‹ Les marins français [microforme]Chapitre 39 sur 41 · OT · texte numérisé non relu

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mée ; une cartouche de dynamite suffit pour la faire voler en éclats. Le commandant Parayon et l'enseigne Olivieri (1) pénètrent les premiers. Il est neuf heures. Le pavillon français flotte au-dessus du fort, à la place du grand dragon jaune de l’Annam.

«Les premiers ouvrages emportés, le barrage est franchi par les deux canonnières le Lynx et la Vipère. Les forts du second plan les couvrent de boulets. Elles continuent à marcher, à s’avancer toujours, répondant de leur mieux. Elles sont soutenus de loin, dans leur marche en avant, par les gros canons du Bayard et du Chäteau-Renaud.

«A la nuit, ‘es faux de l'ennemi s’éteignent; nousoccupons les forts (2). »

L’amiral Courbet avait bien frappé ; dès le lendemain, le premier-mandarin de Hué se présentait en parlementaire, demandant une suspension d’armes qui ne lui était accordée qu’à la condition de traiter de la paix dans la capitale même. Et quelques jours après se signait le traité Harmand qui stipulait notamment le protectorat de la. France sur l'Annam et le Tonkin, l’annexion de trois provinces à la Cochinchine française, l'occupation permanente des forts de Thuan-an. Ce que devait valoir ce traité, nous n’avons pas à l’examiner; il nous suffit d’avoir montré qu'en quelques jours l'amiral Courbet avait amené le gouvernement de Hué à le signer.

L’Annam se trouvait écarté ; il fallait maintenant s’oc-

(1) L’enseigne Olivieri, mis à l’ordre du jour et décoré pour sa belle conduite à Thuan-an, est allé, à son retour eu France, s’ensevelir dans l’abbaye de Solesmes. Aiusi l’avait fait avant lui, et dans li même abbaye, un autre officier non moius distingué, le capit:ine de frégate Sarlat, qui, à la tête d’un bataillon de marins, avait, à Courlevoie, entrainé à sa suite les troupes dc ligne jusque. là indécises et hésitautes à marcher contre les fédérés.

(2) Félix Julien, id. p. 99 et suiv.

cuper du Tonkin où on allait rencontrer les Pavillons noirs et la Chine, toujours présente, quoique dissimulée. Dans une improvisation malheureuse, M. Jules Ferry déclarait alors que la Chine était une « quantité négligeable » ; il a dû regretter ce mot, surtout lorsque la nouvelle de l'échec de Lang-son amena sa chute du pouvoir, qu’il n’a pas pu reprendre depuis. Dès ce moment, l’amiral Courbet ne cessait de montrer les Chinois derrière les Pavillons-Noirs. Il écrivait le 6 septembre 1883 : « Merci pour le souvenir de Notre-Dame-des-Victoires, à qui ma reconnaissance est bien due. Je n’ai pas encore quitté la rivière d’Hué : le mauvais temps a beaucoup compliqué les difficultés de l’installation et da ravitaillement du corps d'occupation. Il me tarde de remonter un peu aux environs du ÿelta, où ont lieu les opérations par terre. Quoique nous soyons définitivement en paix avec l’Annam, nous n’en avons point encore fini avec le Tonkin. Le corps expéditionnaire va bien être débarrassé, par suite de la convention conclue ici, des troupes régulières de l’Annam ; mais i! nous reste d’autres adversaires, plus redoutables et plus acharnés, les Pavillons noirs. Je ne vous apprendrai pas que ce sont des bandes recrutées parmi les déserteurs ou dans les rangs de l’armée chinoise massée sur la frontière, soutenues à peu près ouvertement par le gouvernement chinois. Pour leur faire lâcher pied, il faut leur infliger un éclatant échec, ou convaincre la Chine qu'elle aura la guerre avec la France pour peu qu’elle continue ses menées hostiles. Mais, avec les hésitations permanentes de nos maitres, soit en matière de subsides, soit en matière de diplomatie, cela peut durer encore longtemps (4). »

(1) Félix Julien, Id,, p. 105.

Le %0 octobre, toujours occupé de la Chine, il dit : «Il serait si facile, avec les seules forces réunies des deux divisions navales, Chine et Tonkin, de: bombarder tous les ports du Céleste Empire, de ruiner sa marine et de la réduire à l’inaction », mais s il doute fort que nos maitres (les défutés) rapportent de leurs vacances un souffle aussi belliqueux ». Et cependant, « la Chine nous fait ouvertement la guerre sur le territoire que le traité de Hué a placé sous notre protectorat ». Comment « le gouvernement n’a-t-il pas l'énergie de lui déclarer la guerre, de bombarder ses ports, de ruiner sa marine? C’est l’unique moyen d’en finir. »

Les dangers de la situation ont cependant décidé le gouvernement à donner à Courbet le commandement en ‘très chef des forces de terre et de mer. « Il faut, dit-il lui- les Fr même, que la situation soit pleine d’embarras pour que chréti l'on ait pris, trois mois trop tard malheureusement, une préal: pareille détermination ». Et, dans une lettre du 1° no- . © vembre, il ajoute : « Ce qu’il y a de bien certain, c’est travai que les deux places fortes de Son-tay et de Bac-ninh ont «IL eu le loisir de recevoir de Chine tous les secours dési- réuni rables en hommes, canons, munitions, etc... ; et cela, choisi pendant la saison où, avec quelques cauonnières, il était rivièr. facile de les en empêcher ! Ce sont de durs morceaux à au-de digérer avec des effectifs modestes comme ceux dont nous travar disposons. Nous ferons de notre mieux et la Providence positi fera le reste (1). » Comme cette dernière phrase sonne bien « À sous la plume de Courbet; comme elle montre en même l'amir temps le marin et le chrétien ! tées :

Le nouveau commandant en‘ chef des troupes de terre du an et de mer entendait frapper fort et vite, il le fallait. succè:

(1) Félix Julien, Id., p. 110.

. « La situation était si compromise, dit M. Félix Julien à qui nous laissons de nouveau la parole, que, dès le mois d'octobre, le gouverneur de la province chinoise du Yunnan écrivait au chef des Pavillons noirs, Luh-vhin-phuoc, pour l’engager à résister vigoureusement aux Français. Il lui ordonnait de s'entendre avec les mandarins annamites, dans le but de massacrer les chrétiens, et d'enlever par là un appui à nos soldats.

« À la fin de novembre, une ordonnance, faite au nom du chef des Pavillons noirs, approuvée par le maréchal annamite, annonçait aux sous-préfets de la province de Son-tay que l’on avait des forces considérables, des munitions de guerre et des provisions de tout genre en ‘très grande quantité, et que l’on se disposait à attaquer les Français à Hanoï. La pièce officielle ajoutait : « Les chrétiens étant très nombreux et amis de la France, il faut préalablement les exterminer (1). »

, € En même temps, Annamites et Chinois pressaient les travaux pour défendre Son-Tay et même attaquer Hanoï.

« Le 1% décembre, nos forces au complet se trouvent réunies devant le fort de Phu-sa. C'est un point bien choisi, à la jonction des deux digues, à l'endroit où la rivière le Day sort du fleuve Rouge, à petite distance et au-dessous de Son-tay. Les’ Chinois, en l’entourant de travaux de défense, en ont fait un ouvrage fermé, une position redoutable : c’est la clef de Son-tay.

« Après une reconnaissance opérée par Ini-même, l'amiral attaque les premières lignes. Elles sont emportées : la branche du sud, par l'infanterie de marine; celle du nord, par les tirailleurs algériens. C’est un premier succès. Nos troupes se réunissent à la jonction des digues,

(4) Lettre de Mgr Puginier, vicaire apostolique.

Mais là, à découvert, elles n’ont devant elles qu’une route unique, droite, en relief, hérissée d'obstacles. Ce n’est pas long : la route ne mesure que six ou sept cents mètres. Mais c'est dur à franchir, car elle est balayée dans toute sa longueur par les canons d’une barricade qu’il faut prendre d'assaut.

« Deux fois les turcos s’élancent. Ils sont repoussés, écrasés, Ils s’acharnent encore. Là tombent, à la tête de leur compagnie, bon nombre d'officiers. L’amiral arrête une nouvelle attaque. Il faut toute son énergie pour maitriser la fureur des turcos.

« La nuit vient en effet, L’incendie des maisons voisines augmente le désordre. Il n’a que le temps de faire établir ses troupes à l’angle de Phu-sa, à l'abri d’un retranchement improvisé et couvertes par quelques pièces de campagne qu’il a sous la main. La mesure était sage : à plusieurs reprises pendant la nuit, les Pavillons noirs, profitant de la connaissance des lieux, cherchent à reprendre Îles positions perdues. Ils en comprenaient l’importance : c’était une brèche ouverte sur Son-tay… Il y eut dans les ténèbres une lutte terrible qui dura jusqu’au jour. Sans cesse repoussé, l'ennemi abandonna les défenses du fleuve pour se replier dans la ville et dans la citadelle.

« En franchissant la barricade où étaient venus se briser les turcos, on la vit jonchée de leurs cadavres, mais aussi couverte de cadavres chinois.

« Nous y avions laissé cinquante morts et cent cinquante blessés. C'était un premier succès, mais il nous coùûtait cher. Nous n’étions encore qu'aux ouvrages extérieurs. Qu’allait donc coûter l’assaut de la ville et de la citadelle ?

« La journée du 45 fut employée à occuper solidement les positions perdues par l'ennemi. La flottille put aller s’embosser jusque devant la ville. La citadelle, qui en

occupe le centre, est à une portée de canon du fleuve. C’est un carré de 300 mètres de côté, dont les murs en briques sont couronnés de traveries pour les défenseurs et de plates-formes pour lartillerie. Elle fut construite à la fin du siècle dernier, par un ingénieur français, d'après le système de Vauban. Chacune de ses faces est flanquée d’une tour circulaire avec porte voûtée et un pont massif jeté sur le fossé.

« La ville, qui s'étend autour et qui comptait quinze mille habitants, est entourée d’une enceinte semblable. Toutefois, ici, le rempart est en terre; il est casematé, percé de meurtrières et d’embrassures rapprochées, garnies de gros canons. Une haie en bambous, de dix mètres de haut, en dérobe la vue.

« Le fossé qui l'entoure est large, profond, rempli d’eau alimentée par un ruisseau voisin.

« Comme la citadelle, la ville avait quatre portes en maçonnerie, dont deux à l’est et à l’ouest, entièrement murées : vrais forts inexpugnables, hérissés de canons. Les portes du nord et du sud, seules restées ouvertes, n'étaient que plus solidement gardées.

« Tel était l’ensemble des lignes qui nous barraient la route. Elles étaient armées d’une centaine de pièces de toute dimension.

« De notre côté, nous avions sept canornières sur le fleuve, quarante pièces de campagne et une armée de quatre ou cinq mille hommes. C'est avec ces forces que le dimanche 16 décembre nous ouvrions le feu.

« Dès le matin, l'amiral, avec l'infanterie de marine, Simula une attaque contre la porte Nord. En réalité, c'était celle de l'Ouest qui était son but. Quoique murée et couronnée de forte artillerie, il en avait recon:.u, vers le sud, quelques points vulnérables.

« À moins de 300 mètres, il faisait déployer en tirailleurs la légion étrangère. De sa personne, il se portait en avant de la première ligne, sur un léger el Lun rt d’où il pouvait observer le terrain.

« Il s’y trouvait à découvert, directement battu par le feu de la place. N'importe! il pouvait suivre de là l'action de la journée : il y demeure impassible. De là, en effet, dans le celme et la netteté de son esprit, il lance dans les directions diverses les ordres les plus précis. C’est ainsi qu’au moment voulu, trois batteries viennent s’échelonner et couvrir de leur feu la marche progressive des troupes. Elles se rapprochent peu à peu des remparts.

« L'ennemi tente sur notre droite un mouvement tournant : ilest balayé par les turcos et les Hotchkish d’une canonnière voisine. :

« La flottille continue à tenir la ville sous son feu. Les Pavillons noirs répondent vivement.

«a Des deux côtés, c'est, pendant tout le jour, un duel au canon ; il précède et prépare l’assaut.

« À cinq heures, les tirailleurs ne sont plus qu'à 100 mètres.

« L’ennemi semble se ralentir : le moment est venu. L’amiral fait hisser le signal... En avant!

« Les clairons sonnent la charge... En avant!

« De Marseillaise, point.

a C'est au cri de : Vive la France! que les troupes passent au pas de charge devant le petit mamelor., d’où Paniral, exposé, lui aussi, au feu le plus meurtrier, les salue avec une émotion qu'il ne peut contenir.

« La tête de colonne ne se heurte pas à la porte murée; elle se jette à droite, s'engage dans la première ligne, la franchit, franchit aussi le fossé : la haie de barabous cède.

«a Malgré une résistance acharnée, quelques hommes

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déblaient une poterne, d’autres gra vissent le talus, d'autres enfin couvrent le parapet. Ils sont suivis, soutenus par des masses compactes. La batterie de la porte est tournée. C’en est fait : l’enceinte de la ville est à nous.

« L’ennemi ne tient plus. En voyant ses derniers retranchements forcés. il fuit en désordre, disparait dans les rues, gagne la citadelle : c’est son dernier refugel

« L’amiral a suivi de près sa colonne d’assaut : à cinq heures il est sur les remparts » (1).

Il restait la citadelle que Courbet comptait enlever le lendemain; mais au point du jour on vit que l’ennemi l'avait évacuée. La fuite des Pavillons noirs, qui croyaient la position inexpugnable, avait été si précipitée que leur chef ne songea même pas à emporter sa correspondance avec les mandarins chinois; on y retrouva notam :t l’ordre du vice-roi du Yunnan de massacrer les chrétiens.

Courbet, qui s'était toujours tenu dans des endroits . exposés, qui restait au feu afin, suivant son expression, d'enlever ses soldats par l’exemple, était devenu l’idole de son petit corps d'armée, et il fut salué par des acclamations enthousiastes lorsqu'il entra dans la citadelle déjà occupée par les troupes. S’il avait eu deux mille hommes de plus, il coupait la retraite aux Pavillons noirs qui auraient été détruits du coup et la chute de Son-tay entrainait celle de Bac-ninh. Même limité, le succès était beau ; au moment où nos troupes partaient de Hanoï pour cette expédition, un journaliste anglais, le correspondant du Daily-News, avec cette sympathie pour la France qui caractérise généralement ses compatriotes, annonçait que Son-tay serait notre Plewna au Tonkin. Il avait été mauvais prophète.

(1) Félix Julien, Id., p. 112 et suiv,

382 LES NARINS FRANÇAIS,

Dans son ordre du jour aux soldats et marins, l'amiral Courbet disait : « Les forts de Phu-sa et la citadelle de Son-tay sont désormais illustrés par votre vaillance. Vous avez vaincu un ennemi redoutable et montré une fois de plus au monde entier que la France peut toujours compter sur ses enfants. Soyez fers de vos succès; ils annoncent la pacification du Tonkin. » La « pacification », c’est le but que poursuivit l’amiral, et pour l’amener, il se préparait, dès le lendemain de la prise de Son-tay, à enlever Bac-ninh. Avec des forces suflisantes, l'attaque aurait eu lieu presque immédiatement; mais avec les troupes restreintes dont il disposait, il lui fallait organiser une colonne expéditionnaire; ce n’élait pas chose facile ; il y était parvenu cependant et il allait marcher sur Bac-ninh, lorsqu'un télégramme l’arrêla brusquement : il était relevé de son commandement et remplacé par le général de division Millot. C'était un coup de la politique; on avait voulu réserver à un général républicain l’honneur d’achever la conquête du Tonkin. On sait, hélas, quels ont été les résultats de cet acte d’ingratitude.

Courbet était avant tout l'homme du devoir et de la discipline; il s’inclina devant l’ordre reçu et remit le commandement à son successeur. Et, cependant, il ressentait vivement ce coup. « De ce qui m’a atteint moimêmo, je ne suis pas encore bien remis », écrivait-il Je 15 janvier 188%, et en prenant congé des troupes, il leur disait :

« Il y a deux mois nous marchions sur Son-tay. Je comptais b'en vous conduire à Bac-ninh. Cet honneur ne m'est point réservé. Sous peu de jours, je dois remettre à M. le général Millot le commandement en chef de l’expédition du Tonkin,

« Recevez mes adieux. C'est avec un profond chagrin

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que je vous quitte. Jamais je n’oublierai avec quelle bravoure vous avez tenu le drapeau de la France, Mon ambition eût été de partager encore vos dangers et votre gloire. J'applaudirai de cœur à vos nouveaux succès, »

Quelle douleur contenue dans ces adieux aux troupes que l'amiral avait espéré « commander jusqu’au bout »

Mais chez Courbet, le devoir et le patriotisme parlaient plus haut que tout ; furcément désintéressé du Tonkin, il songe immédiatement à la Chine. « Il faut que la Chine rende gorge, qu'elle paye en espèces sonnantes et métalliques ses fautes et les nôtres. » Le gouvernement doit exiger de la Chine « deux ou trois cents millions d'indemnités de gerre ; c'est le moins que nous puissions demander. »

Courbet ne fut pas écouté; un premier traité fut signé avec l’Annam, dont il n’augurait rien de bon ; les épouvantables massacres de chrétiens qui ont suivi n’ont que trop justifié ses craintes. Bientôt, un projet de traité

est négocié entre le vice-roi Ly-hong-chang et le capitaine

de vaisseau Fournier, où la France multiplie les concessions. Ce n’était qu’une comédie de la part des Chinois qui voulaient seulement gagner du temps. On le comprend en France, et M. Jules Ferry, inaugurant la « politique des gages », donne l’ordre à l’amiral Lespès de bombarder Kelung et de s’emparer des mines de charbon ; mais l’amiral échoue. Heureusement Courbet est là pour tout réparer.

Le 12 juillet, un ultimatum avait été signifié aux Chinois; le 13, l'amiral faisait explorer la rivière Min parle croiseur l’Hamelin ; il la remontait ensuite lui-même jusqu’au mouillage de la pagode avec sa flottille légère comprenant l Volla, V’Aspic, le Lynx et la Vipère ; le Bayard ne pouvant entrer, restait devant le fleuve. L’amiral trouvait

les équipages chinois à leurs postes de combat, les batteries armées, les canons pointés, l’arsenal de Fou-tchéou gardé par un camp retranché de 10,000 hommes. La situation paraissait si dangereuse que l'amiral anglais et le commandant américain écrivaient que les Français n’en sortiraient pas. Mais Courbet avait tout calculé, et il n’attendait qu’une autorisation qui lui arriva le 22 août.

« À son mouillage, l’amiral avait sous la main le Volta, portant son pavillon; le Duguay-Trouin, le Villars, le d'Estainy ; les canonnières le Lynx, la Vipère, l’Aspic, et deux torpilleurs rapides, qui, au moment voulu, devaient fondre chacun sur un navire chinois indiqué d’avance, porter le premier coup, et par leur explosion donner le signal de l’action.

« La flotte chinoise se composait de onze bâtiments armés de fort calibre, dont l'artillerie, ainsi que les machines, était en bon état. Elle comptait en outre douze jonques de guerre armées de vieux canons et chargées de troupes prêtes à l'abordage.

« Le 22 au soir, conseil de guerre de toùs les commandants chez l’amiral Courbet. L'attaque est pour le lendemain, juste le temps de permettre à notre consul de Foutchéou d'amener son pavillon et d’en donner avis au vice-roi,

« Quant à l'heure, elle reste secrète.

« Il suffit d’être prêt. L’heure a son importance : car, deux fois par jour, dans cet étroit passage, sous l’action régulière et opposée du flot et du jusant, les deux flottes ennemies, en évitant sur leurs ancres, se présentent alter-

nativement l’une à l’autre, tantôt par l’avant et tantôt par

l'arrière, c’est-à-dire, par leur partie la plus faible. « Pour nous, c'est le jusant qui donne l'avantage, l'avantage de nos étraves et de nos éperons.

peine légère:

« Q gées d dérive

« Dans la rivière Min, le 23 acût, le jusant s'établit à

une heure.

« Les Chinois nous laisseront-ils le temps d'y arriver ? ne profiteront-ils pas, au contraire, du moment critique où le changement du courant nous fera leur montrer l’ar-

rière ou le travers ?

« C'était une chance à courir.

« La guerre en est faite. La science du chef consiste à

la prévoir.

« Le 23, dès le matin, Courbet, debout, immobile au pied du mât d’artimon du Volta, suit ave attention les moindres mouvements. Selon son habitude, il est ganté, vêtu de blanc, soigné dans sa toilette. Son chapeau de

paille porte le nom du Bayard.

« À une heure 1/2, ordre d’appareiller. A peine l’ancre

haute, signal d’exécuter le plan.

« Les Chinois sont si prêts, qu’ils répondent instantanément à notre premier coup. Pourquoi ne nous ont-ils

pas devancés ?

« Ce n’est d’abord qu’uneexplosion soudaine, générale ;

puis un roulement prolongé. Il continue pendant vingt-

cinq minutes environ. Une épaisse fumée enveloppe les

combattants. On distingue mal amis et ennemis.

« Peu à peu, des deux côtés, le tir se ralentit ; il s’arrête. On attend, on veut voir. Un léger souffle d’ouest dis-

sipe la fumée.

« Que va montrer la première éclaircie ?

« Nos vaisseaux sont debout ; ils paraissent intacts ; à peine çà et là quelques éclats de bois, quelques brèches

légères. En tête des mâts, flottent les trois couleurs.

« Quant aux Chinois, avisos, cancanières, jonques chargées de troupes, croiseurs et grands transports, tout est en

dérive, échoué, culbuté, en flamme ou en true 0 couler,

« Les équipages à l’eau, dans un fouillis de mâts, de

cordages, d’épaves où la mitraille a fait d’affreux ravages. « Le fleuve est couvert de débris. On y voit accrochés les malheureux Chinois, dont la tête seule émerge comme «| autant de points noirs. mou « Le feu reprend à quatre heures. Il répond aux bat- hurr teries de terre, quand la fumée. est un peu dissipée. En Allen aval, on entend les gros canons de la Triomphante, qui a silen( pu rejoindre le mouillage au commencement du combat. «} Son tirant d’eau ne lui permet pas d’arriver jusque devant at l'arsenal. Ce sont nos bâtiments légers qui sont chargés légitis de cette destruction. Avec leurs pièces de 1%, cette des- voyar truction n’est pas aussi complète que Courbet lei do voulu. 1 f « À cette heure, l'ennemi n’a plus de bâtiments à flot. P ; De leurs navires, il ne reste que des débris en flamme, des agod carènes échouées ou coulées. La mâture seule pointe au- aus dessus &es flots. dique.

« Pendant la nuit, des brûlots dérivent au courant; ils he ils sont lancés sur nous. Il faut les éviter : à chaque ins- UE tant ils nous obligent à changer de mouiliage. Troui « En somme, « bonne journée de début, » écrit Cour- Je feu ; bet dans sa dépêche du lendemain. Vingt-deux navires slamto coulés, ciny commandants, vingt-neuf officiers et deux profile aille soldats ou marins disparus, quand, de notre côté, «À nos pertes ne s'élèvent qu’à six morts et vingt-sept l'ébran: blessés. résultat «l'avait rempli sa mission, accompli l’œuvre de repré- c’est ce: sailles dont il était chargé. Bac-lé était vengé. Mieux ses hon encore, comme il le dit dans sa lettre du 18 septembre, « Ra nous sortions fièrement de la honteuse impasse où les batterie: hésitations de nos hommes d'Etat nous avaient acculés, brisé, € « Le 25, sa tâche étant finie au mouillage de la Pagode, impuné:

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l’escadre le quitta en bon ordre, en ligne de file, l'amiral en tête. Son pavillon flottait sur le Duguay-Trouin.

« En défilant au milieu des navires neutres, restés mouillés en aval pendant le combat, il est salué par les hurrahs des Anglais et des Américains. On dit que les Allemands. arrivés la veille du combat, gardèrent le silence.

« Hurrah pour les Francais !

« Hurrah pour l'amiral! Y a-t-il plus robleivresse, plus légitime orgueil que celui que Gcurbet éprouva en se voyant ainsi jugé, acclamé sur le champ de bataille par de vaillants rivaux. »

Ïl fallait maintenant sortir. « Autant Courbet devant la Pagode est audacieux au milieu des navires chinois, autant ensuite il se montre tacticien prudent, réfléchi, méthodique. Sa clairvoyance est d'ailleurs secondée par une merveilleuse entente des guerres maritimes. Il dirige luimême la manœuvre des deux vaisseaux de tête, Duguay- Trouin, Triomphante ; il les fait stopper, mouiller, ouvrir le feu ; il frappe à coup sûr et à revers, avec une précision toute mathématique. La première embrasure qui se profile à lui reçoit ses premiers coups.

« À 200 ou 300 mètres, avec ses grosses pièces, il l'ébranle, l’obstrue, ! éboule, en chasse les servants; ce résultat atteint, il passe à la suivante, C’est long, mais c’est certain. Îl assure, protège, garantit ses vaisseaux et ses hommes.

« Radeaux, chaînes, barrages, chapelets de torpilles, batteries cuirassées et forts casematés, tout est battu, brisé, effondré, culbuté. Ce n’est qu’alors qu’il luisse impunément.engager sa flottille.

« Le 29, il sort, sinon intact, du moins avec tous ses

. vaisseaux, de la dernière passe. C'est un nouveau triomphe (1).»

Cette glorieuse affaire de Fou-tchéou releva immédiatement notre prestige et fit réfléchir les Chinois. De plus, Courbet répara l'échec de Ké-lung. « Quelques coups de quatorze centimètres bien pointés et u1 combat de mousqueterie d’une heure, vivement mené, décidèrent les Chinois à évacuer les nombreux et importants ouvrages qu'ils avaient élevés dans les environs. » Mais ce n’était pas encore suffisant; l'amiral le comprenait, et il demandait qu’on lui permit d'aller dans le nord à Woo-sung et Port- Arthur compléter son œuvre. Là seulement on pouvait forcer l'immense empire chinois à se rendre pour ainsi dire à discrétion. Mais nous n’étions pas en guerre avec la Chine; M. Jules Ferry n’osait saisir les Chambres d’une proposition de déclaration de guerre, et à la « politique des gages », il substituait la « politique des représailles » non moins inefficace.

Toutefois, Courbet eut deux jours heureux, celui où à

. Sheï-poo, il put atteindre deux bâtiments de guerre chinois, et celui où il enieva les iles Pescadores. Le commandant Gourdon, le principal acteur de l’affaire de Shei-poo, l’a racontée lui-même en style de dépêche ; voici son récit :

« Dans la journée du 15, disposé deux canois à vapeur

de neuf mètres de long, avec hampe Desdouits, torpille treize kilos, “harge fulmicoton, charbon sans fumée.

Épreuves d’isoleinent, de conductibilité terminées, assurées.

« À 11 heures du soir on les arme. D'abord vedette et

baleinière avec M. Ravel, lieutenant de vaisseau, qui a vu

(2) Félix Julien, l’Amiral Courbet d'après ses lettres, 'p. 167 et suivantes,

les bâtiments chinois dans la journée, et le pilote Müller, de Shang-haï. Ce sont nos guides pour nous conduire sur le lieu du combat. — Nouvelle lune. — Nuit obscure : — grande difficulté pour naviguer en peloton.

« Nous nous perdons et nous nous retrouvons plusieurs fois.

« À la sortie de la passe: halte! nous refaisons les épreuves de conductibilité et d'isolement. Nous poussons la hampe, nous rentrons la hampe. Tout va bien.

« En route pour les bâtiments chinois. La vedette en tête.

« Ravel m’annonce que la frégate n’est plus mouillée au sud-ouest de Tungnum. Elle a disparu.

« Je vais à la découverte. Il est 3 heures 15 du matin environ.

« À 3 heures 30, j’aperçois une grande masse noire dans la direction de Sheï-poo, cinq ou six feux sur le rivage.

« Je mets les trois mâts l’un par l’autre et j’avance lentement, car j'ai un fort courant sur le nez.

« Des feux me suivent à terre. Est-ce un signal ? sont-ce des pétards pour la fête du Tet (1) ? sont-ce des coups de fusil ? Je ne saurais le dire.

« À 200 mètres de la frégate, 3 heures 45 du matin, je fais pousser la Lampe et mettre les fils à la pile.

€ Puis à toute vitesse !

« La frégate s’illumine : tribord et bàbord. Des nappes de feu horizontales, peut-être des nordenfeldts ?

« J’avance rapidement.

« Eu arrière !

« Un grand choc: la torpile a éclaté. Le canot s’est soulevé et est venu heurter violemment le cul-de-poule de la fréate. Je suis pris dessous.

(1) Jour de l’un chinois.

« En arrière plus vite!

« Le canot ne cule pas.

« La vapeur s'échappe du tiroir : c’est que le robinet graisseur a été cassé. Je fais boucher le ou avec une baïonnette. La machine part en arrière.

« Mais le canot ne cule pas.

« C’est que la hampe est prise,

« Déboulonnez la hampe!

« La hampe, déboulonnée, tombe à la mer.

« L'illumination de la frégate continue.

« J’aperçois dans les feux de bàäbord le canot n° 1 qui s’avance. Je stoppe pour venir à son secours, s’il-a besoin de moi.

« La corvette et la terre répondent coup pour coup à la frégate. Elles se tirent les unes sur les autres.

« Cependant le canot n° 1 s’avance toujours dans la gerbe de feu. Je le vois toutours à bàâbord, parce que je suis dépalé dans l’est. Bientôt il passe à tribord, fait éclater ses torpilles et vient en grand sur tribord.

« Nous nous réuni*sons. « Quoi de nouveau ?

« Un homme tué, et vous ? — Pas un blessé, »

« Où est le feu rouge ?

« La vedette devait nous hisser un feu rouge en signe de ralliement.

« On ne voit rien.

* « Éloignons-nous. Nous partons à toute vitesse, et bientôt nous sommes hors de vue des navires chinois.

« À un moment, on voit deux grandes gerbes de feu sur le Yu-yen ot le Tcheng-king, puis plus rien!

« Nuit profonde.

« Pas de feu rouge!

« Nous stoppons pour tàcher de nous reconnaitre.

« Il est 5 heures du matin.

« Au jour, nous apercevons comme une passe dans l'est. Nous nous y engageons. Elle doit conduire à la mer. A dix heures nous sommes hors de la passe, et nous apercevons la Saône, commandant Monin. Nous nous dirigeons sur elle, l'un remorquant l’autre.

« Pendant ce temps, qu'était devenu le lieutenant Ravel ?

« Après l'explosion des torpilles et le feu des Chinois, il avait hissé le fanal rouge, signal de ralliement. Mais rien en vue!

« Il attend, cherche, attend encore ; à 6 heures, en proie à une vive crainte, il retourne à bord.

« L'amiral écouta en pleurant son rapport. Il ne put se résoudre à perdre tout espoir.

« Il veut lui-même parcourir la rade de Sheiï-poo, explorer le rivage, constater de ses yeux l’état des bâti . ments chinois. Le Tcheng-King était bien dans la situation indiquée par M. Ravel; mais, si la frégate Yu-Yen restait toujours droite, ses bas mâts étaient noyés jusqu’à la moitié de leur hauteur au-dessus du pont. Ce bâtiment, lui aussi, était donc coulé et perdu comme son compagnon.

« Le succès était grand; le triomphe complet. Mais à quel prix !

« Où étaient les acteurs de ce hardi fait d’armes ? Pauvres enfants! Il leur avait donné la veille l’accolade d’adieu ; et aujourd’hui perdus, coulés, ensevelis suus ces débris tumants!

« C’Ctait payer trop cher. Le succès n’ôtait rien à la douleur du chef.

« En retournant à bord, Courbet vit de loin un canot qui poussait du Bayard ; il gouverne sur lui, Qu'est-ce à dire ? un canot à vapeur ? que lui veut-il ?

« C'est Ravel, le fidèle Ravel. D’aussi loin qu’il peutse faire entendre :

«a — Sauvés! sauvés ! ils sont à bord !

« Et en effet, dès que du pont du Bayurd on eut aperçu la Saône, ayant à sa remorque les deux porte-torpilles, Ravel s’était jeté dans un canot pour courir au-devant de son chef,

« On vit alors cet homme généralement si maître de lui-même, chef impassible qu'aucune émotion ne semblait atteindre, se relever brusquement sur son banc, battre des mains, tendre les bras, puis les ouvrir comme pour y appeler, pour y étreindre les glorieux absents, les ressuscités de l’abime.

« Son visage osseux, pâle, amaigri, s'illumina soudain, il se transfigura. C'était l’éclat d’une vivante flamme, le reflet d’une àme généreuse qui rayonnait au dehors, dans toute sa beauté, »

Si deux des cuirassés chinois étaient détruits, il en restait trois que Courbet aurait voulu attaquer à Ning-po,

mais c’élait impossible.

« J'aurais bien désiré, écrivait-il à l'amiral Gicquel des Touches, renouveler à Ning-po l'exploit de mes canots à vapeur à Sheï-poo. L'occasion était tentante. C'était le seul moyen d’avoir raison des croiseurs chinois, remisés derrière un barrage inattaquable par nos canons, à moins de 3,500 ou 4,000 mètres. Les amateurs ne manquaient . point, je vous en réponds. Tout ce que j'ai d'officiers torpilleurs en escadre, était prêt à marcher. Malheureusement, nos canots à vapeur étaient incapables deremonter les violents courants de la rivière. Déjà ceux de Sheï-poo étaient bien forts pour eux. Ce fut à grand peine que, partis du bord à minuit, nos braves purent se trouver en position d'attaquer à trois heures du matin. Quand retrouveront-ils l’occasion d’un pareil exploit? C’est un

vrai bonheur de constater l’ardeur dont notre jeunesse est animée (1). » .

L'amiral Courbet ne pouvait pas obtenir la permission d'attaquer la Chine au nord ; il se rabattit sur le sud.

« Puisque vous ne voulez pas me laisser la liberté d’action dans le nord, disait-il au ministre, puisque vous tenez tant à la politique des gages, eh bient soit! Mais choisissez bien : gage pour gage! évacuons Formose pour les Pescadores. Au lieu de côtes dangereuses et de mouillages inhospitaliers, prenons possession, pendant qu'il en est temps encore, des incomparables ports de Pong-hou et Ma-kung (2). »

L'attaque des Pescadores, admirablement préparée, fut exécutée avec autant de décision que d’habileté : Courbet n’avait en face de lui que des Chinvis, mais ils avaient eu le temps de se fortifier : ils étaient six mille, et l'amiral françsis ne disposait que d’un millier d'hommes de débarquement La conquête ne coûla qu’une vingtaine d’hommes. Les Chinois eurent trois cents tués. Courbet avait obteau « le maximum d'effet avec le minimum de travail et de sang répandu. » C'était un coup d'éclat, et dans l'esprit du vainqueur, le prélude d’une campagne décisive contre la Chine.

Hélas, il se trompait. L’écheo de Lang-son avait jeté

l'émoi en France et amené la chnte de M. Jules Ferry ;

MA. Brisson et de Freycinet, qui l'avaient remplacé, étaient décidés à tous les sacrifices, et ies Pescadores, cette dernière conquête de Courbet, furent abandonnées.

C'était pour Courbet le coup de la mort : il luttait, depuis quelques temps contre le mauvais état de sa santé; à ceux qui luidisaient de rentrer en France; au médecin en

(1) Félix Julien, L’Amiral Courbel d’après ses leltres, p. 222. (2) Félix Jnlien, L’Amiral Courbel d'aprés ses lettres, p. 225.

chef qui lui en faisait presque un ‘devoir, il répondait : «a Moi, quitter ces brives enfants, jamais... Mon devoir est de rester ici et j'y resterai jusqu’au bout. » La dernière déception fut terr'ble; « on ‘peut dire que Courbet est mort des douleurs de la paix, d’une paix hâtive, irréfléchie, qui sans nécessité, sans urgence, au mépris de glorieux faits d’armes, a oublié ses succès, méconnu ses œuvres, répudié ses conquêtes. Courbet est mort du deuil de ses victoires (1). »

On a demandé si le glorieux soldat était mort en chrétien: on a même essayé de le contester, si bien que l'abbé Rogel, ancien aumônier du Bayard, a dù intervenir. Voici son témoignage qui est décisif :

«L'amiral s’est confessé ; cela ne fait doute pouraucun des oflicicrs du Bayard.

« À peu près un an avant sa mort, l’amiral, parlant de ceûx qui mouraient sans les secours de la religion, se tourna vers moi et me dit devant plusieurs officiers réunis à sa table : « Monsieur l’abbé, moi je ne veux pas « vous échapper. Quand vous me jugerez assez malade « pour faire mes affaires, présentez-vous : je saurai ce «que cela voudra dire. »

« L'amiral s’est confessé vers 3 heures de l’aprèsmidi. Après mon départ, ila fait appeler M. Habert, son secrétaire, et lui a encore dicté un ordre général pour l'escadre. Je n’ai pas pu le communier, n’ayant ‘pas ‘la Sainte-Réserve. Je lui ai administré l’extrême Onction devant les officiers supérieurs du Bayard ‘et'une grande partie des officiers du carré, accourus pour recevoir le dernier soupir de leur chef, À ce moment, l'amiral'était pris d'une syicope.

(1) Félix Julien, l’Amiral Courbet d'aprèsses lettres, p. 232.

l’'émin

« Il n’a plus guère donné signe de vie; à dix heures moins un quart, il rendait tout doucement son âme à Dieu. »

Nous avons du reste relevé divers faits qui prouvent que la foi persistait chez Courbet, Il y en a d’autres. Ainsi, il d” nandait encore des aumôniers pendant la crise ministérielle qui suivit la chute de M. Jules Ferry : « Quel que soit le ministre qui recevra cette dépèche, qu’il sache bien que nos marins ne veulent pas mourir sans le secours de la religion. Au nom de la flotte, je vous adjure de nous envoyer des aumônicrs. » Comme l'a dit Mgr Freppel, dans le discours prononcé à Abbeville, « en réclamant avec tant d'instance, pour ses frères d’armes, le ministère des prêtres de Jésus-Christ, l’amiral Courbet ne méritait-il pas que la religion vint le consoler et le fortifier à ses derniers moments ? »

Courbet était un des souscripteurs de l’église votive au Sacré-Cœur, il écrivait le 21 janvier 1885 à un parent :

« Je suis souscripteur de 200 francs pour la construction de la chapelle de la marine (Vœu national). Je vous serai obligé de faire remettre ces 200 francs en mon nom à M. Théodore Dauchez, trésorier de l’œuvre du Vœu national, 6, rue de Furstenberg, Paris. Je dis bien : en mon nom, et je le répète, pour qu’il n'y ait aucune incertitude dans l'esprit du trésorier, qui :a reçu et reçoit pas mal de souscriptions anonymes... »

A cette même œuvre du Sacré-Cœur ont été données, par sa famille, l'épée et les décorations du vaillant marin. La remise a eu lieu à Paris le 22 décembre 1887 dans la chapelle de l’archevêché, après une messe ‘célébrée pour le repos de l’âme du marin par Mgr Richard. En remettant lépée et les décorations à l'amiral Gicquel des Touches, l’'éminent prélat a dit : :

« Je ne peux trouver une meilleure occasion pour vous redire la belle pensée exprimée par notre vénérable prédécesseur à l’occasion des obsèques nationales qui furent célébrées pour l’amiral, dans l’église des Invalides, au mois d'août 1885. S’inspirant des paroles de Bossuet dans l'oraison funèbre du grand Condé, le cardinal Guibert disait avec raison :

« L’évêque de Meaux semble avoir peint d'avance notre « grand marin quand il a dit de son héros : « Ce que k « prince fit à son lit de mort pour s'acquitter des devoirs « de la religion, mériterait d'être raconté à toute la terre, « non à cause qu’il est remarquable, mais à cause qu’il « ne l’est pas, et qu’un homme exposé à tout l’univers ne « donne rien aux spectateurs. Dans la mort comme dans « la vie, la vérité fut toujours toute sa grandeur. »

L’amiral Gicquel des Touches, une de nos illustrations maritimes, a répondu :

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