre ministre de la marine, lors du retour du navire : 3.46
« Le courage héroïque de M. Bellot, son énergie, ont été, en toute circonstance, à la hauteur des difficuliés qu’il a rencontrées. Ses connaissances scientifiques ont été pour l’expédition de la dernière utilité; son caractère aimable est sympathique et d’un cordial attachement. Ce serait pour moi un véritable-plaisir si les témoignages d'appro- ‘bation et d'estime qu’il a reçus de l’Amirauté et de ses amis en Angleterre pouvaient être confirmés par les chefs sous les ordres desquels il est placé dans sa patrie et dont approbation serait pour lui la plus haule récompense. »
Bellot a laissé, de son voyage, un journal très intéressant. Ses notes, écrites au jour le jour, currente calamo, se distinguent par l'accent de vérité, par l’exactitude. Le style a de l’entraia et décèle un é:rivain. Ne sent-on pas en effet une plume habile et fine dans ce joli passage que