‹ Les marins français [microforme]Chapitre 28 sur 41 · RE OS 2 RE · texte numérisé non relu

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je trouve dès la seconde page à propos d’une station à Strombes (Orcades) ? « Vers deux heures le temps s’embellit; un gig nous conduit aux stennis (monuments druidiques), sur les bords d’un lac superbe. Pas de chevaux pour continuer la route : déjeunons en attendant. Nous entrons dans la salle de la meilleure apparence : une grande salle, au milieu de laquelle se trouve l’âtre abrité du vent de la porie par un petit mur de quatre pieds de haut; une crémaillère pendant des poutres soutient la marmite ; dans un coin un veau, des poulets; plus loin un cochon qui joue avec un chien, ce qui prouve une longue intimité, des canards, trois femmes : nous leur demandons à déjeuner. « Nous n’avons rien qui puisse vous convenir. — Donnez-nous ce que vous mangez. » Nous faisons nousmêmes frire du jambon et des œufs... On nous sert pour pain des tourteaux d'orge qui seraient mangeables s'ils ne se mangeaient crus; de plus en plus Bretagne. — Nous mangeons autant de jambon et d’œufs que possible ; nous offrons du wisky aux femmes. « Combien devons-nous ? — Un schelling. » J'en donne trois et j’emporte les bénédictions de la case. Nous scrtons pour voir les stennis.. »

On voit que, dans la précision de son style, notre officier est peintre et poète, et cette même touche à la fois habile et délicate, se retrouve dans les peintures moins gaies. qu'il fait, une fois le vaisseau engagée dans la mer Arctique. Le 22 juin, on double le cap Farewel à la pointe du Groënland. « A six heures, le terips s’est éclairci et nous distinguons clairement la côte; une suite de pics sillonnés de larges barres blanches qui ne sont autre chose que des glaciers et qui leur donnent un aspect étrange. »

Le détroit de Davis est franchi, nous voici dans la mer de Baffin : « Au sortir de la baie de Disco, nous étions. tombés au milieu des montagnes flottantes de glace, dont

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nous pûmes souvent compter plus de deux cents en vue à la fois, la moyenne ayant de cent à cent cinquante pieds de hauteur ; mais quelques-unes atteignaient deux cents et même deux cent cinquante pieds de haut. (La base qui reste sous l'eau est souvent double.) Cette base est pour ainsi dire le chautier où se forment et sont laucées ces masses énormes, à cause des glaciers dont elle est bordée, et dont les iles flottantes ne sont que des fragments qu’en détache l’action de la chaleur et de la pesanteur. La même cause, agissant sur les montagnes de glace (ice bergs), détruit souvent leur équilibre par l’altération de leurs formes, et plus d’une fois mous fùmes témoins de la scène imposante de ces masses qui se brisent avec des détonations semblables à celle de la foudre et qui se renversent subitement sur elles-mêmes au milieu des vagues qu’elles font jaillir à une grande hauteur. »

Malheur au navire qui se trouverait sur leur passage au mornent de leur chute! et pourtant c'est au travers de ces forêts d’ice bergs que la frêle goëlette devait naviguer. Mais tout à coup un froid inattendu ayant rapproché les glaces, le Prince-Albert se trouva pris au milieu d’elles et y fut retenu pendant plusieurs semaines. Enfin on put s'ouvrir un passage, pénétrer dans le détroit de Lancaster et explorer les deux côtés du golfe du Prince-Régent jus-

qu’à Fury-Beach et Port-Nell,

Mais quel rude labeur que cette navigation accomplie à travers mille obstacles, par un froid terrible, alors que

sans cesse il fallait se frayer un passage avec la hache,

avec la scie, souvent même avec la mine! « Jusqu'à présent, écrit Bellot, j’ai essayé de tenir tête au froid le plus longtemps possible; mais je vois que j'ai eu un peu trop bonne opinion de ma force; du moias les pieds et les mains couverts d’engelures, les oreilles à moitié gelées et

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des douleurs tout le long du corps me montrent que notre endurance physique ne dépasse pas des limites assez resireintes. »

A terre les excursions n’offraient pas moins de difficultés et de dangers : « La brise du nord nous fouettait le visage, et on ne peut se figurer l'impression qu’on en ressent lorsque le thermomètre est à trente centigrades au-dessous de zéro. Nous comparions la douleur que nous éprouvions à celle d’un homme dont on cinglerait la peau avec des lanières de cuir ; il semble en effet que chaque bourrasque emporte des lambeaux de l'épiderme. A cette cuisson de la peau succède un état d’engourdissement pendant lequel les parties affectées deviennent bleuâtres, le sang se retire : si par malheur elles blanchissent, c’en est fait, elles sont gelées. De temps en temps nous étions oblig's de nous arrèler pour nous examiner réciproquement, car par un froid vif on ne sent point qu’on est /rost bilien (mordu par la neige). »

« Quelquefois il fallut nous frayer un chemin par-dessus les pointes de neige glacée ou glaciers, à travers les hummocks (blocs de vingt, trente et quarante pieds), en taillant des échelons dans la neige, avec nos haches, là où des piétons pouvaient passer, quoique non entièrement sans danger, puisque l’eau se trouvait au bas et qu’une immersion, c'était la mort, »

On w’eut pas précisément à souffrir de la faim, mais on fut réduit souvent à la nourriture monotone du pemmican‘ Aussi quelle bonne fortune quand on pouvait tuer un phoque, quelque renard noir, ou bien un ours blane, chasse difficile et périlleuse! Parfois les préoccupations morales, les anxiétés cruelles venaient s'ajouter aux souf-

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