BOUGAINVILLE
nord ; c'est ainsi qu'il traversa le détroit appelé depuis de Bouguinville, et découvrit la grande île qui porte son nom, ainsi que beaucoup d’autres îles au nord de la Nouvelle-Guinée. Après une relàche à Bata via, il fit voile pour la France où la publication de son Voyage donna une grande popularité de son nom. Chose remarquable et qui prouve la sollicitude du capitaine pour ses équipages, pendant un si long voyage, sous des latitudes très diverses et dans des circonstances souvent critiques, Bougainville n'avait perdu que sept hommes par suite de maladies ou d'accidents. On lui donne cette louange encore que, dans ses relations avec les sauvages, il savait merveilleusement se concilier leur amitié. Trente ans après, d’Entrecasteaux, abordant à l’île de Bornéo, y trouva encore deux vieillards. qui avaient connu Bouvgainville et qui en entendant prononcer son nom ne purent retenir leurs larmes. On sait également qu'un jeuneinsulaire d'O-Taïti (Aotourou), gagné par la bienveillance du capitaine, avait voulu le suivre en France, et l’on espérait beaucoup de sa vive intelligence pour aider plus tard à civiliser ses compatriotes. Malheureusement, en revenant, il mourut de la petite vérole à Madagascar.
Pendant la guerre d'Amérique, Bougainville, qui s’y distingua, fut nommé chef d’escadre. Nommé vice-amiral, le 1°" janvier 1792, il ne crut pas devoir accepter cette nouvelle position par des motifs qu’il explique dans une remarquable lettre adressée par lui au ministre (22 février) :
« Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait « l'honneur de m'écrire et la liste de la nouvelle formation « de la marine. Mon devoir envers la patrie me fait une « loi de ne point accepter un grade éminent qui serait un « titre sans fonctions. La discipline militaire, cette disci—
« pline sainte, sans laquelle ne peut exister une armée navale surtout, est anéantie. Un officier général n’y saurait agir sans Coopérateurs, et je cherche vainement ceux qui joignent à la théorie la science des manœuvres d'armée et la pratique des combats. Après une longue patience de leur part, les excès répétés d’une insubordination, consacrée par l'impunité, les ont éloignés du théâtre de leurs travaux. Daignez, Mousieur, être auprès du Roi l'interprète de mes sentiments. Je serai bien malheureux si je ne puis dévouer mes derniers jours au service de mon pays et terminer ma carrière comme je
« l’ai commencée. Je suis, etc. »
Élu membre de l'Institut à son organisation en 4796, l’illustre marin fut fait sénateur et comte sous l’empire ; après une vieillesse vigoureuse, exempte de toute infirmité il mourut, en 1811, âgé de quatre-vingt-neuf ans, dessuites d’une maladie courte mais violente qui triomphx en quel-
ques jours de sa constitution si longtemps robuste.
Bougainville, d'une humeur gaie et joyeuse, avait l’extérieur noble, des manières élégantes, l'air d’un vrai gentilhomme. Jeune, il se montrait quelque peu prodigue, aussi un sien oncle, excellent homme, qui lui ouvrait volontiers sa bourse dans les moments critiques, disait de lui parfois en souriant : Mon bien cher neveu!
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