‹ Les marins illustrésChapitre 3 sur 4 · JARDIN · texte numérisé non relu

JARDIN

ijik^EMI^t^

Voiti les s-i libres de votre maître, que je vous remets; voici celles de ma republique, que je conserve; accomplissez le reste de votre ordre, si vous l'osez. — Page 22.

le joug des Espagnols. L'aga fit une réponse digne et flére .à la sommation qui lui fut apportée au nom de l'empereur. Tout annonçait de )irocliainsct furieux orages, et il comptait avec raison sur le concours des éléments pour avoir facilement raison de son formidable ennemi. Eu effet, ce fut beaucoup moins ;i la bravoure de ses défenseurs qu'à la rage do la tempête que la ville de B,irberousse dut, celte fois encore, son salut.

Voici eu quels ternes l'historien de Charles-Quint rend compte de la rapide catastrophe qui suivit le débarquement à Sidi-Ferruch :

« Deux jours après le débarquement, lorsque l'empereur n'avait encore eu le temps i]ue de disperser quelques petits corps d'Arabes qui in(|uiétaient son armée dans les marches, la pluie, chassée par un vent im|iètueux, commença à tomber avec violence. La tempête augmenta pcndant'la nuit ; les impériaux, qui n'avaient débarqué que leurs armes, restèrent sans tenli s et sans ,ibri, exposés à toute la fureur de l'orage. En peu de temps, la terre fut couverte d'eau, au pniut i|u'ilsne pouvaient se coucher. Lourcanip, lilacé dans un terrain bas, était entièrement innnilé; à

chaque pas, ils entraient jusqu'à la moitié de la jambe dans la boue, et le vent soufflait avec tant d'impétuosité, que, pour se soutenir, ils étaient obligés d'enfoncer leurs lances dans la terre et de s'en faiie un point d'apimi.

« Mais, au retour du jour, le désastre de la flotte offrit aux regards de l'armée un spectacle plus affreux encore et plus déplorable. L'ouragan continuait dans tonte sa force: on voyait la nier s'agiter avec toute la fureur dont cet élément terrible est capable. Les navires, d'où dépendait la Nubsistancc et le salut de l'armée, arrachés de leurs ancres, allaient ou se briser les uns contre les autres, ou se fracasser contre les rochers. Plusieurs furent poussés à terre, d'autres furent abîmés dans les Ilots. En moins d'une heure, (piinze vaisseaux de guerre et cent soix.iulo bâtiments de transport périrent; huit cents hommes qui étaient à bord furent noyés, ou, si quelques-uns de ces malheureux échappaient à la rage des flots et cherchaient

(I) On .iiiii.'liil GrciiuJiiis les Maïuvs d'Espagne qui s'ctaienl l'Uililis c 11 .Ml iqiir nprC'S la conquête de Grenade par l'ovjinnuj ■A I~;diollo, on l/i92.

à gagner la (erro à la nage, ils élaient massacrés sans pitié par les Arabes (1). »

Doria parvint cependant à sauver la plus grande partie de la Qolte, en se ritirant derrière le cap Malifous, à huit lieues à l'est d'Alger. Il y trouva un mouillage meilleur et une rade mieux abritée. Il en informa l'empereur, en lui conseillant de ne pus persister plus longtem|is d.nns une entreprise commencée sous d'aussi fâcheux auspices, et de le rejoindre, par terro. au cap .Matifous, qui était le seul lien conimoite et sur ou le réembarquement de l'armée put s'effectuer. Le ciel continuait à se montrer orageux et menaçant; l'armée était déjà exténuée et démoralisée. Quelque amer que fut a l'orgueil du souverain le conseil du vieil amiral, il fallut bien se résigner à le suivre. Mais, à cause des détours qu'il fallait "faire, quatre jours de marche sé]iaraieut le camp des impériaux du

rendez-vous assigné, il les vivres manquaient On avait à traverser un pays accidenté, profondément raviné par les torrents, tout couvert d'eau, dans les parties basses, par le débordement des rivières; celles-ci avaient cessé presque partout d'èlre guéables. Cette marche de quatre jours fut un résumé de toutes les calamités qui peuvent accabler une armée en déroute. « Les uns. dit Robertson, pouvaient à peine soutenir le poids de leurs armes; les autres, épuisés par une marche pénible dans des chemins profonds et presque impraticables, tombaient et mouraient sur la place. Plusieurs périrent de famine, car l'armée n'avait guère d'autre subNisl.ince que des racines, des graines sauvages, et la chair des chevaux que l'empereur faisait tuer et distribuer à ses troupes. Une partie se nova dans les torrents, tellement gonllés par les pluies, qu'en les passaut à gué on y entrait dans Veau jusqu'au men-

En moins d'une heure, quinze vaisseaux de guerre et ceiil soixante bàlimeuls de ti-ansport pénrcut. — Page "24.

ton. 11 y eu eut un grand nombre de tués par l'ennemi, qui, pendant la plus grande partie de leur niarche, ne cessa de les inquiéter et de les harceler jour et nuit ,'2). » On arriva enfin au milieu des ruines qui portaient le nom de Matifous; ruines d'une ville romaine dont le noip antioue était Rustona. L'armée put au moins y trouver un aori et y prendre quelques jours de repos, en "attendant que le retour d'une mer plus calme lui permit de se rembar- (|uer sur la Hotte. .\ ce moment, on put constater (jue plus de huit mille hommes manquaient à l'appel. Les pertes matérielles n'étaient pas moins considérables. Douze des galères qui appartenaient en propre à Doria avaient péri dans la tempête, et peu s'en f.illut qu'il ne fut aflligé d'une perte beaucoup plus sensible encore par la mort oii la captivité de Giannetliuo Uoria. son neveu bien-aimé. son fils adoptif. Au milieu de la tempête, ce jeune oflicier, ayant voulu faire échouer sa galère contre la côte, s'engrava sur une plage couverte d'Arabes. 11 fut bientôt environné par une nuée d'ennemis, et il allait être massacré comme taut

(1) Robertson, flijf. de Charle^-Quinl, liv. t.

(2) Ibid.

d'autres, si l'empereur, témoin du danger qu'il courait, n'eut envoyé ,i son secours quelques compagnies italiennes, qui parvinrent à le tirer des mains des Barbaresques. En apprenant cet épisode de la bouche même de Charles- (.luint, Doria ne put retenir ses larmes. « Sire, dit-il ,i l'empereur, excusez celle faiblesse ! La nature l'emporte sur le respect cpie je vous dois ; mais il fallait que j'eusse un neveu pour m'apprendrc qu'il peut v avoir des larmes même dans les yeux d'un vieux m;irin. n

L'empereur, quoique peu svmpatliique de sa nature, lui lit une réponse pleine de bienveillance. Du reste, il l'indemnisa généreusement, au retour, des pertes matérielles qu'il avait personnellement éprouvées dans cette désastreuse expédition : il le nomma chancelier de ÎSaples, avec une pension de mille écus, dont il lui fit paver uu terme d'av.iiicc: quelque temps après, au titre de prince de Mdfi qu'il lui avait concédé depuis dix ans, il ajouta celui de marquis de Tursi petite ville du royaume de Naples, qu'il lui donna en tonte propriété et seigneurie.

Tout le reste de la longue carrière d'André Doria fut rempli par des expéditions maritimes au service de Charles-Quint, puis de Philippe IL son successeur au troue

d'Espagne. Ou.inJ la paix ou les trêves lui laissaient quelques loisirs, il les consacrait au gouvernement de son pays. Arrive ceiicndantà un âge qui commande impérieusement le repos, il eut l'orgueil ou la faiblesse de ne pas se condamner à une retraite absolue; et c'était ce Giaunettino, dont nous parlions tout à l'heure, qui le remplaçait dans la conduile des expéditions navales, ou dans le gouvernement de la républicpie de Gènes. Comme amiral, Giaunettino ne compromit point la gloire acquise au nom de Doria. Brantôme a dit de lui, et il parlait d'après les f.iils ; « C'était bien le plus diligent capitaine de mer qu'on eut su voir; car aussitôt songé et résolu d'une affaire, aussitôt exécuté. » Mais dans la ville, il se comportait avec autant de hauteur que d'insolence, et se permettait, sous le nom respecté de son oncle, et à la faveur de l'autorité incontestée et presque absolue dont il jouissait, les actes les plus abusifs et les plus arbitraires. La tendresse aveugle du vieux Uoria ne lui laissait rien voir de la mauvaise conduite de son neveu. Les mécontentements qii'elle fit naître fomentèrent la conjuration des deux Fieschi, chefs de l'une des familles patriciennes qui, de tout temps, avaient lutté d'influence avec celle des Doria. La conjuration avorta, et ses aulrurs payèrent de leurs tètes leur témérité; mais Giannettino tomba sous les coups des conjurés, et le vénérable restaurateur de la république génoise fut bien prés de jjartager son sort (1547).

AndréDoria survécut treize années à cette catastrophe. Il mourut le 25 novembre 151JÛ, âgédequotre-vingt-tjuatre ans, suivant nos conjectures, mais plus vieux de dix années, suivant l'opinion de quelques biographes. Dans tous les cas, il serait diflicile de trouver dans l'histoire une carrière d'homme plus remplie, plus honorable et plus glorieuse.

Le vieux amiral laissait en mourant une immense forlune, qu'il légua au fils de Philippin, son ancien associé, à Jean-Andrè Doria, digne à tous égards d'un nareil héritage, et qui fut, après son oncle, le général ae mer le plus illustre de sa nation et de sa noble maison.

DRAKE {FnAscis), amiral et navigateur anglais, né vers 1545, mort en 1595.

Le long règne d'Éli.sabeth est, sans contredit, une des époques les plus glorieuses de l'histoire d'Angleterre, et l'une des gloires les plus incontestables de ce règne, c'est d'avoir fondé la marine britannique et de l'avoir élevée à un point où elle ne redoutait plus de rivale eu Europe. « Sous ce règne, dit un historien, la nation anglaise se porta vers l'oljet principal pour lequel elle semblait être née : la mer devint son élément. Tout à coup s'élevèrent dans son sein plusieurs amiraux célèbres ; d'excellents matelots se trouvèrent bientôt formés, et les ports se remplirent de vaisseaux. Des arsenaux furent construits, des magasins pourvus, des munitions navales rassemblées. Une si heureuse révolution fit décerner à Elisabeth les titres de restauratrice de la gloire maritime de la nation, et de reine des mers du Nord (1). »

Mais toute la gloire maritime de ce grand règne semble se résumer dans un seul nom, celui de Fpa>t.is Drake, illustre à la fois comme navigateur et comme chef d'armées navales. 11 ne dut rien au hasard de la naissance, et, mérite commun à la plupart des grands hommes de mer, mais particulièrement remarquable dans un paysdeh:iute aristocratie, il s'éleva, du sein de l'indigence et de l'obscurité, au faite de la fortune et de la renommée.

Drake naquit à Upnor, dans le Devonshire. Son père, qui était ministre de cette paroisse, et qu'il perdit trèsjeune, l'avait confié en mourant à un caboteur de la côte, son parent ou son ami. Le patron fut si content de son élève, que, prêt à mourir lui-même, il lui légua sa barque; et le jeune Urake continua pendant quelque temps l'industrie de son bienfaiteur. Mais il se sentait a|qielé à de plus hautes destinées : une grande impulsion était alors donnée aux entreprises maritimes, soit pour la guerre, soit pour les explorations lointaines. Ayant appris, en 1507. qu'une expédition, destinée pour l'Amérique, était préparée dans

(1) De Sainte-Croix, Hitt. de la puis», tiotioie de l'Anglelerr», t. I, iir. II.

le port de Plymoutb, sons la direction de l'amiral Joliu Ilawkins, il vendit sa barque et vint offrir ses services à l'amiral, qui, sur sa bonne mine et son air résolu, les accepta avec empressement. On lui confia le commandement de l'un des plus faibles bâtiments de la flotte. Cette première campagne fut aussi glorieuse que profitable pour le jeune capitaine : il captura, dans le golfe du Mexique, plusieurs vaisseaux espagnols, et, comme l'expédition se f lisait pour le compte de ceux qui l'avaient entreprise, Drake eut à sou retour une assez forte part dans les bénéfices, et, dès ce moment, sa fortune et sa réputation étaient fondées.

Cinq ans idus tard, en 1572, l'intrépide coureur de mer revint dans les mêmes parages, à la tête d'une expédition armée à ses propres frais. Il s'empara de la ville de Nombre de Bios, dans l'isthme de Darien, et la pilla. Les colons espagnols, dont il était le fléau, faisant subir à son nom une légère variante, ne l'appelaient pas autrement que le Dragon, nom qui peignait bien la terreur qu'il leur inspirait. A la fin, cependant, traqué par des forces supérieures, il perdit le fruit de ses pirateries, courut les plus graves dangers, et n'échappa qu'avec beaucoup de peine aux croisières de Philippe II. 11 rentra en Angleterre il peu près ruiné, et le cœur exaspéré par les échecs et les mauvais traitements qu'il avait subis. Mais il méditait déjà une éclatante rev.mche; il avait conçu le hardi dessein d'aller la prendre l:i même où les Espagnols se croyaient le plus inattaquables, dans la mer du Sud, où n'avaient encore pénétré d'autres vaisseaux que les leurs, dejiuis (|ue Magellan la leur avait ouverte.

La reine Elisabeth, à laquelle il avait soumis son projet, lui donna des encouragements et sa protection spéciale, sans toutefois s'associer ostensiblement à son entreprise, à cause des ménagements que lui imposait la politique; car elle ne se sentait pas encore en mesure de lutter de front avec la puissance navale de Philippe II. Le mauvais succès de sa dernière expédition n'avait pas enlevé à Drake la confiance des armateurs de Pljmouth ; ils contribuèrent largement aux frais de celle qu'il préparait. Elle se composa de cinq navires de différentes forces, commandés par des officiers expérimentés, montés ]iar cent soixante hommes, et abondamment pourvus de vivres, d'objets d'échange et de munitions de guerre.

La flotte appareilla du port de Plymoulh le 5 novembre 1577; le 5 avril 1578, elle avait franchi la ligne et se trouvait en vue de la côte du Brésil. Au mois d'août suivant, elle était dans le port de Saint-Julien, sur la ciitc des Palagons, où avait longtemps séjourné Magellan. Ils y trouvèrent encore debout le gioet où ce navigateur avait fait pendre un de ses officiers, Luiz de Mendoza, qui avait conspiré contre sa vie. Drake fit juger un homme de son équipage, nommé Doughty, pour un crime semblable, et le fit pendre au même gibi-l. Il quitta la baie de Saint-Julien le 17 août, et entra quatre jours après dans le détroit; le G septembre, sa flottille débouchait dans la mer du Sud. Protège par sa bonne fortune, il n'avait mis que (piiuze jours à faire une traversée qui avait demandé .'i Magellan six semaines de tàtonnenienls, et où d'autres navigateurs ont employé depuis jusqu'à neuf mois.

Le 8 octobre, un coup de vent sépara de l'escadre un des vaisseaux, celui du capitaine Winler, qui fut rejeté dans le détroit, et qui, après avoir pris possession de la côte au nom de la reine Elisabeth, retourna sain et sauf en Angleterre. Drake avait, de l'autre côté du détroit, brûlé lin de ses bilimenls qu'il avait reconnu incapable de tenir la mer dans les parages dangereux qu'il avait à traverser. Sa flottille, dans la mer du Sud, se trouvait donc réduite à trois vaisseaux. Avec d'aussi faibles forces, il porta la terreur et la désolation dans tous les établissements espagnols de la côte occidentale du nouveau continent, et se livra, dans cette partie de l'océan Pacilique, à des exploits dignes d'un Barberousse ou d'un Dragut, s'cmparant des galions chargés des trésors recueillis dans les mines du Chili ou du Pérou, prenant et pillant les villes, ou levant sur elles des conlribulions considérables.

Drake s'était vengé des Espagnols au delà même de ses espérances; il ne lui restait plus que l'embarras de sauver

l'immense butin qu'il avait amasse, et de trouver, pour retourner en Angleterre, une route plus sûre que celle nu'il avait suivie.La question fut a^itt'e dans un conseil ae tous les oflleiers de sa flottille, et mûrement délibérée. 11 fut résolu qu'où prendrait la route du Japon et de la Cliiiie, pour revenir par le cap de Bonne-Espérance. On mit en conséquence le cap au nord, et l'on poussa dans cette direction jusqu'au cinquante-troisième degré de latitude boréale. Mais, i cette hauteur, on trouva la tern|iératuri' si glaciale et le l'roiJ si insupportable, que Urake dut rebrousser chemin pour rentrer sous la zone temjiérée. Revenu à la hauteur du trentième degré, il découvrit une terre dont les blanches falaises et les côtes verdoyantes rappelaient aux Anglais leur pays natal, et que, pour cette raison, ils appelèrent la Nuiaelle-Alhion, nom qu'elle n'a pas conservé : c'était la Californie, déjà découverte et explorée par Fernand Cortez; c'était ce moderne Eldorado dont le nom est aujourd'hui si populaire dans l'ancien et le nouveau monde.

Drake, fort bien accueilli par les naturels, ou'il trouva d'un caractère enjoué et confiant, séjourna quelque temps dans cette péninsule, et ne la quitta qu'après en avoir pris possession au nom de sa souveraine. « 11 fit, dit W. Monson, auteur de la relation de ce voyage, graver sur une lame de cuivre le nom, le portrait et les armes de la reine Elisabi ih, l'an et le jour de son arrivée, et les faveurs qu'il avait reçues des indigènes. Cette lame fut clouée sur la face d'un pilier de pierre i|u'il fit élever au milieu d une enceinte retranchée que les Anglais avaient établie sur le lieu même de leur débarquement (I). »

En s'éloignant de cette terre, Drake continua sa course à travers la" mer du Sud, dans le but de gagner les iles Moluques. Le 15 octobre lô79, il se trouva au milieu du groupe des Mariannes ou iles des Larrons. Il ne crut pas devoir s'y arrêter, à caus'e des importunités des naturels, qui continuaient à faire assez mal la distinction du tien et du mien pour mériter toujours la dénomination peu hoooraLle qu'ils avaient reçue de Magellan. Le i novembre, la flottille anglaise entra dans l'archipel des Jlohiques ; elle prit terre le 1 i du même mois à l'ile de Terate. dont le roi ou rajah, ennemi des Portugais, reçut Drake et ses officiers avec autant d'empressement que de distinction. Après V avoir fait d'excellentes affaires, notre navigateur visita Célébes et Java, où les Anglais ne furent pas moins gracieusement accueillis. Il quitta Java le 20 mars làSU, el arriva, le 18 juin suivant, au cap de Bonne-Espérance. Le reste de sa traversée n'offre rien de remarquable. Le 3 novembre de la même année, il mouillait au port de Plymouth. Il avait accompli le tour du monde en trois ans moins deux jours. Le navire qu'il montait était le second vaisseau européen qui eut accompli cet audacieux et immense périple, devenu depuis un jeu pour nos navigateurs.

L'orgueil britannique fut excessivement llitté du résultat de celle mémorable expédition; et c'était à juste titre, car elle avait été désastreuse pour une puissance rivale, et elle ouvrait un horizon sans bornes au commerce de la Grande-Bretagne. La reine Elisabeth, qui, comme on l'a vu, n'était pas restée étrangère à cette entreprise, vint diner à bord du Pélican, vaisseau-amiral de Drake, qui avait été amené à Deptford pour y être radoubé dans les chantiers de la marine royale. Après le repas, elle lui conféra solennellement le titre de clievalier, en lui disant que ses

Erandes actions l'honoraient encore plus que son titre. — e vaisseau de Drake fut conservé pendant longtemps dans un bassin spécial à Deptford, comme celui de Sébastian del Cano à Séville. Lorsqu'il tomba en ruines, on fit faire de SOS débris un fauteuil qui existe encore dans un des établissements de la ville universitaire d'Oxford, où ou le montre comme objet de curiosité.

Cependant, pour apaiser les vives et menaçantes réclamations du roi d'Espagne, qui demandait justice des déiirédations ijue Drake avait commises sur ses sujets dans la mer du Sud, Elisabeth so vit obligée d'imposer à cet officier des restitutions considérables, qui ne profitèrent

(1) Biit. nav. de l'AngleUrre.

point aux iiropriétaires lésés, mais qui servirent seulement à grossir l'épargne de leur avare monarque.

Le terrible navigateur angl.iis ne tarda pas d .saisir l'occasion de se récupérer; malheureusement ce l'ut encore aux dépens de ctux qu'il avait déjà si cruellement trail's dans ses courses |récédentes. En 1585, autorisé par des ordres secrets de la reine Elisabeth, qui venait de contracter une alliance avoc les Pays-Bas, où le duc de Parme cherchait à él iblir l'autorité de Philippe II, le chevalier Drake entreprit une nouvelle expédition contre les po.ssessions espagnoles de l'Amérique. Il attaqua chemin faisant les iles Canaries et celles du cap Vert, et rançonna Santiago, capitale de ces dernières. Arrivé dans la mer des Antilles, il prit el ravagea Saint-Domingue et Cartiuigène. poussa jusque sur les côtes de la Floride orientale, où il urùla Saint-Augustin ; se saisit d'nn grand nombre de vaisseaux richement chargés, et rentra àans la Manche sur la fin de l'année suivante, rapportant avec lui de nombreuses dépouilles opinies.

Elisabeth lui décerna le titre de vice-amiral, et lui confia une flotte de trente vaisseaux de guerre pour aller attaquer jusque dans ses ports la puissance navale du rui d'Espagne. Le 19 avril 1587, l'intrépide amiral se présente fièrement devant Cadix, force l'entrée de la baie sous le canon même des forts et des galères royales, y capture ou broie un nombre considérable de bâtiments, canonne b' fort et y occasionne de ruineux dégâts. « Les dangers qu'il courut dans cette occasion, dit Sainte-Croix,' furent imminents. Aussitôt que les ennemis perdaient l'espoir de sauver un vaisseau, ils y mittab nt le feu et le poussaient sur la flotte anglaise. Celle-ci avait quelquefois bien de la peine à s'en défendre, surtout lorsque le reflux le portait au milieu d'elle. Drake. content de ses premiers succès, voyant d'ailleurs le péril augmenter, crut qu'il était temps de se retirer. Il emmena avec lui six navires appartenant aux Espagnols, dont la perte fut évaluée à cent soixantedix mille écus d'or il). » \ son retour, avant de doubler le cap Saint-Vincent, l'amiral anglais s'empara de trois forts qui le défendaient, détruisil ie long de la côte toutes les barques ou petits bàlinienls jusqu'à'l'enibouchure du Tage, et brava impunément une flotte considérable réunie dans le port de Lisbonne sous les ordres de l'amiral Santa- Cruz. Il cingla ensuite vers les Açores, oi il trouva l'occasion d'ujoiiier de nouvelles prises à celles qu'il avait déjà faites, avant de rentrer triomphant dans la Manche.

Cependant Philippe II, mettant à contribution tous les ports de Naples, de Sicile, d'I-lspagne et de Portugal, était parvenu à r.unir une innombrable armada, que, dans son orgueil, il avait surnommée d'avance Vinvincihle, qui devait lui assurer la conquête de l'hérétique Angleterre, et pour laquelle le pape Sixte-Quint avait prodigué le trésor des indulgences. Elisabeth n'avait pas à mettre en ligne, il s'en fallait de beaucoup, une floltequi pût lutter de nombre avec celle qui venait l'attaquer; mais elle avait des amiraux plus habiles, et à leur tête les Hawkius, lesForbi'sher, les Drake; Drake surtout, que le grandamiral, Charles Howard, comte de ^'ottingllam, dont le plus grand mérite d'ailleurs était d'être un descendant des Planlagenets, avait pris pour son vice-amiral. Ce choix n'avait o.xcilé aucune réclamation, car Drake était considéré dés lors comme le plus grand, le plus intrépide et le plus fortuné marin de son siècle (2). Vinrinciblc armada essuya une déroute complète; mais Philippe II eut la consolation de pouvoir se dire que sa déroute avait été beaucoup plus l'œuvre de la tempête que celle de l'ennemi. Il est vrai ((ue les Anglais purent dire de leur coté qu'ils avaient été frustrés d'une gloire certaine par la tempête ; car ils avaient assez combattu pour établir leur supériorité sur tous les points qui devaient leur assurer la victoire en dépit de l'infériorité du nombre. L'amiral Drake, puer sa part, s'empara de diux galions espagnols, dont l'un portait le trésor de Varmada.

L'année suivante, Elisabeth, voulant profiter de ses avantages, entreprit d'enlever à Philippe II le Portugal, et

(1) Te Sainte-Croix, Hitt. de la putss. nav. de l'Angleterre,

(2) Ibid.

de favoriser les prélentions de don Antonio de Eragancc au trône de celle nation. Une flotte, composée en grande partie de volontaires et de vaisseaux fournis par souscription, auxquels Elisabeth en ajouta six de la manne royale, partit pour cette entreprise sous le commandement de l'amiral Drakc et du général Norris. Ce dernier devait diriger les opérations de l'armée de terre La flotte fut rejointe en route par une flotte hollandaise beaucoup plus nombreuse; et l'efl'ectif de ces forces combinées était assez imposant pour assurer le succès de l'expédition si elle avait été bien concertée; mais la mi'sintelligence se mit entre les chefs, i/avis de Drakc, qui voulait qu'on brusquât l'entrée du port de Lisbonne, ne fut pas écouté. Norris débarqua ses troupes il quelques lieues de distance au nord de cette capitale, voulant qu'elle fût simultanément attaquée par terre et par mer. Soit mauvais vouloir, soit contrariété du vent, Drake ne remonta pas le Tage comme il aurait du le faire pour assurer la réussite du plan combiné. Norris s'empara

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