NÉ EN
Pendant qu'Arnaud Bruneau, sieur de la Chabossière (paroisse de Lagord), capitaine de vaisseau, recevait de Louis XIV des lettres de noblesse pour prix de ses brillants services, un autre officier rochelais servait avec distinction dans la marine royale avec ses deux frères.
Amatheur Huet, écuyer, sieur du Riveau et de Granzay, plus connu sous le nom de Du RiveaurHuet, ou simplement Du Riveau, fils d' Amatheur Huet, chevalier, seigneur de Ré et du Riveau, et de Sara Viette, naquit à la Rochelle le 22 juillet 1647.
Il appartenait à une honorable famille protestante, qui, en 1591, avait fourni un maire, et en 1593, un lieutenant particulier au Présidial, magistrat intègre et érudit, connu par un Commentaire estimé sur la Coutume de la Rochelle et pays d'Aunis.
Lieutenant de vaisseau en 1670, Huet avait reçu le commandement de quatre pinasses, armées à Bayonne. Louis XIV informé qu'il était de la religion réformée, lui ordonna de remettre ces bâtiments au capitaine de frégate
Roux. Du Ri veau, démonté, céda à la pression royale, se convertit au catholicisme, et en 1662, fut fait capitaine de vaisseau.
L'un de ses frères fut nommé capitaine de frégate légère, et le troisième rétabli dans ses fonctions de lieutenant de marine. Seignelay écrivit à l'intendant Arnoul, le 2 octobre 1685 : « Il faut que vous les excitiez l'un et l'autre à « convertir ce qui reste de matelots huguenots et à empêcher (( qu'ils ne sortent du royaume. » (A. Jal.)
En 1665, Louis XIV, allié des Hollandais, mit en mer une flotte « plus considérable, » dit l'historien Th. de Blois, « par le choix des vaisseaux et la réputation de ceux qui les « commandoient que par leur nombre ; » 34 vaisseaux portaient 10.556 hommes.
De la Roche était chef d'escadre ; Du Riveau commandait V Aurore, armée de 8 canons et montée par 50 hommes ; Foran commandait la Sophie; Gabaret, le Grand Normand; Louis Gabaret, la Vierge ; Gabaret jeune, le Conquérant.
Mais cette flotte fut condamnée à l'inaction.
Le capitaine rochelais put bientôt se dédommager de cette inactivité forcée. Il fit les expéditions de la Manche en 1672 et 1673.
En 1676, l'escadre du maréchal de Vivonne comptait 28 vaisseaux, 25 galères et 9 brûlots. Du Quesne dirigeait l'avant-garde, composée de 10 vaisseaux et de 3 brûlots.
Du Riveau commandait le brûlot le Dangereux.
Le rochelais François de Ferrières, écuyer, sieur de Villeneuve, né le 30 novembre 1643, avait été tué au combat de Messine en 1676. Sa sœur Anne, veuve d'un capitaine de
vaisseau René de Gonzabatz, épousa Jean Erard, chevalier, sieur de Belle-Isle, aussi capitaine de vaisseau.
L'armée navale arriva en vue de Palerme, le dernier jour de mai. Le lendemain, la lutte s'engagea avec les Espagnols.
« Neuf vaisseaux et cinq brûlots, sous les ordres du marquis de Preuilly, chef d'escadre, et sept galères dont on donna le commandement au chevalier de Béthune, furent détachés pour aller tomber sur la tête de leur ligne ; toute l'armée les suivit pour les soutenir. Les vaisseaux et les galères commandés se présentèrent fièrement aux ennemis ; dès qu'ils furent à portée du canon, on fit sur eux un très grand feu; ils le soutinrent avec beaucoup de fermeté, s'approchèrent des ennemis plus près que la longueur d'un câble, mouillèrent sur la bouée de leurs ancres, et ne commencèrent à tirer qu'après avoir eu la patience de se bien établir pour le combat.
« Tant de résolution intimida les ennemis à ce point qu'effrayés de la valeur avec laquelle ils se voyaient attaqués de si près, ils coupèrent leurs câbles, prirent la fuite et allèrent s'échouer dans les terres les plus voisines de l'endroit où ils étaient.
« Ce commencement de désordre donnait une belle occasion aux brûlots du détachement de faire leur exécution, trois d'entre eux s'accrochèrent à trois vaisseaux qu'ils brûlèrent.
« Pendant que ceci se passait, le reste de l'armée française était tombé sur le corps de bataille des ennemis, où étaient les amiraux d'Espagne et de Hollande, et sur leur aile gauche ; le feu qui durait depuis une heure étant trèsvif de part et d'autre, les deux derniers brûlots qui restaient
du détachement prirent leur temps, à la faveur de la fumée, pour s'attacher à l'amiral d'Espagne, et l'un d'eux, l'ayant abordé par son travers, y mit le feu ; l'autre, croyant que pour un si grand navire, on pouvait utilement employer deux brûlots, l'aborda par sa poupe et acheva d'en assurer l'embrasement.
« La vue de tous ces vaisseaux enflammés ayant jeté l'étonnement et la crainte dans toute la ligne des ennemis, l'amiral des Hollandais, avec tout le reste de l'armée, prit le parti d'aller échouer entre la ville et le môle ; la précipitation avec laquelle se fit cette manœuvre causa beaucoup de confusion.
« Vivonne ne laissa pas échapper une occasion aussi favorable de détruire une partie de la flotte ennemie. Il commanda aux quatre brûlots qui lui restaient d'aller s'attacher à un gros de navires échoués. Ils exécutèrent cet ordre avec tant de courage et de bonheur, qu'ils abordèrent chacun le leur. Les ennemis firent toutes sortes d'efforts pour les déborder, mais les mouvements qu'ils se donnèrent pour y parvenir ne servirent qu'à leur causer une plus grande perte. Ils jetèrent eux-mêmes le feu sur d'autres vaisseaux, et on vit, dans un instant, un embrasement de 5 ou 6 navires. Le souvenir de cette victoire, la plus complète qui eût été remportée sur mer depuis plus d'un siècle, fut consacré par une médaille, représentant une galère dont la poupe est ornée d'un globe fleurdelysé et couronné par la Victoire avec la légende : « Victoria panormitana deletà hostium classe, 1616. »
A l'expédition de Sicile succéda l'expédition de Tabago, dirigée contre les Hollandais qui s'étaient emparés de
Cayenne, avaient mis à contribution Marie-Galande et menaçaient toutes les Antilles françaises (1676-1677).
Le comte de Lapeyrouse-Bonfils cite Du Riveau au nombre des braves officiers de l'escadre du comte d'Estrée qui firent cette rude campagne.
Notre Rochelais se distingua à la bataille de Bantry-Baie, dans laquelle les Anglais, en 1689, furent battus par la flotte de Château-Renault. Foran, Du Que$n&-Guiton et Du Quesne-Mosnier, Gabaret, Marsilly, Voutron, étaient dans cette action.
L'année suivante, commandant le vaisseau de 60 canons le Téméraire, de l'escadre de Tourville, il prit une glorieuse part au combat de Beachy ou de Beveziers (6 juillet 1690) contre les flottes réunies de l'Angleterre et de la Hollande, journée mémorable résumée ainsi par un historien hollandais : (( Dans cette action la victoire fut pour les Français, l'honneur pour les Hollandais et la honte pour les Anglais. »
Au mois de juillet 1691, Tourville dirigeait une nouvelle escadre destinée à protéger les convois qui portaient à Jacques II, en Irlande, de l'argent, des provisions et des munitions de guerre. Du Riveau-Huet commandait le vaisseau Y Excellent, armé de 80 canons et monté par 375 hommes. Du Quesne-Mosnier, la Guiche, d'Amblimonl, Sévigné, Montbron, Genlis et Jean-Bart avaient aussi des commandements dans l'escadre.
Mais l'ennemi ne jugea point à propos de se présenter, et quand, au mois de septembre, les Français étant rentrés au port, les flottes anglaise et hollandaise se portèrent à l'ouest de l'Irlande, elles furent dispersées par la tempête, perdirent quatre vaisseaux et quinze cents matelots.
On ignore la date du décès du vaillant capitaine rochelais (1). Il avait épousé, le 9 novembre 1678, Suzanne- Henriette Béraudin qui était veuve en 1708. Leur fille, Marie-Marguerite-Suzanne, épousa, en 1709, Philippe de Gallifet, chevalier, seigneur de Granzay et du Riveau, lieutenant de vaisseau et depuis capitaine d'une compagnie franche de la marine et lieutenant des maréchaux de France au pays d'Aunis.
Vendôme Huet } chevalier de Saint-Louis, était capitaine des vaisseaux du Roi en 1720.
(1) D'après notre honorable et regretté collègue A. Gouget (Armoriai du Poitou, 1667). Amador, Claude et Isaac Huet, issus de l'Echevinage de la Rochelle ; Mathieu, S r de Soudan (Sourdon) portent « d'or à la fasce de gueules, »
Le baron de la Morinerie attribue à la famille Huet de Sourdon un blason analogue : « d'or, à la fasce d'azur, chargée d'un croissant d'argent, accompagnée de 3 roses de gueules, 2 en chef et 1 en pointe. »