D4 LES MARINS FRANÇAIS
combat, a abordé et pris le plus gros vaisseau, qui était percé pour 58 canons, et après lavoir pris il a fait le signal aux petits bâtiments qu'il avait avec lui, qui ont pris huit ou dix des vaisseaux marchands. Voilà le quatrième vaisseau de guerre que Saint-Pol a pris aux ennemis. »
Dans les journées des 22, 28 et 29 juin de la même année, nouveaux succès plus importants :
« Saint-Pol avait avec lui quatre vaisseaux, dont le pius gros était de cinquante pièces de canons, N'ayant pu exécuter une entreprise qu’il avait formée sur la flotte marchande qui revenait de la Baltique, il prit le parti d’aller au nord de l'Écosse pour prendre les vaisseaux qui y vont tous les ans à la fin de juin pour la pêche du hareng. Il les trouva le 22 à l'ile d'Hithland, qu’on appelle autrement Shetland. [ls étaient escortés par quatre vaisseaux hollandais à peu près de la force des nôtres. Dès qu'il fut à portée d'eux, il tit le signal d’abordage, qui fut exéeuté avec beaucoup de vigueur. Il'ahorda celui du commandant qui se défendit jusqu’à son second pont, et s'en rendit maitre enfin après un long combat. Le chevalier de Sève, qui commandait l’Adroit, aborda le second vaisseau des ennemis qui sauta en l'air bientôt après l'abordage. Gela fit ouvrir la mer et l'Adroit fût englouti. On en a sauvé cinquante-sept horimesdans des chaloupes qu’on leur envoya. Le capitaine, le lieutenant et cent-cinquante hommes de l'équipage y ont péri. On prit encore un autre vaisseau. Le quatrième se sauva, parce que Marillac, qui commandait le quatrième des nôtres et qui l’attaquait, alla pour tâcher de sauver l'équipage de lAdroit, en ayant reçu l’ordre de Saint-Pol, qui lui en fit Le signal.
« Pendant ce combat, la flotte des pêcheurs, qu’on appelle la flotte des bûches, se sauva sur les côtes d'Hithland. Saint-Pol n’était pas encore assez content de ce qu’il
U, qui était ait le signal né pris huit trième vais- 1is, »
ième année,
dont le pius ant pu exéflotte mararti d'aller qui y vont | hareng, Il > autrement aux hollanil fut à porxécuté avec andant qui ndit maitre Sève, qui u des ennere, Cela fit sauvé cineur ENVOYA.
hommes «le e vaisseau.
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urs, qu’on côtes d'Hi- | de ce qu’il
avait fait, mais ne sachant où les trouver, la brume les ayant dérobées à sa vue, croisa jasqu’au 27 entre les Area: des et Hfithland, et en croisant il prit un petit bâtiment écossais et promit au commandant sa liberté et de lui rendre son vaisseau, S'il voulait lui apprendre où les bûches s'étaient retirées. LÉ’cossais accepta le pacte et mena Saint- Pol dans les ports d’Hithland où elles s'étaient retirées, et celui-ei en brüla 169, es matelots et les pêcheurs avaient mis pied à terre dans l'ile qui est presque inhabitée, Il y avait treize hommes sur chacun de ces petits batiments-ià.»
Au mois d'août nouveau combat sur la côte le Norwège; Saint-Pol prend ou coule 169 «büches » et les trois vaisseaux de guerre qui les escortaient,.
L'année suivante, le hardi marin continue ses exploits : il rencontre, à la hauteur de Brest,des vaisseaux de guerre anglais. Il en attaque un et lui donne la chasse, quoique plus fort. Le capitaine de Ferrière qui laccompagne en enlève un à l’abordage, également plus fort, mais en entrant dans le vaisseau, il est tué et son frère grièvement blessé; c’est le capitaine en second qui ramène à Brest le vaisseau capturé.
Saint-Pol ouvrit par un succès non moins brillant la campagne de 1705. Il était sorti de Dunkerque avec deux vaisseaux et une frégate ; :1 rencontra, à deux lieues du Texel, une flotte marchande hollandaise qui venait d’Angleterre, escortée par deux vaisseaux de guerre, il en attaqua un et fit altaquer l’autre par Roquefeuil, son second. Le vaisseau que Roquefeuil attaquait se sauva dous le Texel ; Saint-Pol se rendit maitre de celui qu’il attaquait etle brûla. Il prit et mena à Dunkerque six vaisseaux marchands estimés 1,500,000 livres.
L'infatigable marin, dont l’activité rappelait si bien Jean Bart aux habitants de Dunkerque, avait immédiate-
ment repris la mer ; il allait à la recherche de ja flotte marchande de la Baltique, il avait avec lui quatre vaisseaux commandés par Cornil Bart, Hennequin, Coyeux et Roquefeuil, Laissons la parole à Dangeau qui raconte comment Saint-Pol tomba dans un suprème triomphe :
« Le roi apprit le 5 novembre au matin à son lever que Saint-Pol avait pris trois vaisseaux de guerre anglais et onze vaisseaux marchands venant de la mer Baltique; la prise est considérable, mais comme Saint-Pol a été tué à la fin de cette aflaire et qu'il était fort estimé, le roi s’en est afligé au lieu de s’en réjouir. Voici le détail de l'affaire qu’a apporté le comte d’Illiers. Le sieur de Saint-Pol ordonna au sieur Bart de se rendre maitre des bâtiments marchands, ce qu'il fit avec le secours de cinq armateurs qui l’avaient joint. Saint-Pol attaqua le vaisseau sur lequel était le commandant anglais ; le sieur de Roquefeuil, avec le P;otée, s'attacha au Pescoal, et le sieur Hennequin, avec le Jersey, s’attacha au troisième appelé les Sorlinques. Après un combat de trois heures fort opiniätre, les trois convoyeurs furent abordés et enlevés, quoique, dans le milieu de l’action, le sieur de Saint-Pol, dont on ne peut trop louer la bravoure, fut tué d’un coup de mousquet. Le comte d'Illiers prit le commandementet acheva le combat avec beaucoup de valeur, Le Triton, qui n'avait pu joindre, arriva vers la fin, et le chevalier des Coyeux, qui le commandait, eut le bras emporté d'un coup de canon. Tous les officiers se sont extrémement distingués dans cette action. Toutes les prises et les trois convoyeurs sont arrivés à Dunkerque avec huit bâtiments de la même nation qu'on avait pris la veille. Cette alfaire se passa le 31 octobre au matin. »
Louis XIV avait regretté une victoire que lui coûtait un marin comme Saint- Pol. Les regrets furent grands à Dunkerque où le vaillant marin était justement apprécié.
ja flotte raisseaux x et Ronte conihe :
lever que anglais et ltique; la é tué à la i s’en est faire qu’a "donna au hands, ce ient joint, comantée, s'attasey, s'atn combat rs furent action, Île bravoure, rs prit le up de vars la fin, it le bras s se sont les prises avec huit la veille.
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Relingue.
Le comte de Relingue,":n nom qui n'est pas connu comme il devrait l’être, était enseigne dans la marine en 1670; l'année suivante, on le trouve capitaine de vaisseau. Il sert avec distinction sous Duquesne dans la belle lutte contre Ruyter et se fait remarquer aux batailles de Messine, des iles Lipari, d’Agosta et de Palerme.
En 168%, le comte de Relingue, qui commandait le Bon, vaisseau de cinquante canons, avait été chargé de convoyer plusieurs bâtiments qui devaient de Civita-Vecchia apporter du blé à Marseille; il se rendait à Civita-Vecchia pour rejoindre ces bâtiments et les prendre sous sa protectione Le 10 juillet il rencontra une flottille de galères espagnoles et génoises.
« Arrivant le 10 juillet au matin au cap Corse, Relingue aperçut beaucoup de bâtiments. Il fit porter sur eux et il recounut que c'étaient les 36 galères d'Espagne et de Gênes avec deux galiotes. Il continua d’aller à elles etelles s’avancèrent vers lui. Il faisait très peu de vent (ce qui était tout à l'avantage des galères). Elles amenèrent leurs voiles lorsqu’elles furent près du vaisseau français, passèrent à son avant et se rangèrent en croissant, Douze se mirent à son arrière et s’en rapprochèrent toutes ensemble, Le comte de Relingue leur fit tirer aussitôt qu'elles furent à T, Il 17
la portée du canon et il fut si bien servi que les douze galères témoignèrent beaucoup moins d’audace à l’approcher. » La lutte n’était pas terminée pour cela ; elle dura plusieurs heures. De dix heures du matin à trois heures du soir, le Bon riposta vivement au feu des ' galères auxquelles il envoya huit cents coups de canon ; Relingue coula deux galères, en désempara plusieurs et mit les autres dans un tel état que, quoique le calme, ne lui permettant pas de se servir de ses voiles, il fût obligé de rester à portée de canon des galères jusqu’à huit heures du soir, celles-ci finirent par ne plus le combattre. Dès que le vent se fut levé, le Bon se mit en route pour l’ile de Gorgone : les galères le suivaient à distance, mais sans renouveler leur attaque. Relingue put entrer dans le port de Livourne où il fit réparer son vaisseau fort endommagé dans cette lutte inégale.
Chef d’escadre en 1689, Relingue se signale à la bataille de Beveziers, à celle de la Hogue, où il commandait le Foudroyant, de 90 canons, et conduisait la troisième division de l’avant-garde. Son vaisseau fut de ceux qui furent brûlés le lendemain sur la rade foraine de la Hogue. Au mois d’août 1695, Relingue se trouvait à Dunkerque, lorsque cette ville que les Anglais détestaient à cause des vaillants corsaires qui, sortant de son port, faisaient tant de mal à leur commerce, fut bombardée par la flotte de lord Berkeley. Grâce à l'énergie et à l’habileté de la défense, tout se borna à des « vitres cassées». « On a des nouvelles de Dunkerque, dit Dangeau, fidèle et scrupuleux annaliste, qui assurent que les ennemis ont jeté plus de 1,200 bombes sans qu'aucune soit entrée dans la ville; il en est tombé quelques-unes sur le Rvsbank et sur les foris qui sont à la tête des jetées, et elles y ont fait si peu de désordre qu'on les réparera pour 200 francs. Relingue, chef d’escadre, et tous
:s douze l'approle dura s heures " galères Relingue mit les > lui perobligé de heures du ès que le e de Gorns renoue port de dommagé
la bataille ait le Foue division urent brû- +. Au mois e, lorsque s vaillants ant de mal e de lord la défense, s nouvelles annaliste, 00 bombes ombé quel” nt à la tête e qu'on les dre, et tous
les officiers de marine qu’il avait avec lui, sont allés dans de petites barques au devant des galiotes à bombes et les ont tenues fort éloignées; ils ont même brûlé une frégate des ennemis de 27 pièces de canon. »
En 1699, Relingue, avec douze frégates, fait une expédition contre les pirates barbaresques, à la suite de laquelle le roi lui donne le Cordon rouge qu’il ataîit certes bien gagné. Il l'avait également nommé lieutenant général et premier écuyer du comte de Toulouse, légitimé de France et grand amiral.
C’est sous les ordres du comte de Toulouse que Relingue fit sa dernière expédition; il était un des matelots du prince dans la bataille de Velez-Malaga, la dernière des grandes batailles navales du règne de Louis XIV, et qui aurait été un succès décisif, au lieu d’une victoire stérile et même contestée, si ses conseils avaient été suivis, ou si même il n’avait pas été mortellement blessé, car alors il aurait pu faire prévaloir son opinion auprès du prince qui l’avait en haute estime.
« Le comte de Toulouse devait avoir, dans cette sanglante bataille, deux pertes à déplorer autour de lui, dit Léon Guérin, sans compter celles qui furent faites à son avant-garde et à son arrière-garde. Le bailli de Lorraine avait péri sur. le Vainqueur. Relingue, l’expérimenté autant que vaillant Relingue, est expirant sur le Terrible, la jambe emportée par un boulet de canon. Mais qu’il est généreux, dévoué, sublime encore ce noble marin quand, sur son lit de douleur et bientôt de mort, il s’oublie luimême et ne se préoccupe que d’assurer par ses avis, à chaque instant envoyés, la vicioire aux français, et l’honneur de la journée au jeune comte de Toulouse qu'il aimait et dont il avait bien voulu être le premier écuyer. On croirait qu'il interdit à la mort de s'emparer de lui, avant qu'il
ait vu une dernière fois l'ennemi fuir devant ses regards près de s’éteindre, avant qu’il ait dit à ses frères d’armes, qui ne l’écoutèrent pas assez, tout ce que l’on pourrait tirer de cette longue bataille. »
Le 25 août, l’intrépide marin succombait aux suites de ses blessures; il mourait «regretté pour sa valeur et sa capacité, »
Le Comte de Toulouse.
Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, légitimé de France, n’était encore qu’un entant lorsque le roi Louis XIV, son père, le nomma grand amiral de France. Mais s’il dut exclusivement à sa naissance ce poste élevé, il prit au sérieux les devoirs de sa charge et chercha à s’en rendre digne. Les circonstances ne lui permirent pas de faire tout ce qu’il aurait voulu; c'était dans les années malheureuses du règne de Louis XIV, et le roi renonçait aux grands armements maritimes. De plus, tout fils de roi qu’il fut, le comte de Toulouse avait à compter avec l’hostilité du secrétaire d'état à la marine, Pontchartrain, qui le paralysait dans tous ses desseins. Il fut donc à peu près réduit à l’inaction, mais il avait témoigné un zèle, une application, une bonne volonté auxquels tous les historiens ont rendu justice, et il avait montré à Veiez-Malaga ce
s regards s d'armes, 1 pourrait
suites de leur et sa
use, légitique le roi de France.
oste élevé, rcha à s’en ent pas de les années onçait aux fils de roi avec l’hostrain, qui à peu près 1 zèle, une s historiens -Malaga ce
qu'il aurait pu faire s’il avait été secondé, au lieu d’être incessamment entravé. Cela suffit à mériter au grand amiral sa place parmis les marins français.
Le comte de Toulouse avait fait ses premières armes dans l’armée de terre au siège de Mons. Son premier commandement maritime fut celui d’une escadre avec laquelle en 1702 il alla faire reconnaitre en Suède le roi Philippe V. Deux ans après il commandait à Velez-Malag: la dernière des grandes flottes françaises sous le règne de Louis XIV,
« La flotte sortit de Toulon, le 22 juillet 170%, sous les ordres du grand amiral de France, le comte de Toulouse en personne, assisté du vice-amiral d'Estrées, maréchal de Cœuvres. Le comte de Toulouse, parvenu à l’âge d'exercer son commandement, désirait sincèrement que sa haute dignité dans la marine ne fût point une sinécure ; il avait à un haut degré le sentiment du devoir ; s’il n'avait pas de brillant dans l'esprit, si ses conceptions n'étaient ni hardies ni profondes, il ne demandait pas mieux que de se laisser diriger par des hommes de capacité reconnue; sage, silencieux, mesuré, il avait le sens droit et juste; il se montrait fort appliqué à la marine de guerre et de commerce ; il était courageux, et avec sang froid, ce qui témoigne d’un vrai courage. Îl aurait pu, par son rang, par l'amitié que lui portait son père, rendre à la marine l'éclat dont elle avait brillé sous Colbert s’il n’avait eu à lutter contrelesecrétaire d'État Jérôme de Pontchartrain. Ce n’était qu’à son corps défendant que Pontchartrain avait fourni à la flotte française les moyens d’entrer en campagne.
« La flotte de France et celle des alliés se rencontrèrent le 2% août, au matin, à la hauteur de Velez-Malaga, dans la Méditerranée. La première ne comptait que quaranteneuf vaisseaux, sept petites irégates, sept brûlots et vingt-
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quatre galères tant de France que d'Espagne qui w’eurent guère d'utilité qu’après l’action terminée ; mais on voyait fig er sur cette flotte, la fleur, la gloire de la marine nation ‘a temps. Au corps de bataille, le comte de Tous ct Victor d’Estrées sur son vaisseau amiral, et ses : :::3eaus matelots étaient commandés par le bailli de Lorraine et pur le lieutenant-général de Relingue ; un lieutenant-général non moins fameux, Coëtlogon, était son vice-amiral d’escadre ; Pointis venait au corps de bataille en qualité de contre-amiral, ayant Chateaumorand pour premier matelot. L’avant-garde était aux ordres du lientenant-général Villette-Mursay, qui avait l’intrépide Ducasse pour matelot ; là un d'Amfreville était vice-amiral, et Belle- Isle-Eraud contre-amiral. A l’arrière-garde le lieutenantgénéral de Langeron commandait, ayant Tourouvre pour premier matelot, Sepville pour vice-amiral et La Harteloire, qui avait l’insigne honneur de se trouver entre deux officiers du grand nom de Duquesne, Duquesne-Mosnier et Duquesne-Guiton. Parmi les autres officiers de la flotte française, on comptait les Laroche-Allard, les Grancey; les Bagneux, les Villars, les Blenac, et plusieurs non moins dignes. À cette brillante élite, il n’y avait guère que Chateau-Renault, Forbin, d’Iberville et Duguay-Tronin qui manquassent. Le premier y était noblement représenté par un fils et par un neveu qui devaient hélas! dans cette journée s’immortaliser par la mort même: le deuxième était occupé à protéger le commerce français et espagno du Levant et à donner la chasse aux corsaires ennemis : le troisième faisait campagne dans les mers d'Amérique, et le quatrième accomplissait sa merveilleuse expédition de Rio-Janeiro.
« Cinquante-cinq vaisseaux, nombre de frégates, depuis six jusqu’à quarante et même cinquante canons ; des brû-
i d’eurent on voyait la marine comte de Lu amiral, ar le bailli ingue ; un , était son de bataille rand pour du lieutele Ducasse l,et Bolleeutenantuvre pour Harteloire, ntre deux Mosnier et > la flotte Grancey»
Ion moins : que Charonin qui ésenté par dans cette deuxième espagno ennemis :
\mérique, expédition
es, depuis : des brü-
lots, plusieurs galiotes à bombes et quelques autres bâtiments légers composaient la flotte des alliés, que commandait l'amiral George Rooke, assisté des officiers généraux Cloodesty Showel, George Byng, Thomas Dilkes et Jean Leake pour les Anglais, Kallemburg, Wassenaër et Vanderdussen pour les Hollandais.
« Les flottes combinées d’Angleterre et de Hollande venaient vent arrière sur celle de France. Le comte de Toulouse et le vice-amiral Victor d'Estrées, loin de refuser le combat, cherchèrent d'abord à gagner l'avantage du vent, et ensuite de concert avec Villette-Marsay, fireus leurs efforts pour couper et mettrc entre deux feux l’avanigarde ennemie. Showel, qui la commandait, prévit dessein en même temps que l’amiral Rooke, qui s’étaii réservé le corps de bataille des alliés, et tous deux man œuvrèrent de manière à y parer. [l était dix heures du matin. Le signal de Ja bataille fut donné de part et d'autre. Aussitôt les deux lignes furent cachées dans toute leur étendue par d’épais nuages de fumée. Les deux vaisseaux amiraux de France et d'Angleterre s’attaquèrent. Il s’agissait pour George Rooke de vaincre, de forcer peut-être à amener son pavillon le premier grand amiralde France qui depuis longtemps se fit voir dans une bataille navale; il s'agissait pour d’Estrées de défendre, outre l'honneur du pavillon français, un fils de Louis XIV qui avait été confié à ses talents, à sa prudence, en même temps au’à son courage. C’est une grande difficulté pour ceux à qui l’on donne de pareilles missions, d'assurer à la fois la gloire et la vie d’un prince; le comte de Toulouse fit bravement sn devoir ; il le fit avec un beau sang-froid. Plusieurs de ses pages tombent à ses pieds ; lui-même il est légèrement blessé, l’intendant de l’armée roule mort à côté de lui ; on va le jeter à la mer, mais le comte de Toulouse remet
D Fe
tranquillement la chose jusqu’après la bataille, de peur qu'on ne jette en même temps des papiers précieux et pour qu’on ait le loisir de visiter les vêtements de cet administrateur ; certes, c'était d’un général, d’un homme qui pcuvait devenir quelque chose.
« Cependant l'amiral d'Angleterre ne peut soutenir le feu de l'amiral de France, et par deux fois le Royal-Catherine est obligé de mettre des vaisseaux entre lui et le Foudroyant. Quoiqu’on ait à regretter le bailli de Lorraine sur le Vainqueur, l'amiral d'Angleterre ne fut pas plus heureux contre ce dernier vaisseau qu'il attaqua d’abord par lui-même, puisqu’il fit attaquer par un de ses matelots Le Vainqueur, dont le capitaine de Grandpré prit le commantdlement après la mort du bailli de Lorraine, reçut le Royal-Catherine et V'Aigle qui était aux ordres de lord Hamilton, de telle manière, qu'ayant déjà été radement malmené par le Foudroyant, ils ne furent plus tentés de revenir à la charge contre aucun vaisseau français... Le capitaine Champmêlin, avec le Sérieux, tenta l’abordage du Monk,capitaine Wills ; il s’y reprit à trois fois, il allait réussir; le vaisseau ennemi était presque enlevé :; tout à coup lefeu se déclari sur le Honk en trois endroits.Champmêlin se retira, mais comme {émoignage de la victoire qui allait lui être acquise, il envoya au comte de Toulouse une flamme aux couleurs de l’escadre d'Angleterre qu’il avait détachée d”: vaisseau tout à l’heure abordé. »
En parlant de Villette-Marsay,nous avons raconté ce qui s'était passé à l'avant-garde. « L’arrière-garde française avait affaire aux Hollandais, Langeron, avec le nouveau Soleil-Royalqu'il montait, força Kallemburg de passer de son vaisseau amiral l’Albermale sur un autre bord; l’Albermale avait été mis dans un tel état que peu aprèsil sombra. Neuf ou dix hommes, y compris l'amiral, échap-
de peur cieux et , de cet homme
utenir le l-Cathele Fou- Lorraine pas plus d'abord matelots le com reçut le de lord adement entés de ais... Le ibordage il allait : tout à .Champtoire qui use une Lil avait
é ce qui rançaise iouveau
après 1l , échap-
pèrent seuls au désastre, des sept à huit cents qui le montaient. Le Nimègue, autre vaisseau des Provinces-Unies, perdit son capituine.
« Les Anglais de leur côté, comptaient plusieurs morts de distinction, entre autres trois de leurs capitaines. De l’aveu de Showel, il n’y avait pas eu un seul vaisseau des alliés qui ne se füt vu contraint de changer un de ses mâts, et beaucoup avaient été obligés de les changer tous, de sorte que, ajoute le rapport du même amiral, il ne resta pas dans la flotte anglo-hollandaise trois màts d'avant de réserve. Le déclin du jour sépara les combattants, Il v avait dix heures qu’ils étaient aux prises, et encore le feu ne finit-il pas tout à fait : la nuit élait venue que l’arrièregarde tirait encore.
« L’amiral de france assembla alors ses ofliciers généraux à son bord pour délibérer sur le parti qu’on devait prendre. Relingue emplovait son reste de vie à presser par des messages le comte de Toulouse de recommencer le combat au point du jour, Îl avait comme une prévision de l’état dans lequel la flotte anglo-batave se trouvait. En effet, les vaisseaux de cette flotte étaient partis de Gibraltar n'ayant de boulets que pour vingt-cinq décharges et la plupart les avaient déjà faites. (L'amiral Kallemburg dit dans son rapport aux États généraux de Hollande « qu’il ne restait plus que dix coups pour chaque pièce avec quoi on n'aurait pu se battre qu'une heure », Si la bataille eût recommencée, il n'y avait pour les vaisseaux anglo-hollandais que deux partis possibles: se rendre ou se brüler. L’amiral Rooke avait même déjà donné ordre à vingt-cinq de ses: capitaines d'abandonner leurs vaisseaux après y avoir mis le feu. Le conseil réuni sur le vaisseau amiral de France ne sut pas les pousser à cette extrémité ; il manqua de résolution. La flotte fran-
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çaise se retira à Toulon n’emportant d’une si longue et meurtrière action qu'une victoire contestée par l’ennemi, Heureux cenx qui périrent comme le vaillant Relingue dans la journée de Velez-Malaga! Leur dernier regard fut éclairé du dernier ravon de gloire que jeta sous Louis XIV, et pour bien longtemps après lui, au moins comme grande flotte, la marine royale de France, »
Ces dernières paroles de Léon Guérin expliquent pourquoi nous nous sommes si longuement étendu sur la bataille de Velez-Malaga, reproduisant presque intégralement le récit émouvant de l'historien de la marine française. C'est que c'était de longtemps la dernière grande victoire ; il faudra attendre la guerre de l’indépendance américaine pour en trouver une de cette importance. I y aura dans les dernières années de Louis XIV cet même sous Louis XV de brillants combats, de glorieuses rencontres, mais plus de ces grandes batailles navales où la marine française tenait tête aux marines réunies de la Hollande et de l'Angleterre.
Dans cette journée, qui pouvait avoir un lendemain si décisif, le grand amiral de France avait dignement rempii sa mission ; il ne doit pas porter la responsabilité de la retraite, car il ne lui appartenait pas d’imposer son avis.
Pour achever de faire connaitre le comte de Toulouse, ce prince plein d’honneur, de vertu, de droiture et de bravoure, auquel Saint-Simon lui-même, si hostile aux légitimés, rend justice, nous devons dire que, gouverneur de Bretagne, il sut par sa bienveillance, par son équité, rétablir l’ordre dans cette province troublée sous la Régence ; nul plus que lui ne contribua à rattacher à la France les Bretons qui n'avaient pas encore perdu leurs velléités d'indépendance. Aussi fut-il universellement et justement regretté lorsqu'il mourut en 1737.
ngue et ennemi, zue dans rard fut uis XIV, egrande
it poury sur la intégrane fran- * grande endance nce. Il y t même ses ren- »s où la es de la
ndemain ent remité de la on avis.
oulouse, re et de tile aux verneur équité, sous la her à la du leurs bment et
L'Heureux Ducasse,
Dans le cours de sa brillante et glorieuse carrière, Ducasse commanda pendant plusieurs années le vaisseau lHeureur, sur lequel il fit plusieurs campagnes où tout lui réussissait; de là le surnom de l’Heureu.r Ducasse qui Jui fut donné.
Jean-Baptiste Ducasse était originaire de Béarn; son père était, d’après le médisant et dédaigneux Saint-Simon, un simple marchand de jimbon de Bayonne. Qu'importe, cela ne fait que rendre encore plus glorieuse la carrière du fils signalée par des services brillants. Sa naissance ne lui nuisit du reste pas, et il pa’ vintaux plus hautes dignités militaires. Contrairement à na préjugé très répandu, les simples roturiers pouvaient parfaitement arriver aux grades élevés sous Louis XIV et cela se produisait dans la marine plus que partout ailleurs.
A l’âge de quatorze ans, Ducasse débutait comme pilotin dans Ja marine de commerce. Avant vingt ans, il commandait un bâtiment marchand et passait au service de la compagnie du Sénégal. Un hardi coup de main, par lequel il enleva aux Hollandais le banc d’Arguin, importante position dont la compagnie avait besoin, appela l'attention sur le jeune capitaine qui fut appelé à prendre place parmi les directeurs. C’étaient d’heureux débuts
qui permettaient de présager une brillante carrière. Cette fois, les présages n'étaient pas menteurs.
Le directeur Ducasse revenait en France prendre possession de son nouveau poste, lorsqu'il rencontra une frégate hollandaise à laquelle il donna immédiatement la chasse. Après une courte mais vive canonnade, Ducasse sauta à l’abordage avec une trentaine de hardis marins; mais les grappins d’abordage se rompirent et les deux bâtiments se trouvèrent séparés. Celui de Ducasse crut son commandant tué ou prisonnier, et prit le large. Pendant ce temps-là Ducasse, avec sa poignée de marins, s'était emparé de la frégate hollandaise et rappelait son vaisseau, Ses signaux furent compris et les deux bâtiments naviguèrent de concert jusqu’au port de la Rochelle, où Ducasse entra triomphalement.
11 repartait bientôt pour un plus grand théâtre; sa compagnie l’envoyait dans la partie française de Saint-Domingue. Ni les flibustiers, ni les boucaniers, alors encore les maitres, n’aimaient les directeurs qui trop souvent ressemblaient peu à Bernard d’Ogeron et dont ils croyaient facilement avoir à se plaindre.Ducasse fut mal accueilli et peu s’en fallut qu’on ne le forçàt à se rembarquer pour la France. Mais il était déjà l’heureux Ducasse et il sut promptement retourner les esprits. Après quelques mois de séjour, son influence était universellement acceptée même des plus difficiles. Ce fut alors qu’il entra dans la marine militaire qui s’ouvrait largement aux vaillants corsaires comme aux habiles marins du commerce. En 1689, il était fait capitaine de vaisseau.
Deux ans après, malgré une tentative avortée contre Surinam qu’il n'avait pu surprendre, Ducasse devenait gouverneur de Saint-Domingue. Tout était à faire dans cette colonie, mais l'homme avait été bien choisi. Les for-
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tifications étaient en ruines ; les vaisseaux, les munitions manquaient ; les flibustiers, décimés par les expéditions, étaient trop peu nombreux, s'ils n'avaient pas perdu leur vaillance primitive ; les colons ne s’accordaient pas entre eux ; les Espagnols et les Anglais menaçaient la colonie ; les uns par terre, les autres par mer. Ducasse fit face à toutes les difficultés, Les Espagnols s’avançaient contre le Cap Français ; ils furent obligés à une retraite précipitée. Trois ans après sa prise de possession du gouvernement, Ducasse, qui avait tout remis en ordre, portant la guerre chez l’eunemi, alla attaquer les Anglais à la Jamaïque.
« On eut nouvelles, raconte Dangeau, que M. Ducasse, gouverneur de la partie française de Saint-Domingue, était parti avec trois vaisseaux du roi, quelques flibustiers et 1,500 habitants de son gouvernement; qu’avec cette petite armée, il avait fait quelques descentes en divers endroits de la Jamaïque, qui est tout entière aux Anglais, où il avait ruiné plusieurs sucreries, plusieurs habitations et les avait battus partout où ils avaient voulu faire résistance, Ducasse a été de retour à Saint-Domingue après cette expédition, le 17 septembre, et l’on compte que la perte qu'ont faite les Anglais en cette rencontre se monte à plus de douze millions, Il a ramené avec lui 1,800 nègres et beaucoup de riches effets ; ainsi nous avons fait aux Anglais le mal qu’ils comptaient faire à la colonie de Saint-Domingue. »
Les Anglais voulurent se venger. De concert avec les Espagnols, ils envoyèrent contre le Cap Français une escadre portant quatre mille hommes de débarquement, Malheureusement Ducasse était absent et le commandement en chef revenait à un officier incapable qui ne sut pas défendre la ville. Toutefois, quatre officiers prirent la direction des troupes et battirent en retraite devant des
forces sup‘rieures sans se laisser entamer ; de ces quatre officiers, trois tombèrent mortellement frappés. Du reste, Ducasse revint bientôt et il forca les anglo-espagnols,
cependant plus nombreux, à se rembarquer précipitamment après avoir perdu beaucoup de monde ; les Anglais
n’osèrent plus attaquer tant que Ducasse en fut le gouverneur,
En 1697, ur officier de renom, Pointis, arrivait à Saint- Domingue pour faire une expédition contre Carthagène des Indes, l’une des plus riches et des plus fortes villes espagnoles de l’Amérique (1). Il avait sept vaisseaux, trois frégales, une galiote à bombes et sept petits bâtiments, portant deux mille cinq cents matelots, dix-sept cent cinquante soldats, cinquante gardes de marine et cent dix officiers. Cétait insuffisant pour une entreprise aussi importante ; il fallait à Pointis le concours des flibustiers. Or, il avait commencé par s’aliéner ces hommes irritables, et il n’en
(1) Ne pouvant consacrer une notice à Pointis, nous devons au moins résumer brièvement sa carrière, Jean-Bernard Desjeans, baron de Pointis. avait d'abord servi comme officier des bombardiers ; il s'était fait remarquer sur les galiotes à bombes à Tripoli, * à Alger, à Gènes, Pendant l’expédition d’Irlande, il fat chargé d’un important service pour l'approvisionnement de l'artillerie, Capitaine de vaisseau, Poiutis se distingua à Bevegiers, puis à Alicante sous l'amiral d'Estrées : 1 était à Saint-Malo lors de la tentative de home bardement des Anglais, C’est alors qu'il fut chargé de l’expédition de Carthagène, A son retour, il échappa par sa bravoure et son habileté aux flottes anglaises qui l’attendaient, Cela lui valut le grade de chef d'escadre, Après avoir commandé à Dunkerque, Pointis prit une part honorable àla bataille de Velez-Malaga. Chargé ensuite du commandement de l'escadre chargée d’assiéger par mer Gibraltar, il se vit attaqué par une flotte anglaise plus que double, Ce fut son dernier combat,
D'un caractère difficile, Pointis n'en était pas moins un vaillant officier et un marin d'une réelle valeur,
ces quatre . Du reste, -espagnols, récipitamles Anglais ut le gou-
ait à Sainthagène des villes espax, trois fréments, porit cinquante lix officiers.
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aurait rien obtenu sans Ducasse qui les décida à le suivre, en se mettant lui-même comme volontaire sous les ordres de Pointis ; il lui donnait ainsi un secours de sept frégates portant quinze cents flibustiers et deux compagnies de nègres.
L'expédition arrivait le 1» avril 1697, à l'entrée de Ja Bocca-Chica, goulot étroit qui donnait accès dans le port de Carthagène et qui était défendu par un fort. Il fallait d’abord enlever ce fort. Ducasse fut blessé dans l’attaque, mais le gouverneur capitula au moment où les grenadiers se préparaient à donner l'assaut. Les vaisseaux français purent pénétrer dans le port et commencèrent le bombardement de la ville, pendant que les troupes de débarquement l'attaquaient par terre. La ville se défendait bien; il fallut faire un siège en règle. Le 2 mai, la brèche était praticable ; on donna l'assaut. Ducasse et Pointis, tous les deux blessés, prirent part à l’attaque ; le premier tenait la tête avec trente volontaires. Les Espagnols ne purent tenir contre l’impétuosité française ; le pavillon français fut planté sur le rempart, mais Ducasse avait reçu trois nouvelles blessures. Le lendemain, la ville haute, encore intacte, était forcée de capituler. Les richesses du roi d’Espagne, les marchandises du commerce tombaient entre les mains des Français. Ducasse avait, plus que Pointis lui-même, contribué à ce glorieux succès.
En 1701, Ducasse fut nommé chef d’escadre et quitta le gouvernement de Saint-Domingue, il avait porté cette colonie à un haut degré de prospérité. Achevant l’œuvre commencée par d'Ogeron, il avait transformé les flibustiers et les boucaniers en colons et fait de ce pays la plus belle des colonies frençaises. On disait au dix-huitième siècle nosseigneurs de Saint-Domingue. Cette prospérité devait durer jusqu'à la Révolution qui fit perdre à la France la « perle
des Antilles ». Un idéologue, qui devait devenir le philosophe de la Terreur, Robespierre, avait dit à la Constituante : « Périssent nos colonies plutôt qu'un principe », Son vœu a été réalisé pour Saint-Domingue.
Le chef d’escadre Ducasse est envoyé en Amérique en 1702 ; il est chargé de porter des garnisons espagnoles à Carthagène, Porto-Bello, la Vera-Cruz et la Havane ei de protéger ces colonies ; il a sous ses ordres six vaisseaux de guerre et huit transports ; il monte l’Heureux, de 68 canons. Îl arrive sans encombre à Saint-Domingue, où il se sépare du convoi et d’une partie de son escadre. (est avec seulement quatre vaisseaux, un brülot et un Eiteau de charge qu'il se dirige sur Garthagène. « Arrivé à douze lieues à l’est de Sainte-Marthe, dit Dussieux. Ducasse aperçut, le 29 août au point du jour, l’escadre du contreamiral anglais Benbow, forte de, quatre vaisseaux de 60 à 72 canons et de trois frégates de 50 à 5% canons. } ‘rniral anglais avait pour mission de s'emparer ie Carthagène, etil n’était que temps que Ducasse arrivat, Sans tenir compte de l’infériorité de :6: forces, il engagea la lutte et, pendant cine jours (a 30 ant au 4 septembre), tout en continuant sa route sur “aiute-Marthe, autant que le permettait un calme persistant et favorable à l’ennemi, il se battit contre Benbow. Il lui tua la moitié de ses équipages, maltraita et désempara ses vaisseaux, et le força de se retirer et d’aller se réparer à la Jamaïque. La route redevenue libre, Ducasse entra le 8 septembre à Carthagène, Benbow avait été blessé trois fois ; il avait eu une jambe emportée et mourut peu de temps après. [Il avait toujours évité labordage, craignant la hache de nos matelots. « L’amiral € anglais, dit Ducasse, a toujours témoigné autant d'at- « tention de m’éviter que j'en avais de le joindre. Il nous « a fait la guerre en chicaneur et en renard ».
e philo- Constincipe ».
rique en ignoles à ane et de seaux de cr, de 68 rue, OÙ il ire. C’est in bateau é à douze Ducasse Li contre- À de 60 à } ‘amiral rthugène, sans tenir à lutte et, ), tout en 1e le peremi, il se quipages, e se reliredevenue . Benbow emportée évité la- L'amiral ant d'ate, Il nous
Il fallait maintenant revenir en Europe; le voyage était d’autant plus difficile que Ducasse ramenait un riche couvoi et rapportait d’importantes sommes d'argent. Le viceamiral Graydon, qui avait remplacé Benbow, l'attendait ; mais, tenu en échec par les habiles dispositions de son rival, il n’osa même pas l’attaquer.
A la bataille de Velez-Malaga, Ducasse était le matelot du lieutenant-général de Villette-Mursai, commandant &e l'avant-garde. L'amiral anglais Showel, sur le Barfleur, au lieu de s'attaquer au Fier que commandait l'amiral français, attaque l’Intrépide que montait Ducasse. « Une grande blessure, plusieurs moindres viennent atteindre celui-ci, mais, tout couvert de sang, tout noir de poudre et de fumée, il n’a pas cessé un instant de donner des ordres et de diriger le combat. Ce n’est point à Showel, c’est à Ducasse que restera l'honneur de ce duel. L’Intrépide force à la retraite le Barfleur, dont le nom rappelait insolemment le désastre qui avait suivi la bataille de la Hogue. » On peut croire que le hardi Ducasse fut des officiers généraux qui, avec Relingue, poussaient le comte de Toulouse à reprendre le lendemain la lutte et à achever la destruction de la flotte anglo-hollandaise.
Nommé lieutenant-général en 1707, Ducasse eut encore à faire des voyages en Amérique, il s'agissait de ramener les riches galions que l'Espagne faisait venir de ses possessions américaines, L’amiral français avait cinq vaisseaux et sept frégates pour escorter les galions. Il passa heureusement, malgré les flottes ennemies, évitant cell:s qui étaient plus fortes que la sienne, battant les autres, et arriva au ‘Passage le 27 août 1708, apportant 60 millions, soit 300 millions aujourd’hui. En 1711, nouvelle expédition, non moins heureuse avec 500 millions, « Un vaisseau arrivé le 21 octobre à la Rochelle, dit Dangeau, a laissé
mit, 13
M. Ducasse à plus de 500 lieues en deçà de Saint-Domingue ; il a chargé sur ses vaisseaux tout l'argent qui était sur les galions qui monte à plus de 100 millions (d'alors), et on le croit bien près des côtes d'Espagne présentement. fl n’ést point venu par le canal de Bahama où quelques vaisseaux anglais l’attendaient, croyant qu'it déboucherait par là; il a pris sa route par les Caïques, qui es’ un passage peu connu et dangereux; maisil ne lui est arrivé aucun accident. » Et cependant, Ducasse, outre les vaisseaux ennemis, avait dû compter avec la tempête. Malgré tous les obstacles, heureux et habile marin arriva avec deux vaisseaux à 11 Corogne ; le troisième, que conmandait le chevalier de Tourouvre, l'avait précédé à Poute Vedra. Ce nouveau service valut au fils du marchand de jambon le cordon rouge 2 la part de Louis XIV et la foison d’or de Philippe V. Lorsqu'il arriva à Versailles, le roi lui donna une longue audience que n’a pas manqué d'enregistrer Dangeau, ajoutant « qu'il avait été reçu comme le mérilaient ses services. »
Philippe V demandait un nouveau service au vieux marin ; il désirait Ini voir prendre le commandement de la flotte qui bloquait Barcelone. Déjà malade, Ducasse essa ya cependant ; il fut obligé de prendre un congé. «M. Ducasse a obtenu son congé, dit encore Dangean ; il était parti d'ici fort incommoidé, et le roi (Louis XIV) lui-même lui conseillait de ne point partir ; mais le zèle l'emporta sur toutes les ‘raisons de sa santé, qui s’est encore affaiblie pendant le voyage. »
ucasse mourut bientôt, « C'était un homme de beaucoup de mérite », conclut Dangeau. L’historien de la marine françtise, Léon Guérin, le juge ainsi : « Monté sur le vaisseau l’Heureur, d'où vint n.ême le jeu de mots « l'Heureux Ducasse », il ne perdit pas, soit en allant, soit en
Domingur ; tait sur les ovs), et on ntement. Îl ù quelques “boucherait es un pasai est arrivé re les vaispête. Malgré arriva avec je CONIMaNnédé à Poute narchand le ais XIV et la à Versailles, pas manqué ait été reçu
ce au vieux dement de la ncasse essa ya «M. Ducasse il était parti lui-méme lui ’emporta sur core affuiblie
me &e beaujen de la ma- Monté sur le mots «l'Heu- Ilant, soit en
revenant, un seul des galions qu’il fut à plusieurs reprises “chargé de conduire. Lui qui avait enlevé tant de bâtiments aux ennemis, il s’entendait mieux qu'aucun autre marin d'alors à bien garder ceux que l’on abritait sous ses ailes protectrices. Toutes les fois que des escadres de guerre beaucoup plus fortes que la sienne le poursuivaient, il les évitait, déjouait leurs plans; toutes les fois qu’il en rencontrait avec lesquelles il püt se mesurer sans trop de chances mauvaises, il les attaquait et les battait. Quoique le nom de Ducasse ne retentisse pas dans l’histoire en général autant que celui de plusieurs autres marins célèbres, il n’en est pas moins vrai que ce fut un des plus grands hommes de mer que la France ait jamais eus et que ses actions sont là pour attester qu'aucun ne rendit de plus nombreux et utiles services. »
Jacques Cassard.
Quel contraste entre l’heureux Ducasse et Cassard, le « bonhomme Jacques ». Tous les deux, d’obscure origine, tous les deux marins de premier ordre, signalés par les plus brillants services, ils ont des fins absolument diftérentes. L’heureux Ducasse meurt officier général, dans les plas hautes dignités militaires, dans une grande situation de fortune, honoré des regrets du roi Louis XEV; Cassard,
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au contraire, le « bonhomme Jacques », après de brillants débuts, voit sa carrière brusquement arrêtée; pauvre, méconnu, il demande vainement justice ; aigri, mécontent, il se plaint un peu haut et meurt dans la prison de Ham. On a souvent prétendu expliquer la disgräce de Cassard par son origine roturière; mais Ducasse, Jean-Bart, Duguay-Trouin, Forand, Pannetier, Gabarret, n’étaient pas plus gentilshommes que le fils du capitaine marchand de Nantes et cela ne leur a pas nui. Cassard, lui-même, était d’assez bonne heure capitaine de vaisseau et chevalier de Saint-Louis ; il faut donc chercher ailleurs l'explication de ses malheurs, et un examen sérieux des faits amène à reconnaitre que, par son caractère difficile, Cassard a été en partie l’artisan de ses propres disgràces. Cela ne l’empêche pas d’être, comme le disait un juge compétent, Duguay-Trouin, un des vaillants hommes de mer de la France à la fin du règne de Louis XIV.
Jacques Cassard naquit à Nantes en 4672 ; son père était capitaine de la marine marchande ; lui-même débuta comme mousse sous les ordres de son père à l’âge de quinze ans, [l passa bientôt sur les bâtiments corsaires et fit partie de plusieurs expéditions. En 1657, à l’attaque de Carthagène par Pointis et Ducasse, il servait sur une galiote à bombes ; ils’y comporta de telle sorte que Pointis le signala avec éloge dans son rapport au ministre.
Lorsque Cassard revint en France, sa réputation de courage et d’habileté était faite, si bien que des armateurs nantais lui confièrent le commandement d’un corsaire avec lequel il fit do nombreuses prises. Louis XIV aurait alors voulu se faire présenter le vaillant marin et lui aurait dit: «M. Cassard, vous faites beaucoup parler de vous ; j'ai besoin dans ma marine d'un officier de votre mérite ; je vous aisnommé lieutenant de frégate et j'ai ordonn
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qu’on vous donnàt une gratification de deux mille livres.»
L’anecdote est-elle authentique? Nous ne la garantissons pas, mais elle prouve au moins qu’on ne croyait pas que Cassard ait été, dès ses débuts, une victime de l’ingratitude royale et que le manque de naissance n’empêchait pas le grand roi de distinguer les hommes de valeur.
En 1708, Cassard, sorti de Saint-Malo, croisait avec une frégate et deux corvettes à l’entrée de la Manche, au sud-ouest des iles Sorlingues ; il apprend le passage d’un convoi anglais de trente-cinq voiles, sous la protection d’un vaisseau de cinquante canons, et d’une frégate de trentesix. Son bâtiment n’a que dix-huit canons, les deux autres encore moins ; il n’hésite pas à attaquer le vaisseau anglais qu'il met en fuite après une lutte acharnée. Cassard s’empare de cinq bâtiments du convoi qu’il amène à Saint Malo. Dans une nouvelle sortie, il capture huit bâtiments.
Marseille souffrait de la disette ; les négociants de la ville avaient fait des achats de blé considérables dans les pays barbaresques ; mais comment faire venir à Marseille les vingt-six bâtiments qui devaient apporter ces blés ; les escadres anglo-hollandaises battaient la Méditerranée? Les négociants marseillais font appel à l’intrépidité et à l’habileté de Cassard. Les fonds manquent pour armer les deux vaisseaux de la marine rovale, lEclatant et le Sérieu.ret la corvettela Diligente mix à la disposition du commerce marseillais. Cassard fait les avances nécessaires, arme rapidement les trois bâtiments et va chercher les navires chargés de blé. Vingt-cinq bâtiments marchands prêts à partir pour les Échelles du Levant; lui demandent de les escorter ; il y consent, les conduit jusqu’au cap Nègre et leur laisse ensuite le Sérieux pour les accompagner jusqu’à Malte. Avec l’Eclatant, il ramènera le convoi de blé. Cassard revenait done à Marseille avec les bâtiments si
impatiemment attendus, lo:sque sur la côte de Tunisie, près de Bizerte, il tombe au milieu d’une escadre de guerre anglaise forte de quinze voiles, dont trois vaisseaux de cinquante à soixante-dix canons. Pris entre la terre et les navires ennemis, il pourrait cependant peut-être se dérober, mais il lui faudrait abandonner son précieux convoi ; il préfère accepter une lutte des plus inégales dont la Gazette de France de l’époque nous a laissé un intéressant récit :
« Trois vaisseaux anglais tentèrent plusieurs fois d’aborder le sieur Cassard, mais il les repoussa l'un ap ès l’autre, et on continua à se canonner jusqu à minuit, auquel temps il en démâta un. Celui-là fut remplacé un quart d'heure après par un autre de soixante-dix canons, qui s'approcha et se rangea vergue à vergue à dessein de l’aborder ; mais il l’évita en faisant un si grand feu de ganon et de mousquetcrie qu’il le mit en désordre et le réduisit à se contenter de le canonner avec les deux autres. À deux heures du matin, un de ces vraisseaux fut démàté, et peu de temps après, les deux autres, fort maltraités, cessèrent leur poursuite. Le sieur Cassard, qui avait toujours combattu en retraite pour éviter l’escadre entière, ct qui avait eu cinquante hommes tués ou blessés, se servit de cette occasion pour rétablir les manœuvres de son vaisseau.
« Sur les cinq à six heures du matin, deux vaisseaux frais, suivis de toute l'escadre, vinrent l’attaquer. Le premier, qui était de la force de l'Eclatant, se mit vergue à vergue et le canonna d’une grande furie ; mais, il fut reçu de manière qu’au bout d’une heure son feu diminua, et à huit heures il plia, quoique secondé par l’autre vaisseau qui tirait à l’arrière plusieurs volées de canon avec peu de dommages. Eufin, après un combat de douze heures, l’escadre cessa sa poursuite et à deux heures après-midi on la perdit de vue. -
Tunisie, e guerre de cint les nalérober, sil pré- Gazette it récit :
; d'abors l’autre, el temps d'heure s'approborder ; )n et de isit à se À deux et peu de ‘ent leur ombattu avait eu te occa-
a'sseaux Le pre- ‘ergue à fut reçu ua, et à vaisseau vec peu heures, rès-midi
« Les ennemiseurent denx vaisseaux démâtés, plnsieurs fort maltraités, et les Tures et les Maures, qui bordaient la côte et furent spectateurs du combat, virent un vaisseau couler bas et que léanipage fut sauvé par les autres. [ls témoignèrent l …. de cette victoire au consul de Tunis et à tous les Français à Porto-Farina quand Île sieur Cassard y arriva deux jours auprès. Le Sérieux le vint rejoindre avec quelques bâtiments marchands et une prise anglaise de seize canons, chargée de blé.
« Le 26 mai, ils firent voile avec vingt-cinq bâtiments maichands chargés d’une grande quantité de blé et de marchandises du Levant. Le 1°" juin, le sieur Cassard prit trois brigantins mayorquins chargés d’huiles. La nuit suivante, un coup de vent sépara dix bâtiments qui sont arrivés à Toulon, et le sieue Cassard, avec le Sérieux et le reste de la flotte, alla mouiller en Sardaigne à la rade des lies Saint-Picrre, Il aperçut trois batiments qu'il tit attu= quer le lendemain par sa chaloupe et son canot, avec ceux du Sérieur, et nonobstant le feu du canon de la forteresse sous laquelle ils étaient mouillés, il en cnleva un qui était catalan, les deux autres élaient gênois, sans autre perte que celle d’un homme tué et de quatre blessés. Le cinq, 1l arriva à Marseille avec la flotte qu’il escortait. »
Qui aurait pu s’imaginer que celte expédition, si glorieuse pour Cassard, si utile à Marseille, scrait l'erigine des malheurs du brave marin. Cassard réclama aux armateurs marseillais le remboursement des avances qu’il avait faites pour larmement des bâtiments; la somme était élevée ; il s'agissait de trois millions. Les Marseillais se refusèrent à un remboursement qu ils trouvaient trop onéreux. De là, un procès que Cassard perdit à Marseille d'abord, puis au parlement d’Aix, quoique ses droits fus-
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sent certains, et à la poursuite duquel il s’acharna pour son malheur, comme nous le verrons plus tard.
L'année suivante, 1710, nouvelle campagne de Cassard dans la Méditerranée ; il arme à Toulon quatre vaisseaux avec lesquels il doit aller dégager une flotte de quatre-vingt quatre bâtiments venant de Smyrne chargés de blé et bloqués par six vaisseaux anglais dans un port de Toulon. Avec ses quatre vaisseaux, il attaque les six vaisseaux anglais, en enlève deux, met les autres en fuite et rentre triomphalement à Toulon ramenant la flotte marchande et ses prises. Le roi le fait capitaine de frégate. En 1711, Cassard, avec quatre vaisseaux, escorte à Constantinople et ramène à Toulon une flotte de cinquante bâtiments de commerce expédiés pour aller chercher du blé.
Avec une escadre de six vaisseaux et deux frégates, Cassard est envoyé en Amérique pour attaquer les colonies hollandaises et portugaises. Au mois de mai, il se trouve devant les îles du Cap-Vert ; la plus importante est Santiago qui compte douze mille hommes en état de porter les armes et qui a vn port bien défendu. Cassard ne peut débarquer qu’un millier d'hommes; cela lui suffit. Les Portugais se rendent et acceptent des conditions qu’ils n’exécutent pas. Le capitaine français les punit de leur manque de foi en pillant la ville et en s’emparant de deux vaisseaux qui étaient dans la rade.
Arrivé en Amérique, après S’être refait à la Martinique, il saccage les îles de Montserrat et d’Antigoa et viert en octobre 1712 attaquer Surinam, la capitale de la Guyane hollandaise. L'entreprise était hasardeuse ; l’entrée de la rivière de Surinam était défendue par des forts armés de cent trente pièces de canon. Sans s’effrayer, Cassard qui, comme Ducasse, était ingénieur ei général en même temps que marin, forme un corps de débarquement et
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SUPPLÉMENT : DE LOUIS XIV A NOS JOURS. sl
amène une parlie de son artillerie jusque sous les murs de la ville, pendant que ses vaisseaux forcent l'entrée de la" rivière ; après plusieurs jours de combat, les Hollandais capitulent.
a M. de Pontchartrain, dit Dangeau dans son Journal, & février 1713, porta au roi chez Madame de Maintenon, la nouvelle que Cassard, fameux armateur, qui a été fait capitaine de vaisseau au dernier rernplacement, avait fai une descente dans l’Amérique méridionale et qu'il avait rançonné la ville de Surinam, où il y a une colonie hollandaise, qu’il en avait tiré 700,000 livres (3,500,000) en argent et plus de 100,000 écus (1,500,000) en marchandises. Cassard, qui a fait lui-même la relation de cette affaire, mande qu’il va encore attaquer deux autres colonies hollandaises qui sont sur cette côte-là.» Et de fait, il mit à rançon les villes de Berbice et d’Asbeke.
Mais, le plus glorieux peut-être des exploits de Cassard dans le Nouveau-Monde fut l’attaque de Curaçao. « Un conseil assemblé à bord du vaisseau commandant fut
‘d’avis que Cassard compromettait son escadre en risquant
une entreprise considérée par beaucoup comme téméraire. La ville de Curaçao, sans compter sa population, renfermait une garnison supérieure en nombre aux troupes que le capitaine français avait sous ses ordres, et toutes les fortifications étaient garnies d’une imposante artillerie. Cassard, prenant sur lui toute la responsabilité, démontra que le succès était non seulement possible, mais assuré; il fit passer dans tous les cœurs la confiance et l’ardeur qui l’animaient ; l'attaque fut décidée.
« Le 18 février 1713, une descente fut opérée dans la baie de Sainte-Croix, à cinq lieues de la ville de Curaçao. La précaution que Cassard prit de tenir ses vaisseaux en travers jeta de l'inquiétude parmi les Hollandais et les
amena à diviser leurs forces. Mais un accident imprévu fut sur le point de déconcerter les plans du commandant français. Le Æubis, capitaine de Sabran, fut emporté par les courants, avec deux autres vaisseaux chargés de troupes, de mortie”s et de boulets. Cassard n'avait plus à sa disposition que onze cents hommes ; le cœur ne lui faillit point en cette grave circonstance. Son courage et son habileté suppléèrent au nombre ; à la tête de six cents soldats, il marche contre un détachement de 80) Hollandais,retranchés sur le sommet d’une montagne qu’il fallait franchir avaut d'atteindre la viile de Curaçao. Ses troupes, animées par son exemple, gravissent la montagne avec un tel élan que, dès le premier choc, les ennemis sont forcés de se retirer dans leurs retranchements, où on les poursuit sans leur laisser le temps de respirer. Partout, Cassard est le premier ; il est blessé au pied, on l’emporte, mais il ne cesse point de donner ses ordres et de s’occuper des opérations. La confusion se met un moment, après cel accident, parmi les troupes françaises, mais l'Epinai les rallie et les ramène à l'attaque. La résistance des Hollandais est opiniàtre ; mais, à la fin, forcés dans leurs retranchements, 1ls abandonnent leurs armes, leurs bagages et jusqu’à leurs drapeaux.
« Cassard laisse à l’'Epinai le soin de conserver le poste dont on vient de se rendre maire ; le Rubis et les deux autres vaisseaux qui avaient été cnirainés par les courants ayant rejoint l’escadre, il ordonne à Bvaudeville, commandant de l’artillerie, de se porter en avant et d'aller prendre position avec les canons et les mortiers des vaisseaux, pour battre incessamment le fort et la ville de Curaçao. Beaudeville furmc aussitôt un détachement de onze cents hommes, dont trois cents flibustiers, entre dans un défilé défendu par douze cents Hollandais et treize
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SUPr'LÉMENT : DE LOUIS XIV A NOS JOURS. 283
pièces de canuns, fait mettre à ses gens la baïonnette au bout du fusil, s'élonce à l'ennemi, renverse tout ce qui s'oppose à sa course; les Hollandais se replient vers la ville et abandonnent au vainqueur deux batt ries qui fermaient le chemin de Guraçao. Les Français n’interrompent pas un instant leur marche victorieuse ; le 26 février, ils arrivent devant la place. Beaudeville ouvre incontinent la tranchée devant la ville, fait mettre six mortiers en batterie ct commence le bombardement. Cassard envoie l’ordre au commandant de l'artillerie de menacer le gouverneur hollandais, de mettre le feu à la ville de Curaçao, s’il ne la rend au plus vite. Celui-ci n’obéit point aux premières sommations ; mais bientôt, désespérant de pouvoir se défendre plus longtemps, il capitule ct rachète la place moyennant une somme de 600,000 livres. Cassard, après cette expédition qui termina sa campagne d’Amérique, alla se rétablir de sa blessure et réparer ses vaisseaux à la Martinique où, dans ses diflérents voyages, il avait porté, en moins d’une année, une valeur d'environ 9 à 10,000,000 de livres, enlevée aux ennemis de la France. » Jusqu’alors les services de Cassard avaient été justement appréciés. Ses campagnes d'Amérique lui avaient valu, outre le grade de capitaine de vaisseau, la croix de Saint- Louis; mais les épreuves, les disgraces allaient commencer, un peu par sa faute. « Cassurd, dit Dussieux, se disposait à reprendre la mer pour rentrer en France, lorsqu’arriva une escadre, dont le commandant lui transmit l’ordre qu’il avait reçu du ministre, de réunir les vaisseaux de Cassard à ceux qu’il commandait, Cassard n'avait qu’à obéir, et l'on mit à la voile à la fin de mars 1713. Louis XIV négociait alors la paix d'Utrecht; les hostilités étaient susperdues de fait, et le commandant en chef des deux escadres avait l’ordre d'éviter tout combat avec les Anglais. Quel-
ques jours après le départ de la Martinique, on rencontra une flotte anglaise. Cassard voulut l’attaquer; le commandant s’y opposa. Cassard ne tint pas compte de la défense, et accusant son chef de poltronnerie, il rassemble les officiers de son escadre et leur dit : « Partout où je trouve les « ennemis de mon maître, mon devoir est plus fort que « des ordres dictés par la lâcheté », et il attaqua les Anglais, les battit, les dispersa et leur prit deux vaisseaux qu’il ramena à Toulon.
« À son retour, Cassard apprit que le roi l’avait nommé capitaine de vaisseau et chevalier de Saint-Louis. Mais, quand le ministre sut qu’il avait désobéi à son chef et attaqué les Anglais, il blâma Cassard, qui voulut alors demander raison à ce chef qu’il traitait de dénonciateur ; et il paraît qu’on eut quelque peine à lui faire admettre que le commandant de l’escadre n'avait fait que son devoir en informant le ministre de tout ce qui s'était passé. »
Il nous semble que dans ce récit d’un écrivain très favo-
rable à Gassard, on peut reconnaître les défauts de celui-ci ,
et comprendre comment ils ont pu contribuer à lui faire terminer dans la disgrâce une carrière si brillamment commencée. Il est évident, que Cassard devait obéir aux ordres du roi et ne pas attaquer les Anglais. La France avait alors tout intérêt à détacher ceux-ci de la coalition formée contre elle, et mieux valait renoncer à un succès maritime, même important, que de risquer de faire échouer les négociations entamées avec l’Angleterre. Et Cassari, après avoir accusé de làcheté, son supérieur, parce qu'il obéissait aux ordres reçus, voulait encore le provoquer en duel. Ce sont là des violences qui doivent tourner contre leur auteur.
La conclusion de la paix avait laissé Cassard sans commandement à la mer ; il reprit son procès contre la ville
de cara( mini Dug cier tout fier 4 justi cont l’éco du « accu emp justi le fi soix:
Ce seill deva doit don!
des cn r'esl part
n rencontra
e commanla défense, ble les offi- > trouve les us fort que les Anglais, seaux qu’il
ait nommé puis. Mais, on chef et oulut alors onciateur ; e admettre son devoir Jassé. »
1très favo-
de celui-ci ,
à lui faire rillamment obéir aux La France à coalition un succès re échouer t Cassari, parce qu'il vôquer en ner contre
sans comre la ville
SUPPLÉMENT : DE LOUIS XIV A NOS JOURS. 28b
de Marseille; inactif, il y apporta toute l’âpreté de son caractère. On iui offrit des pensions, des gratifications ; le
- ministre, auprès duquel l’appuyait chaleureusement
Duguay-Trouin, lui proposa de s’entremettre pour négocier entre lui et la ville une transaction ; Cassard refusa tout ; il voulait ses trois millions, n’entendant rien sacri-fier de son droit ; il exigeait que le sinistre lui fit rendre justice par ce même parlement d’Aix, qui s’était prononcé contre lui; il éclatait en plaintes violentes. On finit par l’éconduire durement. Lorsque le pouvoir passa aux mains du cardinal de Fleury, Cassard, espérant un meilleur accueil, reparut à la cour ; le cardinal le reçut froidement ; emporté par son caractère, aigri par la souffrance et l’injustice, Cassard se plaignit très haut ; une lettre de cachet le fit enfermer au château de Ham où il mourut à l’âge de soixante-huit ans.
Certes, c'était uue grande injustice, et la ville de Marseille est coupable d’avoir refusé de rembourser ce qu’elle devait à celui qui l’avait préservée de la famine, mais on doit reconnaitre aussi que Cassard n'est pas sans s'être donné quelques torts, et que, s’il n'est pas mort au faite des honneurs militaires comme Duguay-Trouin et Ducasse, ce n’est nullement à cause de sa naissance obscure. Il n’en reste pas moins un des plus vaillants marins de la dernière partie du règne de Louis XIV,
Langeron,
Le nom de Langeron comme celui de Coëtlogon se trouve trop souvent inscit glorieusement dans les annales maritimes de la France, pour que nous puissions le passer sous silence. L’un des plus illustres parmi les Langeron fut certainement le comte Joseph Andrault de Langeron, lieutenant général des armées navales, dont le nom est lié à la défense de Toulon en 1707.
Capitaine de vaisseau, Langeron assiste en 1673 aux batailles des Bancs de Flandre et du Texel. Dans cette dernière bataille, «le capitaine de Langeron s'étant trouvé, avec l’Apollon de cinquante canons, au vent de l'amiral Bankaert, entreprit d’aborder successivement plusieurs vaisseaux ennemis ; il soutint avec une fermeté prodigieuse un feu de trois heures entre trois bâtiments hollandais, comme s’il eût été à l'ancre, tirant des deux bords, et sortit de cette position, non seulement sans avoir élé mis hors de combat, mais après avoir désempuré ses adversaires, »
Langeron fait ensuite dans la flotte de Duquesne la campagne de Sicile; il est aux batailles de Messine, des iles Lipari, d’Azxosta et de Palerme, En 1689, il devient chef d’escadre, et c'est avec ce grade qu'il prend une part glorieuse aux batailles de Bévéziers et de la Hogue.
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Lorsque les Anglais, en 1694, attaquent Brest, le chef d’escadre de Langeron se distingue dans la défense, sous les ordres de Vauban, « Le roi, dit Dangeau, à la date du 25 octobre 16%, reçut à son réveil la nouvelle de la défaite de mille deux cents Anglais qui avaient fait une descente à Camaret, voulant se rendre maitres de ce poste pour pouvoir ensuite bombarder Brest. L'action se passa vendredi 18, 1ls commencèrent à canonner à onze heures du matin et flrent la descente à une heure, et commençèrent à se retrancher ; ils avaient plusieurs officiers à leur tête. Nous avons fait d’abord un très: grand feu des tours et des retranchements qui étaient garnis des mnilices du pays et de huit compagnies franches de la marine sous les ordres de M. de Langeron, chef d'escadre ; le feu dura longtemps, après quoi Benoise, capitaine d’une compagnie franche de la marine, voyant les ennemis dans une espèce de confusion, a marché à eux l'épée à la main, suivi de cinquaute soldats de sa compagnie et soutenu par un autre détachement de pareil nombre; il les a renversés et poussés jusque dans la mer. On en a tué quatre ou cinq cents et fait autant de prisonniers. Talmash, général de l’infanterie anglaise, qui commandait ce détachement, y a été tué; c'était l'officier de la plus grande réputation parmi eux ».
Lieutenant général des armées navales en 1692, Langeron obtient en 170% là licutenance du roi en Basse-Bretagne et en 1703 la croix de Saint-Louis. En 1704, à la bataille de Velez-Maïaga, il commande l'arrière garde, et monté sur le Soleil Royal il coule l’Albermale, vaisseau de l'amiral hollandais Kallenburgh ; de tout l'équipage il n'échappa qu’une dizaine d'hommes avec l’amiral qui s’était transporté sur un autre vaisseau,
Mais le principal exploit du lieutenant général comte de
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Langeron, celui auquel son nom est attaché, c'est, comme nous l’avons dit, la défense de Toulon en 1707.
« Victor, duc de Savoie, et son parent, le prince Eugène, avaient formé le projet d’envahir la Provence par terre, pendant qu’une flotte anglo-batave seconderait par mer leurs opérations de conquête. L’Angleterre avait insisté pour que l’importante ville maritime de Toulon füt le principal objet de l'attaque, et elle s'était engagée à ne rien négliger pour anéantir ce grand arsenal méditerranéen. Cloudesty Showel eut le commandement de la flotte des alliés. Après avoir inutilement sommé Lamothe- Guérin, commandant des iles Marguerites, de faire taire son canon qui grondait sur les vaisseaux anglais et jusque sur les troupes impériales qui suivaient la côte, il parut au mois d’août devant Toulon avec quarante-six vaisseaux de ligne et vingt-neuf galiotes et brûlots. Les troupes impériales et celles du duc de Savoie étaient aussi arrivées devant l’importante cité maritime, mais pas assez tôt toutefois pour que les Français n’eussent pas eu le temps de les prévenir. Les alliés s'étaient flaités de trouver Toulon sans défense du côté de la terre; mais grande fut leur
. surprise de voir comment quelques jours avaient suffi
pour élever des fortitications redoutables de ce côté, négligé naguère comme n'étant menacé d'aucune attaque. La marine royale de France occupait presque tous les postes de la place et ses abords. Dans tous les forts, à toutes les batteries, et jusque dans un camp retranché que l’ou venait de faire, c’étaient des officiers de mer qui conduisaient presque toutes les opérations de la défense. Les chefs d’escadre d’Alyre, d’Ailly et de Villars, frère du célèbre maréchal de ce nom, s’y faisaient remarquer. On y voyait aussi les capitaines de vaisseau Duquesne-Mosnier, des Francs, de Champigny, de la Boissière, de Beaujeu, de
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hors de service et à jeter sur certaines parties de l’arsenal et du port quelques bombes dont on étouffa tout aussitôt les effets: mais les canons, les mortiers de la place, auxquels se joignaient les feux du Tonnant et du Suint-Philippe, le forcèrent bientôt à s'éloigner avec des pertes considérables, Dès qu'il fut parti, on se mit en devoir de vider et de relever les vaisseaux dont Langeron avait fait remplir les fonds de cales; l'opération fut pour presque tous couronnée de succès, Avec Toulon, toute la partie de la Provence qui était déjà envahie et dans laquelle se trouvaient les villes ouvertes d'Hyères et de Fréjus, fut délivrée de la présence des ennemis, qui se retiraient, les uns par terre trainant les maladies, la mort après eux, les autres par mer avec une destinée plus fatale encore: car Showel, l’un des plus illustres marins dont s’honore l’Angleterre, alla donner, comme un navigateur vulgaire, contre les rochers de Scilly, et en moins de deux minutes fut englouti avec son vaisseau amiral, qui portait, outre beaucoup d'officiers et de gentilshommes, huit à neuf cents matelots; trois autres vaisseaux anglais, avec leurs équipages, périrent pareillement ; le reste n'échappa qu’à grand’peine et après avoir été mis en général dans le plus misérable état. L’Angleterre était payée pour garder un long et amer souvenir de son expédition de 1707 contre Toulon ».
Cette défense valut le cordon rouge au lieutenant général de Langeron qui fut emporté quatre ans après par une attaque d’apoplexie, laissant, de l’aveu de Saint-Simon lui-même, la réputation d’un « fort bon marin ».
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La Galissonnière.,
Sous le règne de Louis XV, époque de décadence pour la marine qui est négligée, deux hommes se montrent hors de pair. Mahé de Labourdonnais, auquel M. Bathild Bouniol a consacré une notice, et La Gallissonnière, le vainqueur de Mahon, le digne successeur des grands marins de Louis XIV.
Roland-Michel Barrin, marquis de la Gallissonnière, était le fils d'un lieutenant général des armées de mer, qui avait commencé sa carrière dans le commandement si dangereux des brülots. « Père illustre d’un fils plus illustre encore», le premier lieutenant général de la Gallissonnière avait pris une part glorieuse à toutes les grandes batailles des guerres de Louis XIV. Son fils, Roland-Michel naquit en 1693 à Rochefort. En 1710, encore presque un enfant, il débutait dans la carrière maritime sous les ordres de son père; il était cependant de complexion frêle et d’aspect chétif, mais il y avaiten lai une grande force de volonté unie à une haute intelligence. En 1738, la Gallissonnière était nommé capitaine de vaisseau ; en 1744, il devenait gou-vernour du Canada. On raconte à cette occasion une curieuse anecdote. Les Indiens, comme tous les sauvages, apprécient grandement la force corporelle et les avantages physiques. Ne connaissant du nouveau gouverneur que sa
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grande réputation de soldat, ils se le représentaient fort, vigoureux, d’allure militaire; leur orateur avait même préparé un compliment en ce sens. Or, La Gallissonnière était petit et même un peu contrefait. L'orateur fut un moment déconcerlé ; son discours se trouvait perdu ; mais il reprit bientôt son sangfroid, et il dit au nouveau gouverüeur : «Il faut que tu aies de bien hautes qualités, pour que le Grand Roi t’ait choisi pour le représenter ici. » La Gallissonnière avait, en effet, de bien hautes qualités, et Louis XV avait bien choisi. Malgré son extérieur qui devait les prévenir contre lui, il sut prendre sur les Indiens une grande influence et les attacher de plus en plus à la France. Cela servit beaucoup ses successeurs et surtout Moncalm dans sa lutte désespérée contre les Anglais. C’est La Gallissonnière qui «avait conçu ct fait adopter un plan de jonction entre le Canada et la Louisiane, au moyen d’une chaine de forts et d'établissements le long de l'Ohio et du Mississipi, à travers les régions désertes qui sénaraient ces vastes pays à l’ouest des lacs. Le but de la Gallissonnière avait été non seulement d’étabiis une communication, moins difficile et moins longue que par le Nord, enire les deux colonies, et de pouvoir faire parvenir en France par la Louisiane des dépèches durant l'hiver, quand lembouchure du fleuve Saint-Laurent est fermée par les glaces, mais encore de resserrer les Anglais entre les monts el la mer. Quoiqu'on ne lui cût pas donné, à beaucoup près, les moyens de mener à bonne fin le plan adopté, néanmoins il avait commencé à le mettre à exécution, et tant qu’il avait été au Canada, les Anglais, loin de s’agrandir sur le continent, s’y étaient tenus sur la défensive. Eu 1749, peu de temps après la signature du traité d Aix-la-Chapelle, La Gallissonnière avait été chargé de régler avec les commissaires d'Angleterre les limites
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entre les colonies françaises et les colonies anglaises sur le continent septentrional d'Amérique. Mais dès lors on n'avait pu s'entendre, et La Gallissonnière était revenu en France, après avoir maintenu avec fermeté et dignité les droits de son pays.» Le salut du Canada et de la Louisiane, le maintien de la domination française dans l'Amérique septentrionale étaient dans la politique inaugurée par La Gallissonnière ; on ne voulut pas le comprendre à Paris,ou pluiôt on recula devant les sacrifices nécessaires, et dix ans après le retour de La Gallissonnière, le Canada était perdu malgré les héroïques efforts de Montcalm et de ses dignes lieutenants Burlamaque, Bougainville et Lévis. La faute n’en était pas au marin qui avait si bien montré ce qu’il y avait à faire.
La Gallissonnière était, comme so1 père, lieutenant général des armées navales, lorsque ia guerre éclata en 1756 entre la France et l'Angleterre ; il passait, à bon droit, pour le plus habile de nos tacticiens maritimes, et le gouvernement songea immédiatement à lui pour le commandement de la flotte qui devait conduire à Minorque et protéger un corps de douze mille hommes placé.sous les ordres du maréchal de Richelieu et destiné à enlever, pour la rendre à l'Espagne, la ville de Port-Mahon que les Anglais occupaient depuis la guerre de succession. La Gallissionnière était malade ; mais l’on faisait appel à son. dévouement ; il n’hésita pas.
La flotte partit des îles d'Hyères le 12 avril 1756 ; elle se composait de douze vaisseaux de ligne, cinq frégates, et cent cinquante bâtiments de transport. Par son activité, par l’habileté de ses manœuvres, La Gallissonnière sut prévenir une escadre anglaise envoyée pour l'arrêter; le 17 avril, il débarquait sans obstacle à Minorque toute l’armée du maréchal de Richelieu.
« Ïl était temps, car le même jour, La Gallissonnière recevait avis de l’anproche de l’escadre anglaise, composée de treize vaisseaux de ligne et de cinq frégates, et commandée par l'amiral Byng. Elle se proposait non seulement de jeter des secours dans la piace de Mahon, mais aussi de combattre la flotte française. Le 21 mai, les deux escadres étaient en présence. Celle de France se tenait en panne sous le vent des Anglais, sur une ligne serrée et dans le plus bel ordre. L’avant garde anglusse, commandée par West, formait nne ligne parallèle avec l'avant-garde française que commandait le chef d’escadre Glandevez ; le centre des ennemis et leur arrière-garde, où était Byng en personne, formaient un argle avec les deux autres divisions des Français, dont l’une, le corps de bataille, était commandée par La Gallissonnière, et l’autre, l’arrière- garde, par le chef d’escadre La Clue. L'avantgarde ennemie essuy': la première tout le feu de l’avantgarde française, Giandevez se comporta si bien que West, son adversaire, à moitié désemparé, ayant perdu beaucoup de monde, hientôt ne riposta plus. Byng, avec sa division, avait essayé en vain d'engager le combat avec les Français, en même temps que West, son contre-amiral. Dès ce moment, la ligne anglaise fut en quelque sorte rompue, la plupart des vaisseaux anglais ne pouvant suivre leur vaisseau amiral. Divers accidents et malentendus vinrent encore aggraver la position de Bÿng qui, monté sur le Ramillies, vaisseau dont le nom seul était une injure pour la Fra:.ce, se <onduisit avec un irréprochable courage, sinon avec l'intelligence d’un habile amiral... La Gallissonnière, avec le curps de bataille, ayant reconnu, à travers La fumée, le désordre mis dans le ceñtre et l’arrière-garde des ennemis, en prolita habilement. Il fit si bien, en redoublant son feu, que Byng ne put ni
ssonnière umposée L et comon seulelon, mais | les deux se tenait ne serrée ise, comavec l'ad’escadre re-garde, avec les corps de et l’autre, L'avante l’avantque West, du beau- , AVEC Sa bat avec ntre-amiquelque > pouvant 1alentenÿng qui, cul était | irréprobile amile, ayant le ceñtre ment, Il e put ni
rétablir sa ligne, ni faire sortir les siens de l’inextricable désordre dans lequel ils s'étaient jetés eux-mêmes. La Cluc, avec l’arrière-gurde française, se comporta aussi avec beaucoup de vigueur; sa division resta toujours si serrée que tous les efforts des Anglais ne purent réussir à l’entamer.. Toute l’escadre française, comptant à peine trente-huit hommes morts et le double de blessés, se réunit en ligne à deux portées de canon des Anglais, qui tenaient le vent autant qu'il leur était possible. Mais Byng, jugeant .que dans le pitoyable état où était son escadre, il y aurait témérité à lui à renouveler l’uction avec les Français, qui depuis le commencement de l'affaire n'avaient pas cessé un instant d’avoir l’avantage et qui n'avaient encore rien perdu de leurs forces, résolut de se soustraire par'la fuite à un danger imminent. Il alla se mettre à l'abri sous le canon de Gibraltar... La priso de Mahon, du fort Suint-Plilippe et de l’ile Minorque tout “entière furent les conséquen e: de lai victoire navale que des Frarguis veraient de remporter.
« Ce n’est pas le maréchal de Richelieu qu’il convenait de surnommer le vainqueur de Port-Malion, comme a fait Ja flatterie de Voltaire, infidèle historien; c’est La Gallissonnière qui méritait de veir sa belle carrière couronnée de ce glorieux surnom; l’équitable postérité doit le lui restituer. La Gallissonnière survécut peu à sa victoire; d’une santé toujours languissante, il. n’avait entrepris sa dernière expédition que par dévouement et contre l’avis des médecins qui lui avaient annoncé la mort comme devant être le résultat assuré de ses nouvelles fatigues. En effet, comme il était en route pour se rendre à Fontainebleau à se tenait dans le moment Louis XV, il mourut à Nemours le 26 octobre 1756, avant d’avoir pu toucher le but prochain de son voyagc. Le roi dit qu’il
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