‹ Les marins français [microforme]Chapitre 31 sur 41 · IS TT D · texte numérisé non relu

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« M. Bel'ot était l’une des espérances de la marine française, et la mort seule pouvait lui ravir la récompense d’une conduite aussi généreuse que pleine de tact et de convenance.

« Sa carrière, qui embrasse à peu près dix années, laissera le souvenir le plus honorable en France et en Angleterre.

« S'il ne manquait à une famille dont il était l’appui et l’orgueil, bien loin de le pliindre, il faudrait envier une vie qui fut l’exemple du devoir toujours aimé, toujours obéi, et une mort évidemment marquée au sceau divin au sacrifice. »

Lady Franklin avait dit mieux encore lorsqu’eile écrivait sous le coup de sa première douleur : « Ce brave et généreux jeune homme que j'aimais comme un fils, à qui je dois tant, qui représentait si noblement l'honneur et la chevalerie de la France, qui fut aimé et respecté de nos marins comme un frère, hélas ! il n’est plus... Il est mort, comme il a vécu, en héros et en chrétien. »

Si des étrangers donnaient de tels regrets à linfortuné jeune homme, quelles larmes dut verser sur lui, dans son deuil inconsolable, sa famille, cette famille qui lui était si chère et dont le souvenir, pendant l’hivernage à la baie de Batty, lui inspirait cette page attendrissante: « C’est aujourd'hui lasainte Adélaïde et je me reporte en France, à Rochefort, près de cette bonne mère dont c’est Ja fête. Depuis onze ans que j’ai commencé ma vie errante, je me suis loujours troûvé loin du pays natal, du foyer paternel, lors de cet anniversaire. Souvenirs de mon enfance, revenez près de moi pendant mes rêves, conduisez-moi auprès de cette troupe d'enfants joyeux d’embrasser une mère chérie qui pleure, jen suis sûr, mon absence avec ma sœur, ma chère Adélaïde. Pauvre mère! que d’inquié-

tudes ne lui ai-je pas données, avant mon entrée dans la marine, par les craintes que lui causait ma turbulence ; et depuis lors, que d’anxiétés nouvelles pour mon sort, que d'angoisses pour mon existence ! Que ne pouvons-nous recommencer les jours passés, combien je me montrerais obéissant, respectueux et travailleur ! Lauvre, bonne et excellente mère à qui je dois tout ce que je sais, tout ceque je vois ; ah ! puissé je un jour, par messoins, par milleattentions, te rendre plus dou, plus faciles, plus agréables, les derniers jours deta vie, presquetoujours passée jnsau”à présentdansleslarmeset les incertitudes du lendemain. Savonsnous jamais ce que nous avons coûté de peines et de pleurs à nos mères ? Ah ! que Dieu entende mes ardentes prières et puissent ces bons amis deviner ma pensée et sentir dans leur cœur l'impression des baisers que je leur envoie au travers des distances qui nous séparent! »

Comment se consoler jamais de la perte d’un tel fils, d’un tel frère?

Bellot n’a pas été seulement pleuré en France et en Angleterre. Les Esquimaux, en apprenant lors du passage du capitaine Inglefield à son retour, la mort du Français, s’écriaient: « Paüvre Bellot ! pauvre Bellot!» et ils pleuraient. Veut-on savoir ce qui leur avait fait aimer Bellot ? Pendant le voyage du Prince-Albert, le jeune officier ayant vu un Esquimau qui avait une jambe cassée se trainer péniblement sur la neige, avait dessiné et fait tailler par le charpentier du navire une jambe de bois pour le pauvre infirme.

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SUPPLÉMENT

Le Duc de Beaufort.

Le duc de Beaufort, le fameux « roi des Halles », dans les Marins illustres, n’y a-t-il pas là de quoi surprendre bien des lecteurs ? Et cependant le petit-fils de Henri 1V a des titres sérieux à y figurer ; il a porté le titre et rempli, non sans distinction, la charge de surintendant général de la navigation ; il a commandé d’importantes ex péditions maritimes.

François de Vendôme, duc de Beaufort, fit ses débuts militaires sur terre ; il se distingua par son intrépidité à la bataille d'Amiens et aux sièges de Corbie, de Hesdin et d'Arras. Sa carrière militaire, brillamment commencée, fut promptement interrompue ; il s'était mêlé aux conspirations contre le cardinal de Richelieu et dut quitter la

France. On connait son rôle pendant la Fronde; nous n'avons pas à nous y arrêter.

Après sa soumission au roi, le duc de Beaufort obtint la survivance de la charge de surintendant général de la marine qu’occupait le duc de Vendôme son père et dont il devint titulaire quelques années plus tard. Il ne voulut pas, ce qui fait son éloge, orcuper simplement une grande charge, sans la remplir. Jal, l’historiographe de la marine, nous le montre s’embarquant en 1661 pour faire l'apprentissage de son métier. Gela le préparait aux expéditions qu’il allait bientôt diriger.

Dès cette époque, le roi Louis XIV et son ministre Colbert avaient des projets qui ne devaient être réalisés que près de deux siècles plus tard par un des descendants du grand roi, le dernier qui ait occupé le trône de France; ils voulaient en même temps mettre un frein à la piraterie barbaresque dont les nations chrétiennes riveraines de la Méditerranée avaient tant à souffrir, et fonder des établissements sur la côte d’Afrique. Dans une première expédition en 1663, Beaufort, avec une flottille assez importante, donna la chasse aux pirates. L'année suivante, il eut le commandement d’une expédition dont le but était de. fonder un <tablissement à Gigeri, aujourd’hui Djidjelly. L'endroit n’était pas heureusement choisi ; la ville, alors assez malsaine, se trouve dominée à peu de distance par des montagnes qu’habitaient de vaillanies populations, ces Kabyles qui les derniers ont résisté à nos armes et dont la soumission définitive n’a été obtenue qu'après la rude

4, Après rl’occupation française, en 1851, alors que la Kabylie u’était pas encore soumise, les Kabyles, sans quitter leurs montagnes, tiraient sur la ville et des balles inortes arrivaient jusque dans la caserne,

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expédition de 1857 dirigée par le maréchal Randon, Mais ce n’est sans doute pas au duc de Beaufort qu’incombe la responsabilité de ce choix.

L'expédition comptait cinq mille hommes de troupes de débarquement placés sous le commandement du marquis de Gadagne, qui avait avec lui le plus habile des prédécesseurs de Vauban, l'ingénieur Clerville, chargé des travaux de fortification: Beaufort n’avait sous ses ordres directs que la flotte. Le débarquement se fit sans obstacle sérieux le 22 juillet 166: ; la ville de Gigeri fut enlevée par un hardi coup de main.

Ce n’était là, avec la brillante valeur des troupes françaises, qu’une opération fecile, les difficultés allaient commencer. Avant que le chevalier de Clerville, quelque diligence qu’il y mit, ait pu donner à la ville du côté de fa terre une ligne de défenses sérieuses, une armée turque d'environ 12,000 hommes, auxquels se joignaient de ncmbreux montagnards, venait assaillir le faible corps français. Le duc de Beaufort proposa de prendre l'offensive, malgré l’infériorité des forces ; l'avis était sage dans sa hardiesse, les Turcs n’auraient sans doute pas tenu devant la furia francese et cela aurait dégagé la ville. Mais pour combien de temps ? Quoiqu'il en soit, l’idée d’une attaque fut écartée et l’on résolut de se tenir sur la défensive, généralement mauvaise avec les soldats français. Beaufort, laissant une partie de la flotte sous les ordres du marquis de Martel, partit avec le reste pour faire la chasse aux pirates. Le marquis de Gadagne fut obligé, peu après, de se rembarquer avec ses troupes décimées et démoralisées, autant par l'effet du climat que par le feu de l’ennemi.

Il ne fallait pas laisser les Algériens triompher de l'échec de Pexpédition française. Beaufort reprit la mer au printemps de 1665 avec une flotte de 9 vaisseaux, et le

2 mars il brülait sous le canon des forts de la Goulette, trois vaisseaux alscériens. Un de ses capitaines, des Lauriers, fut tué ; il était « allé comme un César, dont il avait le cœur, à l'attaque d’un gros vaisseau de 46 pièces de canon et de 700 hommes d'équipage et quand il avait été à bout touchant, il avait lâché sa bordée qui avaît fait de grands ravages.» Dans son rapport, Beaufort disait : « Les Anglais, tout fiers qu’ils sont, n’ont jamais osé tenter de pareilles choses (attaquer des vaisseaux sous le feu des forts), bien qu’ils en aient souvent trouvé l’occasion et en ce lieu et à Bougie. »

Dans une nouvelle expédition quelques mois plus tard, Beaufort, qui avait avec lui le chevalier Paul, « attaqua à Gherchel le 24% août six vaisseaux algériens. Les pirates étaient encore sous le protectorat des forts ; malgré cela, aucun des vaisseaux n'échappa ; deux furent brûlés, un s’échoua et ne put être remis à flot, irois furent pris et condui’s à Toulon. Le succès était complet et Beaufort pouvait envoyer au roi les pavillons barbaresques.

L'année 1666 vit Beaufort sur un tout autre terrain et dans une guerre bien différente ; avec une flotte de quarante vaisseaux, il devait se joindre aux Hollandais, nos alliés, pour combattre la flotte anglaise. Nos vaisseaux arrivèrent trop tard et Ruyter eut la gloire de battre seul les Anglais. La faute est-elle à Beaufort qui aurait mis trop de lenteur à exécuter les ordres du roi? Cela a été dit souvent, mais le reproche n’est pas fondé. Une lettre de Beaufort du 23 septembre 1666 à Colbert, citée par Jal, justifie le commandant de la flotte française. Il y dit notamment :

« Le courrier de Nantes nous a aujourd’hui porté nouvelle d’un troisième combat gagné par les Hollandais, lequel, quoique avantageux pour la France, ne laissera pas de m'être la plus douloureuse chose qui me pouvaitarriver,

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elà ce qu’il me parait le plus préjudiciable à la réputation des forces maritimes de Sa Majesté. On aurait pu éviter cet inconvénient par la diligence des armements, et par des victuailles de plusieurs mois ; mais l'un et l’autre n’ont pu réussir comme je l'aurais souhaité, et comme je connaissais que le service le demandait, et j'en ai plusieurs fois découvert les raisons dans les lettres que je me suis donné l’honneur de vous écrire ci-devant, Si le premier combat m’eût échappé, le second et le troisième ne se seraient pas donnés sans nous, et je ne me verrais pas mourir de tristesse pendant que d’autres. triomphent et reçoivent les acclamations de tout le monde...

« Il ne faut songer présentement qu’à donner lieu à nos alliés de ne pas se plaindre de uous avec justice, comme en apparence il semble qu’ils «1 aient sujet. La . seule chose, à mon sens, qui les peut contenter, et être en même temps honorable et utile à la réputation de mon maître, serait de les aider tout ce reste de beau temps et tout d'hiver, avec un nombre considérable de navires armés... Sans les nouvelles de ce dernier combat, je m'étais résolu de ne point écrire; il m'a donné tant de crève-cœur que je n’ai pu me tenir de mander, un peu trop librement peut-être, mes sentiments. »

Il est évident que si Beaufort avait été par ses lenteurs, son indécision, responsable, si peu que ce soit, de l’absence de la flotte française aux brillantes batailles qui lui « donnaient tant de crève-cœur », il se serait bicn gardé d'écrire sur ce ton à Colbert.

Ilest peu de personnages historiques qui ressemblent plus à un héros de roman que le « roi des Halles » ; il finit en véritable héros de roman. Après une lutte de vingtcinq. années soutenue en grande partie à l’aide de soldats

recrutés en France et de gentilshommes venus en volon-: taires du même pays, les Vénitiens allaient perdre Candie presque entièrement conquise par les Turcs; une flotte française fut envoyée avec 6,000 hommes de troupes ; Beaufort commandait la flotte, le duc de Navailles les troupes. Dès le lendemain de leur arrivée, les Français attaquèrent les retranchements turcs ; vainqueurs d’abord, ils furent ensuite repoussés, Beaufort, avec sa bouillante valeur, avait pris part à l'attaque; il y disparut, L'igno-

‘ rance de son sort fut telle que plusieurs historiens ont cru, évidemment à tort, qu’il était le masque de fer.

Les Valbelle.

Dans la marine plus encore que dans l’armée, il y a, ce qu’on pourrait appeler des dynasties de vaillants marins ; plusieurs se suivent de même nom, parmi lesquels il est quelquefois difficile de se reconnaître, maïs tous se faisant remarquer par de glorieux services. Sous Louis XIV, nousrenconirons une première dynastie, celle des Valbelle, qu'on doit même faire remonter à Louis XIIT.Le premier, Valbelle l’ancien, marin provençal, commandait la galère la Valbelle, dans le combat livré par Pontcourlay en vue de Gènes, le 1 octobre 1636 à une flotte espagnole, combat dont nous avons parlé au supplément du premier volume.

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Valbelle l’ancien, attaqué par quatre galères espagnoles, résista vaillamment; blessé de plusieurs coups de feu, il se fit attacher au mât pour pouvoir rester debout et continuer à commander, jusqu’au moment où il mourut épuisé de sang. Trois neveux de Valbelle furent tués à ses côtés ; son fils aussi fut blessé. La galère fut enlevée par les Espagnols, mais son héroïque résistance avait grandement contribué à assurer la victoire à Pontcourlay. Jean-Philippe de Valbelle était avec son père au combat de Gènes. Quelques années après, commandant une galère, il était blessé au combat de Telamone. Chevalier de Malte, il allait ensuite prendre part à la défense de Candie. En 1645, sur le Persée, vaisseau de 30 canons, il faisait partie de la flotte qui ramenait le duc de Guise après son aventureuse expédition de Naples. Une tempête ayant dispersé la flotte française, le chevalier de Valbelle se trouvait seul lorsqu'il fut rencontré par un vaisseau anglais plus fort dont le capitaine le somma de saluer « les maitres de la mer ». Valbelle répondit en enlevant à l’abordage le vaisseau anglais, Cet acte d’audace causa une profondeirritation dans la marine anglaise. « Tous les capitaines anglais, dit Léon Guérin, cherchaient le Persée et son vaillant capitaine. Une division de quatre vaisseaux sous les ordres du chevalier Bank, l’aiteignit le 23 février 1655, entre les îles Mayorque et Cabrera, et lui demanda le salut plus impérieusement que jamais. Valbelle ne s'inquiète ni du nombre, ni de la force des Anglais ; il s'engage dans une lutte de un contre quatre dont chacun esi plus fort que lui. Son hapileté, son courage la font durer un temps presque incroyable. Les quatre vaisseaux lui tirent leurs bordées pendant trois heures; il répond toujours. Son vaisseau est criblé de coups de canon ; les mâts s’écroulent, toutes les voiles sont

Se LES MAPINS FRANÇAIS,

en lambeaux, toutes les manœuvres hachées; une nouvelle bordée enlève sa poupe ; il ne reste plus à Valbelle qu'un débris de bâtiment qu'il dispute encore et sur lequel il continue à combattre. Voyant qu'il ne pourra tenir en er contre le nombre, il alla s’échouer sur le sable dans le port de Campos (ile Mayorque). Un des vaisseaux anglais qui l'avait suivi, mais ne voulait pas échouer avec lui, se tenait un peu éloigné et ne cessait point de le canonner. Valbelle riposta avec tant d'adresse et d'énergie à ce vaisseau que retenait le calme et le maltraita tellement qu’il le contraignit à solliciter une trève. Elle lui fut accordée à Ja condition que lui et les autres vaisseaux anglais se retireraient et laisseraient au Persée la faculté de se radouber. Le lendemain les Anglais ne voulurent pas tenir leur engagement et le combat recommença. Valbelle se défendit encore pendant trois jours, en faisant un feu continuel. Enfin, voyant que l’eau avait envahi de tous côtés son navire, il fit demander au viceroi de Mayorque, qui contemplait avec admiration cette lutte disproportionnée, la permission de descendre avec son équipage dans l’ile, sans qu’on le traitât comme prisonnier. Le vice-roi accéda à sa demande, à la condition qu’il n’entrerait pas dans la ville, et quoique la France et l'Espagne fussent en guerre, il traita le chevalier de Valbelle et son monde, pendant huit jours, avec générosité et magnificence.

« L’intrépide marin s'étant vu dans la nécessité de mettre le feu au Persée le vice-roi de Mayorque lui fournit une barque armée sur laquelle il rentra à Toulon dans les premiers jours de mars, au milieu des acclamations et des vivats de la population qui se pressait sur le port. »

Seulement le vaillant marin avait été blessé, et il mourait à Marseille, quelques mois après, le 25 novembre.

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Mais le nom de Valbelle continnait à être glorieusement représenté dans la marine par Jean-Baptiste de Valbelle, le plus illustre peut-être de la dynastie. Dès l’âge de neuf ‘ns, Jean-Baptisio de Valbelle assistait à an combat naval, Quel: ques années après, à peine àgé de quinze ans, il sautait le premier sur un bâtimiint qui était enlevé à l’aborduze ; cela lui valait le commandement d’un petit bâtiment avec lequel il prenait à l’abordage un navire espagnol.

A la bataille des bancs de Flandre, 1673, Jean-Baptiste

de Valbelle, capitaine de vaisseau, sauvait un bâtiment qu'allait enlever l'amiral Tromp, un des plus grands marins hollandais, « Le capitaine de Valbelle, raconte 1.‘on Guérin dans son Histoire maritime de France, apriçut un bâtiment anglais, le Cambridye, qui, sous le veut «le Tromp, et bien que désemparé de son grand hunier etile sa grande vergue, se défendait encore avec une intrépidité admirable, quand les Hollandais lui envoyèrent un brülot. Valbelle envoya sa chaloupe avec un de ses lieutenants pour remorquer le Cambrige qui sans cela allait infailliment périr. Valbelle ne rendit pas le service à demi, il partagea en bon père, avec le capitaine anglais de ce vaillant, mais malheureux bâtiment, tous les coups de canon que Tromp, qui ne cessait pas de harceler son arrière, faisait tirer sur lui. Il soutint le feu du lieutenant amiral deux heures durant, abattit son grand mat et son mat de hune d'avant, et eut la gloire de voir Corneille Tromp se retirer devant lui. Valbelle reçut les remerciements et les félicitations du grand amiral d'Angleterre. »

Chef d’escadre, Valbelle joua un rôle important dans l'expédition de Sicile qui mit aux prises les deux plus grands marins de l’époque, Duquesne et Ruyter,

La Sicile s'était en partie soulevée contre les Espagnols et Messine appelait les Français. Ce fut Valbelle qui s'em-

para de la ville le 27 septembre 1074. Après l’avoir mise en état de défense, il se rendit en France pour aller chercher des vivres et des renforts. Pendant son absence la ville fut assiégée et elle allait être forcée de se rendre, lorsque Valbelle reparut. Mais il n'avait que six vaisseaux, une frégate et trois bràlots et la flotte espagnole qui bloquait le port de Messine comptait vingt-deux vaisseaux et

x-neuf galères. La disproportion des forces était telle, que l’amiral espagnol, Melchior de la Cueva, ne voulait pas d’abord prendre au sérieux les dispositions du marin français pour forcer le passage. Il se ravisa trop tard; Valbelle passa avec son escadre et fit son entrée dans Messine le 3 janvier 1675. IL s'y vit bientôt assiégé, mais une partie de la fl ‘te française arrivait avec Duquesne et Vivonne: ceux-ci n’avaient cependant que huit vaisseaux, et l’amiral espagnol essaya de les arrêter ; une attaque hardie de Valbelle décida du succès de la journée.

Dans ces grandes batailles entre Duquesne et Ruyter, Valbelle se distingua. A la bataille de Stromboli, montant le Pompeux de soixante-douze canons, il se trouva pendant deux heures opposé à Ruyter lui-même qui montait la Concorde, vaisseau beaucoup plus fort; il soutint fièrement la lutte, jusqu'au moment où Duquesne vint le remplacer. Déjà blessé plusieurs fois, Valbelle le fut encore aux batailles de Stromboli et de Palerme. Il était entré dans l’ordre de Malte où il atteignit la dignité de grand’croix.

Mentionnons encore un quatrième Valbelle, Bruno, commandeur de l'ordre de Malte, qui, chef d’escadre des galères de France, fut envoyé en 1702 avec quatre galères sur les côtes d’Espagne et de Portugal et livra un combat que Dangeau raconte ainsi :

« Quatre de nos galères que nous envoyions à Lisbonne, commandées par le chevalier de Valbelle, ont trouvé, sur

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SUPPLÉMENT : DE LOUIS XIV A NOS JOURS, ai1

les côtes d'Espagne, deux vaisseaux salétins qui venaient pirater sur les Espagnols; nous les avons attaqués et pris après une assez longue résistance. Les Espagnols et les Portugais ont témoigné beaucoup de joie de cette prise, car ces pirates là les incommodent fort. »

Le commandeur de Valbelle mourut quelques semaines après.

Le bailli de la Pailleterie, 4

Le bailli de la Pailleterie, voilà uu nom qui surprendra bien des lecteurs étonnés de le trouver dans cette galerie. Et de fait, nous ne savons rien du bailli de la Pailleterie, si ce n’est que,chevalier de Malte, ilservit la Francecomme tant d’autres chevaliers de l'ordre et qu'il s’éleva au grade de chef d’escadre par des services honorables, Ce n’est certainement pas assez pour le tirer de pair, et bien d’autre noms devaient figurer avant le sien, s’il ne s'était signal par une entreprise hardie qui fit alors beaucoup de bruit : l'enlèvement d’un vaisseau de haut bord par trois galères, alors que celles-ci définitivement condamnées allaient disparaître. Le fait a été soigneusement enregistré et conscien- , cieusement raconté par l’annaliste de la marine française, Léon Guérin.

« Les Français étaient entrés dans Ostende et Nieuport,

comme dans les autres villes des Pays-Bas espagnols, pour empêcher les ennemis de s’y introduire. Le 4€’ juillet 1702, six galères de France étant sorties du port d’Ostende sous les ordres du bailli de la Pailleterie, reconnurent, à cinq lieues environ au large, l’escadre de Zélande, forte de douze bâtiments de guerre, et à un demi-quart de lieue derrière celle-ci un vaisseau de soixante canons dans l'isolement. Aussitôt le bailli de la Pailleterie, se fiant à l’agilité de ses galères et au calme qui régnait, ordonna d’arriver sur ce vaisseau, à la vue même de l’escadre ennemie. Dès qu’il fut à portée, avec trois galères seulement, il lui fiù un grand feu de mousqueterie, auquel le hollandais répondit par un tonnerre épouvantable de canon. La Pailleterie aborda presque aussitôt le vaisseau par son travers; les capitaines de Valence et de Fontette, avec les deux galères qu’ils commandaient, l’imitèrent sur le champ. Les galères jetèrent tant de monde l'épée à la main sur le bord ennemi, au cri ordinaire de: Vive‘le roi, répété par les hommes libres et par les chiournes, que l'équipage hollandais se prit d’une terreur panique et s’alla jeter à fond de cale. On l’y enferma, et le vaisseau de soixante canons devint la conquête des trois galères qui n’avaient plus qu’un embarras, celui d'emmener leur prise. En ce moment les trois autres galères qui, sous les ordres de Langeron le fils, avaient de leur côté donné la chasse à un bâtiment hollandais, arrivèrent pour aider les sœurs victorieuses, et toutes six ensemble, si frêles et légères d’aspect, donnèrent la remorque au gros vaisseau de guerre. Et devant ce spectacle qui jamais encore ne s'était vu, l’escadre de Zélande demeurait confondue. Comme c’était par un calme excessivement favorable aux rameurs autant que désespéraut pour les voiles, le baïilli de la Pailleterie affecta d’aller passer avec sa prise à la grande portée de canon des douze

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vaisseaux hollandais, pour leur montrer de près que les galères n'étaient point encore choses si méprisables qu’on le disait, et se moqua dela poudre et des boulets de canon que l’on tirait sur lui en pure perte. Enfin, à sept heures du soir, les six galères et le gros vaisseau qu’elles remorquaient entrèrent dans le port d'Ostende än milicu des applaudissements de la foule accourue pour jouir de cette scène d'autant plus étrange que l’escadre de Zélande n’avait pas cessé de les suivre de près, mais en vain, Ce fait d'armes fit évènement dans. la marine : on le célèbra aussi lien à l'étranger qu’en France; et peu s’en fallut que les galères n’y reconquissent toute la place qu’elles avaient perdue, »

Ce n’était qu’une dernière lueur ; malgré les efforts de leurs défenseurs au premier rang desquels figurait Barras de la Plenne, les galères devaient disparaître. Dans certaines occasions cependant, notamment quand il fallait agir près des côles, avec peu de fond, on put regretter ces légers et agiles bâtiments. Plus tard, avec nos énormes cuirassés, on regrettera de même les bâtiments en bois de faible tirant d’eau.

Les Gabaret.

Encore plus que les Valbelle, les Gabaret forment une véritable dynastie de marins; Léon Guérin n’en relève pas moins de quatorze dans l’Alphabet Lafiillart ou Etat

manuscrit des services des officiers de la marine de 1400 à 1750, « ayant presque tous appartenu au règne de Louis XIV ».

« Le premier, père du lieutenant-général Gabaret et du capitaine Louis Gabaret, tué à Tabago, était de l’ie de Rhé et mourut che} d’escadre en 1671. Jean Gabaret, capitaine en 1653, chef d’escadre en 1673, lieutenant-général en 1689, mort en 1697, laissa deux fils, aîné capitaine de vaisseau en 1687 ; le second, Gabaret d’Angoulin, capitaine de vaisseau en 1693. Louis Gabaret avait aussi laissé des fils : l’aîné mourut, capitaine de vaisseau à la Havane, en 1706, commandant le Fidèle ; le second mourut chef d’escadre en 1746. Un Gabaret des Coustiers mourut capitaine de frégate en 1697; un Gabaret de l’Hérondière mourut capitaine à Cayenne en 1726; un Gabaret de la Mothe mourut capitaine de brülot en 1722; un Naudin- Gabaret fut tué lieutenant de vaisseau sur la Belle en 1680 ; un Gabaret-Desmarest d’Angoulin avait eu le même sort comme capitaine de vaisseau sur le Vigilant en 1673. Deux petits-fils de Louis Gabaret moururent enseignes de vaisseau en 1737 et 1745. »

Il faut ajouter sans doute un Gabaret, commandant de

la Martinique, qui, en 1693, repoussa avec le comte de Blenac les attaques du général Codrington, gouverneur des Antilles anglaises, et le força à se rembarquer malgré ses forces supérieures, après lui avoir tué beaucoup de monde, Ce Gabaret ne paraît s'identifier avec aucun de ceux cités par Léon Guérin. En 1703, un Gabaret, gouverneur des îles, bat les Anglais à la Guadeloupe. Dussieux, qui a essayé de démêéler la généalogie de tous ces Gabaret, inclin: à croire, non sans raison, que c'est le commandant de la Martinique de 1693.

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famille; ils se rattachent au vieux Mathurin Gabaret, le marin de l'ile de Rhé, un vaillant serviteur fort apprécié. par Richelieu. Ses services lui valurent le grade d’officier général, quoiqu'il ne füt pas de famille noble. D’autres eurent le même honneur sous Louis XIII comme sous Louis XIV, parmi lesquels Jean Bart figure au premier rang. Les descendants de ces soldats anoblis prenaient leur rang parmi les familles nobles, comme on peut le voir par les divers Gabaret indiqués plus haut.

Mathurin Gabaret avait fait les campagnes contre les pirates barbaresques ; il commandait une des divisions de la flotte qui, sous les ordres du duc de Beaufort, agissait de concert avec les Hollandais contre les Anglais dans la campagne de 1666. Lorsqu'il mourut en 1674, il avait pu diriger lui-même les débuts de ses deux fils Jean et Louis, qui étaient l’un et l’autre capitaines de vaisseau et fort appréciés dans la marine.

Jean Gabaret, l’aîné, dont le nom se retrouve dans toutes les batailles navales de l’époque, fut nommé chef d’escadre en 1673; il fit partie de la flotte de Duquesne en 1676, et commandait une de ses divisions aux grandes batailles des îles Lipari, d’Agosta et de Palerme. « L'escadre de l'amiral hollandais de Han, dit Léon Guérin dans son récit de la bataille d’Agosta, ot une partie de celle d'Espagne occupaient d’assez loin l’arrière-Sarde française. De Haan, qui s'était réservé à dessein, se décida à tomber sur Gabaret qui tint-aussi ferme que son ennemi arrivait fort. On se battait par là de si près que l’on pouvait se défier à la façon des héros d'Homère.» La résistance énergique de Gabaret et de ses vaillants capitaine découragea l'amiral de Haan. «Le contre-amiral hollandais perdit toute espérance de ramener du côté des alliés la victoire, qu’ils navaient pu obtenir ni au corps de bataille, ni à

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l'vant-garde; il se rallia au gros de l’armée batave pour g laquelle le sort s'était montré ce jour-là si cruel (Ruyter [ venait d’être mortellement blessé), et ce fut lui qui fut s chargé de la conduire à grand peine et trainant l'aile dans ( l* port de Syracuse. » Cette flotte, déià si éprouvée, allait $ bientôt être détruite dans le port de Palerme, et Gabaret st distingua encore dans cette journée. G Nous retrouvons Gabaret chef d’escadre dans l'expédi- v tion de l'Irlande ; avec Borant, il conduit Jacques II et les d premières troupes ; puis il fait partie de la flotte de Cha- d tuau-Renault, dont il commande lavant-garde à ia bataille si de la baie de Bantry. Cela lui vaut son grade de lieutenant- e général. Il est plus tard sous les ordres de Tourville à e Beveziers, à La Hogue, où il commande l’arrière-garde et il « déploie la plus brillante valeur en défendant le vaisseau te

amiral le Soleil Royal, contre les furieuses attaques des Anglo-Hollandais (1) », et à Lagos.

Jean Gabaret n’était pas moins considéré par le roi comme homme de conseil que comme hardi marin ; Dangeau raconte que, le 13 février 1672, « le roi tint conseil avec le roi d'Angleterre, M. de Ponchartrain, M. de Tourville, le chevalier de Chateau-Renault, d’Amfraville et Gabaret sur ce que notre flotte devait entreprendre cette année, »

Lorsque le lieutenant-général Jean Gabaret mourut en 1697, la Gazette de France annonça sa mort en ces termes: «On a eu avis de Rochefort, que le sieur Gabaret, lieutenant-général des armées navales de France et commandeur de l’ordre militaire de Saint-Louis, y était mort le 26 mars. Il était fils du sieur Gabaret, aussi lieutenant-

(1) Dussicux : Les grands marins du règne de Louis XIV, Paris, Lecoffre.

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général des armées navales ; il avait été fait capitaine en 1655 et il avait depuis toujours servi en plusieurs occasions importantes avec beaucoup de‘conduite et de valeur, qui lui avaient fait mériter l'estime et l'approbation de S. M. et du public. »

La carrière de Louis Gabaret, le second fils de Mathurin Gabaret, ne s’aunonçait pas moins brillante ; capitaine de vaisseau de 1667, il avait pris une part glorieuse aux expéditions du duc de Beaufort, et aux batailles de Solbav, 1672, des Bancs de Flandre et du Texel, 1673. En 1676, il faisait partie de l’expédition du vice-amiral Jean d’Estrées, en Amérique ; c'était le plus ancien capitaine de l’escadre et ilcommandait l’Intrépide. Lors de la reprise de Cayenne, il devait, avec ciny vaisseaux placés sous ses ordres, soutenir l’attaque des Hollandais, s’ils tentaient de troubler l'opération. La flotte hollandaise ne parut pas.

Après avoir repris Gayenne par un hardi coup de main, le vice-amiral Jean d’Estrées alla chercher la flotte hollandaise à Tabago. Le rôle de Louis Gabaret fut des plus glorieux ; Léon Guérin le raconte longuement :

« L’amiral Binken se trouvait dans la baie de Tabago, sous la protection d’un fort défendu par 700 hommes. Il fut décidé que, pour neutraliser l’avantage que donnait aux ennemis la communication qu’ils avaient établie entre le fort et leurs vaisseaux, on les attaquerait à la fois par terre et par mer. Il était difficile d'atteindre lescadre hollandaise embossée dans un endroit où les vaisseaux français ne pourraient pénétrer qu'un à un. Les canons du fort et des batteries à fleur d’eau semblaient en outre rendre le port de Tabago si peu accessible, que les habitants de l'ile y avaient mis sur une grande flûte, comme en un lieu sûr à tout événement, leurs femines, leurs enfants, tous leurs objets les plus précieux. Le vaisseau

français l’Intrépide, auquel était réservé le périlléux honneur d’entrer le premier, en conséquence du privilège d’ancienneté de Louis Gabaret, son capitaine, mit à la voile pour prendre son poste ; mais il rencontra, à six ou sept pieds sous l’eau, une roche, d’ordinaire remarquable par un continue] tourbillonnement d’eau, que le calme extrême de la mer dissimulait ce jour-là complètement ; l’Intrépide y toucha par le côté et fut arrêté, toute‘ois on vint à bout de le revirer sans qu’il eût souffert. Mais cet accident ne laissa pas de refroidir quelques-uns des capitaines qui avaient d’abord montré le plus d’ardeur, et la majorité des avis pencha dès lors pour qu'on attaquât au préalable le fort, dans le but de mettre, lorsqu’on s’en serait rendu maître, les vaisseaux ennemis entre les batteries de terre et le canon de l’escadre française. »

L'attaque par terre eut lieu le lendemain. En même temps, « quatorze chaloupes, sous les ordres du marquis d’O et de Louis Gabaret, furent détachées pour aborder un vaisseau ennemi qui était mouillé à l'entrée du port, épiait tous les mouvements des Français, et par là leur était extrêmement incommode. Les chaloupes, avec le pew d'infanterie qu’elles portaient, firent leur commission avec une intrépidité extraordinaire et ne lichèrent point prise qu’elles n’eussent forcé le vaisseau hollandais à couper ses câbles et à se réfugier fort avant dans le port. » Mais ce petit succès n’assurait pas celui de l’attaque par terre qui présentait des difficultés plus grandes qu’on 1e l'avait d’abord pensé, Cependant l’amiral, qui ne voulait pas renoncer à l’entreprise, si difficile qu’elle fût, était fort embarrassé, lorsque Louis Gabaret vint lui annoncer « qu’on avait pris une barque ennemie dont le pilote assurait qu’il introduirait les vaisseaux français dans la baie de Tabago, sans aucun péril pour eux, pourvu qu’on lui

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« Ce fut le 3 mars 1677 que les vaisseaux français se risquèrent définitivement sur la foi d’un pilote qui, tout à l'heure encore appartenait à l'ennemi, à pénétrer dans la baie de Tabago. l’Intrépide, malgré l'accident qu’il avait éprouvé dans une première tentative, ne céda sa place à aucun autre ; il alla mouiller en tête de tous, avec son valeureux capitaine, Louis Gabaret, à portée de pistolet de l'escadre hollandaise, sans tirer un seul coup de caron. Une blessure dangereuse que Gabaret reçut dès le comcement ne l’empêcha point de rester sur le pont à donner ses ordres. Le capitaine Montortier le suivit de près avec son vaisseau et fit une manœuvre non moins brave ; le capitaine de Blenac vint en troisième et se posta non moins audacieusement, avec le Fendant, entre les vaisseaux et les batteries de l'ennemi; le capitaine de Lezine, sur le Marquis, entra à son tour, aborda à toutes voiles un vaisseau hollandais, et son premier lieutenant, le comte d’Aunai, étant sauté sur le bord ennemi avec une trentaine des siens, engagea sur le champ une lutte corps à corps. »

Ne voulant pas faire ici l’histoire de ce terrible combat de Tabago, nous ajouterons seulement que « l’Intrépide,qui était entré le premier dans la baie, combattait depuis plus de trois heures avec une prodigieuse fureur, quand son capitaine, Louis Gabaret, qui avait déjà reçu trois blessures, sans cesser de donner ses ordres, fut atteint d’un quatrième coup dont il ne se releva pas. C'était un officier des plus habiles et des plus braves, et sa mort devait être universellement regrettée. »

Guillotin,

Lorsque le glorieux amiral Courbet détruisit la flotte chinoise, on admira justement la hardiesse des officiers qui étaient allés attacher au flanc des vaisseaux chinois les torpilles.qui les firent sauter. An dix-septième siècle, on ne connaissait pas les torpilleurs, qui sont momentanément le dernier mot des engins de destruction de la marine, mais on avait les brülots dont l’eftet, moins assuré, était cependant parfois terrible et dont la direction était singulièrement dangereuse. Le brülot était d'ordinaire un vieux bâtiment hors de service, tenant mal la mer, qu’on avait bourré d’artifices ; le commandant du brûlot devait l’attacher au flanc du navire qu’il voulait détruire ; puis il y mettait le feu et il se retirait, s’il le pouvait. Que de har: dis marins ont succombé dans cette entreprise aventureuse, coulés par les canons ennemis ou écrasés dans l’explosion de leur propre brülot. Il convenait de donner au moins une petite place dans cette galerie de la marine française, à un de ces capitaines de brülo!, et nous avons choisi le capitaine Guillotin, dont l’un des historiens les plus accrédités de la marine, Léon Guérin, a signalé l'audace à la bataille de Texel.

Les Hollandais avaient lancé deux brülots contre le vais- Seau du vice-amiral d'Estrées, qui n’avait évité qu’à grand”-

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peine les «deux ennemis infernaux par lesquels il était près d’être accroché » ; il fallait venger l’amiral français. « Alors, pour rendre au lieutenant-amiral de Zélande ce qu’il avait fait pour le vice-amiral de France, un capitaine, nommé Guillotin, se disposa à eller fixer l'incendie au vaisseau de Bankaërt. Dans son métier, si funeste pour ceux qui l'exerçaient, Guillotin a déjà eu, au combat du 7 juin précédent, le visage et les bras brûlés, Mais cela ne l’a pas découragé, car s’il réussit une fois, le grade de capitaine de vaisseau l’attend. Avec son vieux bâtiment qui n’est plus propre au service ordinaire, mais qui, rempli de feux d’artifices et transformé en brülot, peut encore être d’un si terrible effet, Guillotin dédaigne deux vaisseaux qu’il rencontre et dont il évite les bordées: il prend le vent sur le vaisseau lieutenant-amiral, le seul auquel il en veuille, vient à bout de l’accrocher, et met aussitôt le feu à la mèche qui communique avec l’artifice du brülot. Profitant du temps que la disposition de cette mèche lui laisse, il descend dans la chaloupe avec le peu d'hommes qui l’accompagnent, par la porte pratiquée à cet effet à l’arrière du brülot; puis il s'éloigne, bien persuadé que tout à l’heure il va entendre l'explosion et voir jaillir la flamme. C’est un sauve-qui-peut général sur le vaisseau accroché ; tout l'équipage, moins vingt hommes plus courageux que les autres, se précipite à la nage. Mais au bout d’un assez long moment, Guillotin n'entend rien; il se retourne, sa mèche a manqué son effet. Alors, à la grande stupéfaction de tous, on le voit ramener sur l'heure sa chaloupe au brülot, et malgré tous les boulets qui pleuvent devant lui, derrière lui, à ses côtés, il met le feu à sa mèche une seconde fois et se retire. Mais les vingt Hollandais presque aussi intrépides que lui qui étaient restés sur leur bord, avaient déjà eu le temps de commencer à séparer le vaisseau

de Bankaërt du bourreau qui l’étreignait et réussirent à le sauver. » Certes, quoiqu’ii n’eût pas pleinement réussi, Guillotin méritait bien son grade de capitaine de vaisseau,

De l'acte du capitaine Guillotin - peut rapprocher un acte d’une nature toute différente, mais non moins hardi, accompli par des volontaires français. Au lieu d’être en guerre avec les Hollandais, nous les avions pour alliés contre les Anglais et les Espagnols, et ces volontaires servaient à bord de la flotte des Etats généraux. « C'était sur le propre vaisseau de Ruyter, entre autres gentilshommes, Harcourt-Lorraine, (Coislin, Cavoye et Busca. Le service qu’ils rendirent à la Hollande dans le combat du 6 août 1666 valut à cette république plus que toute une flotte, Ruyter s'était trouvé trois heures durant entre les amiraux anglais, le prince Rupert et le duc d’Albemarle, deux cents hommes étaient déjà tués sur son bord; cependant il continuait toujours à se défendre avec une constance et un héroïsme tels que les Anglais, désespérant de s'en pouvoir rendre maitres, résolurent de faire approcher un brülot pour mettre le feu à son vaisseau. Dans ce moment terrible et décisif, Cavoye, Harcourt-Lorraine, Coislin et Busca, suivis de quarante mousquetaires irançais déterminés, se jettent dans deux chaloupes, et vont au-devant du brülot pour le détourner, au risque d’en être euxmêmes consumés. Les Anglais qui le dirigent, intimidés par tant d’audace, sont contraints à la fuite, et c’est à qui, parmi eux, se sauvera, celui-ci à la nage, celui-là sur la légère embarcation qui accompagnait l'instrument d’incendie. Ils ont mis le feu au brûülot, mais au hasard et à la hâte; et ses flammes deviennent plus dangereuses à leurs propres vaisseaux qu'à l’amiral hollandais qu’elles n’atteignent pas. Le grand Ruyter était conservé à la Hollande. S’'est-on trompé en disant que ce service valait celui de

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Quel contraste entre le courage de Guillotin et la retraite précipitée des marins anglais.

Alain-Emmanuel de Coëtlogon,.

Le nom de la grande famille bretonne de Coëtlogon se rencontre à chaque page de nos fastes maritimes et militaires ; il a donc sa place marquée dans cette galerie, et les Coëtlogon ne sauraient être mieux représentés que par celui qu’on a appelé le « grand marquis », Alain-Emmanuel.

Né en Bretagne en 1646, Alain-Emmanuel de Coëtlogon, servit d’abord pendant quelques années dans l’armée de terre; comme beaucoup d’autres jeunes gentilshommes, surtout de Bretagne, il passa dans l’armée de mer lorsque l’active impulsion de Colbert lui donna un grand développement et une grande importance. Enseigne de vaisseau en 1670, il prit dès lors part à toutes les campagnes ; il était nommé en 1675 capitaine de vaisseau, et devint le second de Tourville qui savait choisir ses hommes.

Dans la campagne de Sicile, Coëtlogon joua, avec Tourille, un rôle des plus brillants. « Tourville fut envoyé

dans la mer Adriatique pour s'opposer au débarquement de quelques troupes allemandes dans le royaume de Naples, Il apprit bientôt que ces troupes étaient débarquées dans la Pouille, et que les vaisseaux espagnols et vénitiens qui les avaient transportées se trouvaient dans le port de Barletta. Il envoya aussitôt Coëtlogon, avec quatre chaloupes, pour s'emparer de ces bâtiments et, malgré le feu des forts de Barletta et des vaisseaux ennemis, Coëtlogon, à force d’audace et de vigueur, prit trois de ces bâtiments et en brüla deux autres,

« Quelque temps après à l'attaque d’Agosta par le duc de Vivonne et Tourville (17 août 1675), Coëtlogon fut chargé par Tourville d’enlever la tour d’Avalos ; il déploya un prodigieux courage dans cette attaque. Parti dans une chaloupe, il alla, sous un feu terrible de boulets et de mitraille, rompre à coups de hache la première barrière du fort. À ce moment, Tourville, monté dans son canot avec quelques hommes de bonne volonté, accourut au secours de son lieutenant qui allait succomber. Avec ce renfort Coëtlogon enleva la secnnde barrière et mit le feu à la porte du fort. Le comm& ant se décida alors à se rendre; et sa capitulation força le gouverneur d’Agosta, vivement attaqué lui-même par le duc de Vivonne, à déposer les armes. » (DUSSIEUX.)

On trouve Coëtlogon partout où l’on se bat. Il est à la bataille de Palerme; il se trouve, sous l’amiral d'Estrées au bombardement d’Alger. En 1686, avec un vaisseau de quarante-quatre canons, il rencontre deux vaisseaux espagnols qui lui refusent le salut ; il les met en fuite et les poursuit jusque sous le canon de Malaga.

La bataille de la baie de Bantry valut à Cuétlogon le grade de chef d’escadre ; il commandait le Diamant ; une partie de son navire sauta; il fut grièvement blessé par

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l'explosion qui lui enliva un certain nombre de matelots, et il ne cossa pas de combattre, Certes la récompense était bien méritée. On le retrouve à Beveziers, à la Hogue:; il défend Saint-Malo contre les Anglais, lorsqu'ils laneèrent contre cette ville, dont les corsaires faisaient tant de mal à leur commerce, une machine infernale, et fait échouer leur odieuse tentative. Une brillante expédition contre les pirates saletins, dans laquelle il commande sept vaisseaux, le fait nommer lieutenant-général,.

Comme Chateau-Renault, Petit - Renau et d’autres marins, Coëtlogon fut mis par Louis XIV à la disposition de son petit-fils, Philippe V; comme les autres, il se vit paralysé par l'étroit formalisme des autorités espagnoles et par l’inertie des ofliciers et des marins, Cependant, il trouva moyen de se distinguer : en 170%, il attaqua près de Lisbonne une escadre de cinq vaisseaux anglais et hollandais qui convoyaient une flotte marchande de cent vingt navires chargés de si}, Si les bâtiments marchands purent é“happer pour la plupart, des cinq vaisseaux convoyeurs quatre furent pris et un coulé à fond, À la bataille de Velez-Malaga, il commandait une des divisions et il ne tint pas à lui que le succès, poussé à fond, ne devint décisif.

En 1716, Coëtlogon avait succédé à Chateau-Renault comme vice-amiral. Quelques années après, il semblait tout désigné pour le bâton de maréchal de France; il ne fut pas nommé. Dès lors, dn reste, le « grand marquis » Alain-Emmanuel de Coëtlogon était au-dessus de ces petites misères d’ambition. Il avait toujours été un ferme chrétien, mais il était arrivé à une pratique de plus en plus fervente de la vie chrétienne et il avait pris la résu: lution, qu’il exécuta, de se retirer au noviciat des jésuites. C’est là, qu'après plusieurs années, alors qu'il était sur son Te IL 15

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