‹ Les marins français [microforme]Chapitre 5 sur 41 · Louis XVI · texte numérisé non relu

Louis XVI

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verbe (dans la flotte et qui pourrait servir d’excellente épigraphe pour la vie de Pillustre marin : « Bon comme - M. le bailli de Suffren. »

La « Surveillante » et le « Québec ».

Dans l’église Saint-Louis, à Brest, sur un tombeau qui : fut érigé par ordre de Louis XVI, se lit cette inscription probablemeui dictée par le roi lui-même :

Jeunes élèves de la marine, Admirez et imitez l'exemple du Brave Du Couëdie !

Du Couëdic en effet est de ceux qu’on ne saurait trop

proposer en exemple puisqu'il s'offre à nous comme le type du guerrier accompli, du héros véritable, joignant au } courage héroïque toutes les vertus chrétiennes et la géné- : rosité la plus sublime. Dans sa trop covrte carrière cependant, il ne compte guère qu’un fait d’armes éclatant ; mais les péripéties étonnantes et variées de ce drame

EE Te. ne dr. LR. mi a

militaire et la conduite de Du Couëdic le rendent à jamais mémorable.

Le 4 octobre 1780, le lieutenant de vaisseau Du Couëdic reçut l’ordre d’appareiller avec la frégate la Surveillante qu’il commandait et le côtre l'Expédition pour aller à la découverte d’une escadre de six vaisseaux anglais qui devait sortir de Portsmouth. Or, par une singulière coïncidence, le même jour, la frégate anglaise le Québec (capitaine Farmer) et le côtre Rambler quittaient la côte d'Angleterre avec des instructions analogues. Ces frégates et les petits navires étaient d’égale force et montés tous quatre par des équipages d'élite. Deux ou trois jours après leur sortie du port, le 6 octobre, au soleil levant, les croiseurs s’aperçurent et, d’après leur mâture ei les signaux, se jugèrent ennemis. Les pavillons, hissés des deux côtés en même temps, confirmèrent ces soupçons et tout aussitôt, de part et d’autre, on se prépara au combat. Quelques mots, avant d’aller plus loin, sur les deux commandants des frégates, Farmer et Du Couëdic.

Farmer avait longtemps servi aux Indes Orientales où il s’était fort distingué. Un zèle et une ardeur infatigables, des actions hardies, avaient à diverses reprises attiré sur lui latteniion de ses chefs et de l'amirauté. Pour ces motifs, il avait obtenu de celle-ci le privilège de composer son équipage de matelots, ayant déjà servi sous ses ordres, il s'en présenta trois fois plus qu’il n’était besoin et Farmer n'eut que l'embarras du choix ; il put ainsi se former un équipage dont le capitaine n’était pas moins sûrque les marins l’étaient de leur chef de qui l’on a dit: « Un grand désir d'aventures formait comme le fond de <e brave officier. »

Au service depuis 1756, Du Couëdic possédait une expérience consommée. Des combats, des désastres, des nau-

ent à jamais

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frages avaient mis à plus d’une épreuve la fermeté de son âme ; il avait même eu à lutter contre la peste quand elle sévissait dans l’escadre de Dubois de Lamothe. Dans une croisière après la bataille d'Ouessant, il avait capturé le corsaire anglais le Spit-Fire, malgré sa résistance opiniâtre.

Comme Farmer, il 8 ’ait obtenu de choisir lui-mêmeses matelots, tous marins éprouvés et dévoués. Cet équipage d'élite formait comme une grandefamille dont le capitaine était le père autant que le chef, Cependänt, par une c':constance toute à l’honaeur de Du Couëdic, il s'était séparé d’une partie de ces braves un peu malgré eux et non sans regret de son côté. A la fin de la dernière campagne, une maladie épidémique avait fait de grands ravagessur plusieurs vaisseaux au point que la manœuvre, faute de bras, leur devenait impossible. Le comte d’Urvilliers donna l’ordre aux vaisseaux épargnés ou moins maltraités de céder aux autres une partie de leurs équipages. Les capitaines obéirant, Du Couëdic choisit parmi ses matelots cinquante des meilleurs et des plus robustes. Cet acte de généreuse abnégation fit grand bruit dans la flotte.

Sur le pont de la Surveillante voici ce qu’on voyait avant le combat : tous les préparatifs terminés, le capitaine, un chrétien des anciens jours, réunit tout son équipage sur le pont. Alors l’aumônier du bord, d’après l'invitation de Du Couëdic, s’avança et prononça d’une voix émue une courte et chaleureuse exhortation qu’il termina par ces mots : «Dieu récompense les braves « soldats, ceux qui servent le prince et la patrie avec zèle « et courage : mais il rejette loin de lui les âmes faibles et « timides. Mourir pour son roi et pour son pays est aussi « une sorte de martyre. Faites donc votre devoir en bons « Français, en vaillants chrétiens ! »

4h LES MARINS FRANÇAIS.

Officiers et sol iats témoignent par leurs regards, par leur attitude, que ce langage trouve un écho dans leur cœur. Après s'être agenouillés sous la bénédiction du prêtre, ils se relèvent en faisant le signe de. la croix et courent chacun à son poste. La Surveillante ouvre le feu auquel le Québec répond, mais seulement quand il se trouve à demi-portéc de son adversaire. Du Couëdic, pour prendre sa revanche, attend qu'il soit plus près encore et commande le feu defaçon à ce que la mousqueterie vienne en aide au canon. En même temps, il manœuvre pour garder l’avantage du vent que Farmer, par d’incessantes et rapides évolutions, essaie, mais en vain, de lui ravir. Pendant qu’au milien d’un nuage de plus en plus épais et condensé de fumée, ies deux navires, tout à la fois se cherchant et s’évitant, tourñoyant, bondissant, virant, voltant sur l’onde écumante, luttent d'adresse et d’hubileté, l'artillerie tonne sans relàche, la mousqueterie continue ses décharges, soit par des feux de file prolongés, soit par les coups plus sûrs des tirailleurs postés dans les haubans.

Des deux côtés cependant déjà les pertesétaient grandes, les victimes nombreuses ; les blessés encombraient les ambulances ; les ponts se jonchaient de cadavres. Ce terrible spectacle ne fait qu’exalter les courages. La Bentanaie, premier lieutenant de la Surveillante, a le bras emporté par un boulet ; après l'opération et le pansage, il remonte à son poste. Ainsi fait le second lieutenant, le chevalier de Lostanges, qui avait eu l’œil crevé et une partie de la joue arrachée. Un autre officier, Penquière, est atteint mortellement d’une balle ; il essaye de courir pour exécuter un ordre qu'il a reçu. lorsqu'il tombe mort. Du Couëdic lui-même, atteint de deux blessures, essuie le sang qui couvre son visage et continue d’une voix ferme à donner ses ordres.

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DU COUEDIC. 45

Tout à conp cependant des cris de joie bruyante éclatent sur le pont du Québec où l'on croit que la frégate ennemie amène son pavillon parce que celui-ci, dont la drisse a été coupée par un boulet, vient de tomber à la mer. Mais le second pilote de la Surveillante, héroïque le Maneq, s’en est aperçu. Aussitôt, saisissant un nouveau pavillon, il grimpe au mat d’artimon et l'y attache solidement après l'avoir agité quelque temps pour qu’il soit ben vu des Anglais, en accompagnant ce sublime déli du cri de: Vive le roi! On le voit calme, intrépide, sous une grêle de balles dont, par une sorte de miracle, pas une ne l’effleure.

Mais bientôt, les cris de joie de nouveau retentissent sur le Québec, en même temps que, sur le pont de la Surveillante, s'entend un horrible fracas ; les trois mâts viennent de s’écrouler à la fois, et encombrent le pont, menaçant par leur poids de faire chavirer le navire.

— Matelots! crie Du Couëdic, vite! la hache! et qu’on jette à la mer ces tronçons!

L'ordre est exécuté, la fr'gate se relève et son équipage à son tour bat des mains en voyant le Québec, tout à l'heure si triomphant, éprouver la même fortune ; tous ses mâts tombent à la fois, précisément du côté de la Surveillante, comme pour faciliter l’abordage.

Du Couëdic réunit ses matelots les plus valides auxquels il fait distribuer les sabres et les pistolets d’abordage. A leur tête on voit trois jeunes gardes-marines, tous neveux du capitaine et qui attendent impatiemment le signal. Du Couëdic, à ce moment même, est atteint d’une nouvelle et plus grave blessure au bas ventre. Un instant, il chancelle ; mais, dominant la douleur et arrêtant d’un geste ses neveux qui veulent courir à son secours :

— Allons, jeunes gens, leur dit-il gaiement, voilà le moment de songer à l'honneur de la familie, en avant!

Ils vont s'élancer.. quand soudain un tourbillon d’épaisse fumée à travers laquelle on voit briller des flammes sort du Québec. L’incendie vient de se déclarer à bord de ce navire et ses progrès sont si rapides que la chaleur se fait sentir sur le pont même de la Surveillante dont le beaupré s’enflamme. Les gardes-marines parviennent à l’éteindre et, par l’ordre de Du Couëdic, tous les matelots valides aident à la manœuvre pour éloigner la Surveillante du navire qui menace de lui communiquer l'incendie. Mais le généreux officier n’en songe pas moins au salut de ceux qui pour lui ne sont plus des ennemis. Il entend les cris de détresse qui s'élèvent du Québec.

— Mes enfants, crie-t-il aux matelots, vite à ‘la mer le canot, la seule embarcation qui nous reste. Maintenant ces hommes ne sont plus nos ennemis,. ce sont des chrétiens ! ce sont des frères!

Les matelots à ‘envi se précipitent vers le canot ; mais leur empressement même devient fatal. Le canot qu’on enlève heurte en passant un canon qui le crève, et à peine il touche la mer qu’il coule à la grande douleur du capitaine et de ses braves matelots, désespérés de leur impuissance.

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Vainqueurs et vaincus

Sur le pont du Québec cependant s’offrait un spectacle à la fois sublime et terrible. Farmer, atteint de trois blessures, n’en restait pas moins à son poste s’occupant du sauvetage, après avoir reconnu l'impossibilité de se rendre maitre de l'incendie. La frégate avait conservé son grand canot, mis à la mer dès le commencement de l’action. Le capitaine, quand il le voit suffisamment rempli, ordonne à son premier lieutenant, John Roberts, blessé également, | de descendre pour en prendre le commandement,

— Non pas moi, répond le généreux lieutenant, mais vous, capitaine, qui êtes plus grièvement blessé. Je res- : terai.

— Faites ce que je dis, répond Farmer qui d:': r1ser de son autorité pour se faire obéir.

Le canot s’éloigne du navire, mais trop chargé, il coule avec tous ceux qui le montaient. Quelques matelots seulement peuvent s’accrocher à des avirons ou à des débris et s'efforcent de gagner à la nagela frégate française. Ainsi | font les matelots restés sur le navire et qui se précipi-

tent à la mer ; mais la plupart ont bientôt disparu, une quarantaine environ purent atteindre la Surveillante. Quoique le voisinage du Québec soit dangereux, Du Couë-

dic, tout en se tenant à distance, ne pouvait se décider à quitter le lieu du sinistre tant qu'il lui restait l'espoir de sauver encore quelques naufragés.

Du Couëdic avait espéré que l’Expédition ou le Rambler, qui, d’un commun accord, avaient cessé le feu, pourraient venir au secours du Québec. Mais tous deux, désemparés, démâtés, ne marchaient qu'avec une extrême lenteur; il semblait impossible qu’ils pussent arriver à temps.

D'un autre côté, le vent, se levant de plus en plus, pousse le Québec vers la Surveillante sur laquelle tombent des débris enflammés; de nouveau la voilure du beaupré prend feu. Le péril devient imminent et la manœuvre pour y échapper plus difficile. Sans l'aide des Anglais recueillis à bord on n’y eut pas réussi.

Peu s’en fallut cependant que tous ces efforts ne fussent inutiles. Sur le pont du Québec on entend tout à coup des cris plus déchirants en même temps que de tous les côtés à la fois, par toutes les enibrasures et les fentes, on voit jailli: les flammes dans lesquelles disparait le généreux Farmer. Puis c’est comme une trombe rougeàtre et enflammée qui sort de l’entrepont. Un silflement prolongé se fait entendre, suivi d’un fracas épouvantable qui ébranle la mer jusque dans ses dernières profondeurs. Le Québec avait fait explosion couvrant de ses débris la Surveillante qui se trouvait à peine à quarante toises et qui, par le contre-coup de l’explosion, s’inclinant sur le côté, parut sur le point de sombrer,

La voix mâle du capitaine, toujours calme et attentif, rappela l'équipage à la manœuvre et le navire se releva, Le péril évité, le salut du navire assuré, Du Couëdic fait signe de la main qu’il veut parler. On l’entoure, officiers et matelots, Anglais et Français. « Alors, dit M. Barchou de Penhoen , un des historiens qui ont le mieux racunté

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DU COUEDIC 19

ce glorieux épisode de nos annales maritimes, tous prètent l’oreille, un silence religieux s'établit. Du Couëdic commence par adresser au reste de ses braves matelots des éloges bien mérités sans doute sur le zèle, la bravoure, l’obéissance, le sang-froid dans le péril dont ils ont donné tant de preuves dans le courant de la journée. Les matelots anglais reçoivent de sa bouche le mêmetribut d’éloges, il ajoute que : « c’est leur arrivée à bord de la Surveil- « lante, l'énergie qu'ils ont déployée, qui ont fait le salut « de la frégate, que sans eux elle coulait nécessairement « faute de bras pour la manœuvrer ; que, d’un autre « côté, leur pavillon national qu'ils avaient si vaillam- « ment défendu, flottait encore au haut de la frégate lors- « qu’elle a sauté; que loin de sa pensée est l’orgueil de « croire que Georges Farmer eût jamais devant lui amené « ce pavillon; qu’en conséquence il n+ saurait voir en « eux des prisonniers de guerre, mais des n’ufragés arra- « chés au péril imminent ; qu’ils ne sont puint des cap- « tifs, des vaincus au milieu d’un équipage ennemi; « qu’ils doivent se croire au contraire au milicu d’amis, « de libérateurs plus heureux de les avoir arrachés aux « périls qui les menaçaient qu'ils ne säuraient l'être d’y « avoir échappé eux-mêmes. » Les matelots français dignes d’entendre un tel langage, se montrent animés des sentiments que leur capitaine vient d'exprimer; ils mettent ce qu'ils ont de vivres et de vêtements à la disposition des nouveaux venus, car de ceux-ci le plus grand nombre était nu ou à peu près nu.

Cependant les neveux de Du Couëdic comme ses officiers le pressent de songer à lui-même et de faire panser ses blessures; la frégate ne courait plus de danger. fl se rend enfin à ces conseils et remet le commandement du navire à M. Dufresneau, le seul: des officiers qui n’eût pas été

grièvement blessé. Celui-ci donna l’ordre de gouverner vers l'extrémité ouest de la Bretagne, chose peu facile avec un navire qui n'avait plus ni mâts ni voiles et où l'on devait craindre à chaque instant de voir les voies d’eau mal fermées se rouvrir. Le vaisseau se trainait plutôt qu’il ne marchait suivi péniblement par l’Expédition qui avait pu enfin le rallier et ne se trouvait guère en meilleur état.

« L'heure arriva de la prière du soir, dit l'écrivain déjà cité, prière à laquelle on ne manquait jamais alors sur les vaisseaux de guerre; en ce moment, sur le pont couvert de morts, de mourants et de blessés, au milieu de tant de périls pour ces hommes que quelques poignées d’étoupe défendaient seules contre l’abime, elle dut avoir plus de solennité que de coutume. Anglais et Français l’écoutèrent avec un égal recueillement, Lorsqu'elle fut terminée, l'équipage songea enfin à prendre quelque repos et tous s’étendirent sur le pont. »

Quelques heures après, un cri tout à coup retentit qui réveilla les dormeurs : Terre ! terre ! À quelque distance en effet, dans l'obscurité un point lumineux se laissait entrevoir ; C'était l’île d’Ouessant qui, avec le soleil levant, apparut à tous les yeux. Bientôt l'on vit s'approcher de nombreux bateaux pêcheurs, empressés d'offrir leurs services. Dix d’entre eux furent choisis pour remorquer la frégate ; c’est ainsi qu’elle put arriver à Brest où se trouvait la flotte franco-espagnole qui la salua de ses plus chaleureuses acclamations. Des matelots des deux nations étaient montés à bord pour remplacer aux manœuvres les marins de la Surveillante. Avant même que la frégate fût entré dans le port, des chaloupes, amenant des chirurgiens, avaient apporté en même temps tout ce qui était nécessaire aux blessés pour lesquels la sympathie éclatait profonde, unanime, dans la ville:comme sur la flotte. Les

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DU COUEDIC. p 7!

visiteurs arrivaient en foule. Quelques personnages d'un rang élevé seulement furent admis et aussi de charitables dames, entre autres la princesse d'Hénin, la duchesse de Lauzun, qui prodiguèrent aux blessés les éloges, les secours, les consolations.

— On prétend, dit madame de Lauzun à l’un d'eux, que le pavillon du Québec était cloué à son grand mat; qu’en conséquence il ne pouvait l’amener; cela est-il vrai ?

— Je l’ignore, madame, mais ce que je sais, c'est que le nôtre était cloué dans le cœur de notre capitaine.

Du Couëdic parut très sensible à ces preuves multipliées de sympathie :

— Ah! mesdames, répétait-il, ah ! messieurs que je me trouve heureux et fier du bon accueil que vous voulez bien faire à ma pauvre frégate!

Aussitôt qu’il fut possible, les blessés et Du Couëdic furent transportés à terre. L'entrée dans la ville du vaillant Breton, porté dans une litière toute pavoisée de drapeaux, fut un véritable triomphe. Peu de jours après, il recevait, avec sa nomination de capitaine de vaisseau, une lettre du ministre de la marine écrite au nom du roi et qui se terminait par ces mots : « Ne vous occupez, monsieur, que « de votre santé; jouissez de la gloire que vous avez « acquise. Le roi veut avoir de vos nouvelles, » Le comte de Durfort, gouverneur de Saint-Malo, était donc bien l’interprète des sentiments du prince quand il écrivait à Du Couëdic : « La nation, monsieur, vous doit de l’admi- « ration; le roi aussi et de plus de l’amitié. Henri IV « n’élait-il par l'ami des braves de son temps ? »

Les récompenses ne manquèrent pas aux officiers, ni aux marins de l'équipage. Du Couëdic ne profitait de son crédit que dans l'intérêt de ces derniers ; ii ne se lassait

pas dans ses recommandations au ministre en faveur des blessés, des veuves et des orphelins. Parfois, tout heureux de sa réussite, il disait avec bonhomie.

— Eh bien! Messieurs, qui vous l'aurait dit, il y a quelques semaines ? Voilà le chevalier du Couëdic, cinq ou sixième cadet, devenu un homme à protection.

Malheureusement cette protection allait manquer bientôt à ceux pour lesquels si volontiers elle se prodiguait. La biessure que le capitaine avait reçue au bas-ventre, la seule qui donnât de l'inquiétude, la balle n'ayant pu être extraite, avait paru néanmoins vouloir se guérir ; mais tout à coup on s’aperçut de l'existence d’un dépôt cnsidérabl!e à l’intérieur et qui devait, en se déchirant, amener un dénouement fatal. « L'annonce de ce résultat, dit M. de Penhoen, ne surprit ni ne troubla Du Couëdic, Il se hâta pourtant de se confesser, reçut les sacrements de l'Église et, sans efforts, sans convulsions, sans délire, rendit l’âme le 7 janvier 1780, prèt à comparaitre devant le Dieu de sa croyance, le front aussi calme qu’en face des Anglais, qu’à l’abordage du Québec. »

Cette mort fut un deuil universel. Louis XVI, en particulier, s’en montra vivement affecté. En outre du monument dont nous avons parlé, érigé par ses ordres dans l’église de Brest, il décida que les trois jeunes enfants de Du Couëdic seraient auoptés par la France, et qu’une large pension serait assurée à la veuve.

Sur l'invitation du inaréchal de Castries, ministre de la marine, trois tableaux, représentant le combat de la Surveillante et du Québec, furent exécutés par M. de Rossel, officier de marine et peintre distingué. Le pre-mier eut une place d’horneur dans la salle d'audience du

roi ; le second fut donné au brave de Lostanges et le troi-

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DU COUEDIC. 53

dramatique épisode se rattache à ce dernier tableau.

Douze ou treize années après, alors qu'à Brest, comme ailleurs, des misérables, se qualifiant patriotes, avaient organisé ce gouvernement tyrannique, si bien nommé (la Terreur, Madame Du Couëdic vit un matin sa maison envahie par une horde de sicaires venue sous prétexte d'y chercher les émigrés, les prêtres et les armes qu'on y prétendait cachés. On ne trouva rien ni dans les caves ni dans les armoires ; dans celles-ci comme dans les meubles, pas d’argenterie, pas même d’argent, car la digne veuve, ne touchant plus sa pension, sa principale ressource, se trouvait presque dans la misère.

Les envahisseurs furieux brisent les meubles, déchirent les tentures et les rideaux ; ils font plus, ils outragent la veuve du héros par de grossieres injures. L'un d’eux va mème jusqu’à lever la main sur elle. Alors, la noble femme indignée se place au-dessous de la Surveillante qu’elle montre du doigt :

— Voilà, s’écrie-t-elle avec force, comment mon époux est mort puur la patrie. Sont-ce là des honneurs réservés à sa veuve ?

À la vue de cette femme qui semble rayonner de l’auréole glorieuse de son mari, les patriotes s'arrêtent confus, interdits. Ils se consultent du regard ; puis ils se retirent lun après l'autre. Dès lors la maison de la veuve du héros breton fut respectée même aux plus mauvais jours.

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