‹ Les marins français [microforme]Chapitre 29 sur 41 · SES · texte numérisé non relu

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frances physiques. Le capitaine Kennedy, embarqué sur le canot avec quatre matelots et séparé brusquement du . navire, fut entrainé bien loin par les courants, laissant tous ses compagnons dans une inquiétude terrible sur son sort. Ce ne fut que six semaines après que Bellot, s'étant mis avec tous les hommes valides à la recherche des égarés, finit par les retrouver non loin du port Léopold, alors que les uns et les autres se croyaient perdus.

Revenus tous ensemble au navire cerné par les glaces, ils durent se préparer à l’hivernage par ce froid intense dont voici un des moindres effets: « Nous ne pouvions retenir nos éclats de rire à la vue des singulières grimaces faites par chacun, lorsque, approchant de ses lèvres un vase defer-blanc plein de neige fondue, il le rejetait avec des rugissements de douleur... On ne sent point d’abord impression produite par le contact du métal, mais une douleur aiguë, causée par la peau qui s’arrache et reste collée au bord du vase, vous rappelle bien vite les lois de l'équilibre des températures. »

« On avait construit à terre des habitations et des ateliers en planches maçonnés au dehors avec la neige durcie et chauffés à l’intérieur avec des poëles. Néanmoins, là où se trouvaient des chevilles, des clous de fer, des plaques de métal, toujours se formait une couche de glace. Les vapeurs elles-mêmes, la fumée des cuisines en particulier, en montant au plafond se convertissaient en glace ou retombaient en pluie fine d’où résultait l’humidité, plus à craindre que le froid même parce qu'elle engendre le scorbut et les rhumatismes. »

Et cependant c'est là qu'il fallait vivre. Si l’on se risquait au dehors, voici ce qu’on apercevait: « La neige tombe par gros flocons et nous donne un peu de clarté dont nous jouissons encore aux environs du méridien : le reste du

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temps une teinte ardoisée attriste et nous fait ressentir davantage le froid ; les objets à peu de distance de nous se confondent tous dans un gris de plomb d’un aspect funèbre. Partout, sur nos têtes, sous nos pieds, autour de nous, la neige, rien que la neige : les arêtes rugueuses du roc, ou les faces perpendiculaires des falaises seules nous rappellent que le monde n’est point une immense boule de neige. »

Le soleil avait disparu complètement derrière l’horizon et ne devait y remonter qu'après trois mois et demi. Le jour bientôt ne se distinguait plus de la nuit, et c’est bien réellement qu’on voyait des étoiles en plein midi. Il restait ainsi aux exilés de longs loisirs, malgré les excursions et la chasse, les travaux d’intérienr ou les soins à donner aux malades ; car plusieurs, officiers ou malelots, étaient atteints duscorbut auquel heureusement nul ne succomba. Bellot s’occupait de la rédaction de son journal; si la fatigue de ses yeux le forçrit au repos, il causait avec le savant docteur Wolf, plus souvent avec le docteur Kennedy, ardent pour les discussions religieuses. Et l'on regrette d’avoir à dire que le Français catholique se trouvait bien au-dessous pour la foi du digne homme protestant, mais croyant sincère et pieux, à la vertu de qui son-contradicteur en maint endroit rend hommage. « Ce brave M. Kennedy me parle d'un de ses projets qui consiste à revenir, après notre expédition sur la côte ouest de Baffin, pour former un établissement de pêche moins en vue de la spéculation que dans l'espoir de civiliser les Esquimaux et de leur faire connaître la vraie religion. »

€"... Je n'ai jamais été aussi touché, dit-il ailleurs, que ce matin par l’onction de M. Kennedy à la prière, par la ferveur et la foi avec laquelle il suppliait le Dieu de Jacob d'inspirer nos décisions, de conduire nos projets; et je T. I 6)

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