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FAMILLE DENYS

DE FRONZAC, LA TRINITÉ, SAINT-SIMON, SAINT-PIERRE, LA BRUÈRE LA RONDE ET BONNAVENTURE

Le 30 janvier 1654, Louis XIV signait les lettres de provisions de Gouverneur et Lieutenant-général en Canada en faveur du sieur Nicolas Denys, sieur de Fronsac (1), l'un des auteurs d'une honorable famille d'officiers de marine, dont l'histoire est étroitement liée à celle des développements de la colonie essentiellement rochelaise de l'Acadie.

Le texte même des lettres royales atteste la mission et la nature des services déjà rendus par notre compatriote, « ci-devant institué et établi par la Compagnie de la Nouvelle « France gouverneur en toute l'étendue de la grande baie « Saint Laurent et îles adjacentes, à commencer depuis le cap « de Canseau jusqu'au cap des Rosiers, en la Nouvelle France.

(1) La passe entre l'Acadie et l'Ile Royale se nomme Passe de Fronsac.

Nicolas Denys était fils de Mathurin Denys, capitaine des gardes du Roi Henri NI, tué, à côté de lui, en défendant les ponts de Tours contre le duc de Mayenne, et enseveli à Saint-Symphorien des ponts de Tours. Un autre fils de Mathurin, Hugues, officier au régiment des gardes, fut tué dans les guerres d'Italie.

« Depuis neuf ou dix ans en çà, il a apporté et utilement

« employé tous ses soins, tant à la conservation des Sauvages

« dudit pays, à la foi et à la religion chrétienne, qu'à

a l'établissement de notre autorité, en toute l'étendue dudit

« pays, — ayant construit deux forts, — et contribué de

« son possible à l'entretien de plusieurs Ecclésiastiques

« religieux, pour l'instruction desdits sauvages, — et

« travaillé au défrichement des terres, où il a fait bâtir

<( plusieurs habitations. »

Cette œuvre laborieuse et patriotique de civilisation fut troublée par Charles de Menou, sieur d'Aulnay-Charnisay, lequel, « à main armée et sans aucun droit, » chassa Denys des possessions de la Compagnie, s'empara des « forts, « victuailles et marchandises et ruina les habitations. »

C'est pour porter remède à cette usurpation que le Roi de France choisit « un homme capable et instruit en la « connaissance des lieux, fidèle » à son service et qu' « étant « assuré du zèle, soin, industrie, courage, valeur, bonne et « sage conduite du sieur Denys » nommé et présenté par la Compagnie, il le confirma, ordonna et établit Gouverneur et Lieutenant-général en tout le pays, territoire, côtes et confins de la grande baie de Saint-Laurent, à commencer du cap de Canseau jusqu'au cap des Rosiers, îles de Terre-Neuve, du cap Breton, de Saint-Jean et autres îles adjacentes.

Les pouvoirs de Nicolas Denys étaient fort étendus :

1° Faire reconnaître l'autorité royale dans la Nouvelle- France ;

2° Assujettir, soumettre et faire obéir les peuples qui y

habitent et les faire instruire dans la connaissance du vrai Dieu, et dans la lumière de la foi et religion chrétienne ;

3° Commander, tant par mer que par terre, avec pouvoir de commettre, établir et instituer tous officiers de guerre et de justice, pour la première fois et, delà en avant, les nommer et présenter au Roi pour les pourvoir et leur donner les lettres nécessaires ;

4° Selon les occurences des affaires, avec l'avis et conseil des plus prudents et capables, établir lois, statuts et ordonnances, le plus qu'il se pourra conformes aux lois françaises ;

5° Traiter et contracter paix, alliance et confédération avec lesdits peuples ou autres ayant pouvoir et commandement sur eux ; leur faire guerre ouverte pour établir et conserver l'autorité royale, et la liberté du trafic et négoce ;

G Distribuer les grâces, privilèges et honneurs, selon les qualités et mérite des personnes, sous le bon plaisir du Roi ;

7° Jouir de la paisible propriété de toutes les terres concédées à Denys par la Compagnie de la Nouvelle-France pour lui et les siens, avec droit d'en donner et départir telle part qu'il avisera, tant aux sujets français qu'aux originaires ;

8° Faire soigneusement chercher les mines d'or, d'argent, cuivre et autres métaux et minéraux, et les faire mettre et convertir en usage, sous la réserve, au nom du Roi, du dixième du profit qui viendra de celles d'or et d'argent ;

9° Privilège, pouvoir et faculté de trafiquer et de faire la traite des pelletteries avec lesdits sauvages dans toute l'étendue du pays de terre ferme et côte de la grande baie

Saint-Laurent, Terre-Neuve, Gap Breton et autres îles adjacentes ;

10° Indemnité par la veuve et les héritiers d'Aulnay Charnisay de toutes les pertes et dommages soufferts par Denys de la part d'Aulnay ;

11° De plus, droit, faculté et pouvoir de faire une Compagnie sédentaire de la pêche des morues, saumons, maquereaux, harengs, sardines, vaches marines, loups marins et autres poissons qui se trouveront en toute retendue du pays et côte de l'Acadie jusqu'aux Virginies et îles adjacentes, « à laquelle Compagnie seront reçus tous les habitants du pays, pour telle part qu'ils y voudront entrer, pour des profits y participer, de ce que chacun y aura mis et défenses à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'ils soient, d'entreprendre sur la Compagnie pour faire la pêche sédentaire en toute l'étendue du pays, à la réserve toutefois de nos sujets que nous entendons pouvoir aller par tout le pays de la Nouvelle France, avec navires et en tels ports et havres que bon leur semblera, pour y faire pêche verte et sèche, tout ainsi qu'à l'ordinaire, sans y pouvoir être troublés en aucune façon par la Compagnie ; faisant très expresses inhibitions et défenses à tous marchands, maîtres et capitaines de navires, et autres nos sujets ordinaires dudit pays, de quelque état et condition qu'ils soient, de faire la traite des pelleteries avec les Sauvages du pays, ni la pêche sédentaire, sans son exprès congé et permission, à peine de désobéissance et confiscation entière de leurs vaisseaux, armes, munitions et marchandises, au profit du sieur Denys, et de dix mille livres d'amende. »

Nicolas Denys de Fronsac fit exécuter d'importants et

nombreux travaux dans son gouvernement : il donna tous ses soins aux défrichements, créa des pêcheries considérables, notamment au port Rossignol, bâtit des forts autour desquels des villes se sont groupées.

On lui doit le fort Saint-Pierre, au Cap Breton, qui protégeait un défrichement de 80 arpents de terre labourable, rétablissement du Cap Campseaux, le fort de Chadabouctou.

Il se fit bâtir une habitation près du Cap Doré, dans le voisinage de celle du commandeur de Razilly.

Sa famille résidait au fond de la baie des Chaleurs, au lieu nommé Migipiguit, qui était flanqué de bastions et armé de 6 pièces de canon en batterie. Ce fut dans cet asile que Denys se retira, après l'incendie du fort Saint-Pierre.

Sur la grande île de Miscou, il fit planter force fruits à noyaux et la vigne qui y réussit dans les meilleures conditions. Il découvrit la pierre à chaux et la pierre à plâtre inconnues jusqu'alors dans le pays.

Les possessions françaises étaient constamment menacées. Les pionniers étaient obligés d'être soldats et laboureurs.

Plusieurs fois Nicolas Denys dut chasser les Anglais de l'île de la Magdelaine.

Il eut encore à repousser les attaques de voisins envieux, comme lui possesseurs souverains dans la contrée, qui au lieu de travailler à la fertilisation et à la colonisation du Canada, troublèrent dans leurs cultures ceux qui avaient tiré un bon parti de leurs domaines, et y avaient formé des établissements prospères.

Les habitations en bon rapport étaient sans cesse

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envahies, parfois enlevées, et de l'instabilité de la possession résultaient le retour en friche et la dépopulation.

Denys ne voyait d'autre remède à cette regrettable situation que les sentiments religieux et l'autorité royale pour maintenir les droits de chacun : « Je souhaite, écrivait-il au Roi, que Dieu inspire à ceux qui ont part au gouvernement de l'Etat toutes les considérations qui les peuvent porter à l'exécution d une entreprise aussi glorieuse au Roi, comme elle peut être utile et avantageuse à ceux qui y prendront intérêt; ce que je souhaiterois qu'ils fussent, principalement pour la gloire de Dieu. »

Pour les travaux de défrichement et l'exploitation des forêts qui couvraient le pays, Denys avait besoin du concours de colons dévoués et travailleurs.

Il envoyait souvent en France ses navires que parfois il commandait lui-même ; il abordait à la Rochelle, pour y prendre des passagers qu'il établissait sur ses possessions de l'Acadie, avec tout ce qui était nécessaire à la colonie.

Il s'agissait de réparer des pertes incessantes, des forts pris, des territoires envahis, des logis incendiés, des navires pillés.

Ces attaques et ces dévastations qui compromettaient la sécurité des colons, tenaient à l'isolement des habitations éparpillées dans toute la contrée. Denys et Samuel Champlain essayèrent en vain de prémunir les nouveaux pionniers contre cette tendance regrettable et égoïste qui les empêchait de se porter, en temps utile, un mutuel secours.

Toutefois, pendant quarante années, Denys exerça comme gouverneur une réelle influence sur les colons qui l'avaient suivi en Acadie ; il réussit à les maintenir et sut même tirer

parti des Sauvages en les employant à la fertilisation du pays.

On doit à Nicolas Denys une publication souvent citée par le R. P. de Charlevoix, comme l'œuvre d'un homme de mérite, qui ne dit rien qu'il n'ait vu par lui-même. Ce livre a pour titre : Description géographique et historique des costes de l'Amérique septentrionale avec l'histoire naturelle du Pats par Monsieur Denys, gouuerneur lieutenant-général pour le Roi et propriétaire de toutes les Terres et Isles qui sont depuis le Cap de Campseaux jusques au Cap des Roziers. — Paris, 2 vol. in-12, 1672.

La hardiesse du marin déplut aux courtisans. Un certain nombre d'exemplaires fut détruit, et l'ouvrage est aujourd'hui fort rare.

Denys s'adresse au Roi dans une dédicace pleine de dignité ; il lui demande une audience pour lui exposer les intérêts de la Nouvelle-France, tels qu'ils lui sont connus par une expérience de quarante années dans la marine.

« Le Canada ne commence à respirer que depuis les soins que prend Votre Majesté de donner une nouvelle face à cette colonie chancelante.

(( L'Acadie seroit encore injustement entre les mains de nos voisins, sans ce mesme soin qui veille incessamment à tout ce qui peut enrichir vos sujets par le commerce maritime. Mais, Sire, puisque le pays, dont je prends la liberté de vous présenter la description, fait la principale partie de la Nouvelle France, la plus utile et la plus aisée à peupler, j'ose espérer que V. M. voudra bien lui faire quelque part de cette application universelle, par le moyen de laquelle nous voyons tous les jours changer en abondance

ce qui avoit paru de plus infructueux jusques à cette heure. Trente-cinq ou quarante années de fréquentation ou de séjour en cette partie de l'Amérique, où j'ay l'honneur de commander pour V. M. depuis quinze ans, m'ont donné assez de connoissance de sa fertilité, j'ay eu d'ailleurs le loisir d'examiner et d'être convaincu des avantages qu'on en peut tirer pour l'architecture navale et des moyens d'y établir la pesche sédentaire avec un gain presque incroyable à qui en entendra l'économie, en faisant avec 12 hommes ce qu'on n'a pu faire jusques à présent avec 50. »

Dans l'avertissement au lecteur, Denys promet « la sincérité, » à défaut « de la grâce et de la régularité du discours » que ses occupations maritimes et une fréquentation de près de quarante années avec les sauvages ne lui ont pas permis de rechercher. »

« Aux lieux où l'on a défriché, la terre y est presque partout propre à produire toutes les espèces de fruits, de grains et de légumes que nous avons en nos provinces, ce qu'on ne sçaurait révoquer en doute, puisque le climat est pareil au nostre et sous la même élévation. Il est plus facile à peupler qu'aucune des terres de l'Amérique où nous avons des colonies, parce que le voyage en est court et se fait presque tout entier sous le mesme parallèle d'où Ton a coustume de partir pour y aller.

« Tout ce qu'on y coupe de bois pour déserter la terre, y est propre ou pour la construction des maisons ou pour bâtir et mater des vaisseaux, ou pour des cendres, et tous les autres usages où le bois peut estre emploie, outre que la grande quantité de havres seurs, qui sont par toute la coste, faciliteront beaucoup le commerce qui s'y peut faire,

(( Il y a des mines de charbon de terre dans l'étendue de ma concession et sur le bord de la mer, qui se trouve aussi bon que celui d'Ecosse. »

Enfin il décrit avec détail « la pesche de la molue », tant sur le grand banc qu'à la coste de la nouvelle France et isles adjacentes, « la police qui s'observe entre les capitaines, leur œconomie, leur discipline, les instruments et les machines, dont ils se servent à la pesche, les fatigues qu'on y essuie, les risques qu'on y court et quantité d'autres particularités curieuses. »

Les sauvages « sont tellement changés de mœurs par la fréquentation des François, que j'ay jugé à propos de faire remarquer la différence qu'il y a entre leur conduite, et manière de vie présente d'avec celle qu'ils pratiquoient, avant que leurs débauches d'eau de vie et de vin eussent corrompu leurs premières inclinations.

« A l'égard des animaux qui s'y rencontrent, peut-estre n'a-t-on rien veu de si singulier que ce que je dis de l'instinct des castors, de leur industrie, de leur discipline, de leur subordination, de leur obéissance dans le travail, de la grandeur de leurs ouvrages, etc.

« On tombera aussi d'accord que l'habileté des renards à attraper des outardes, passe, en ce pays-là, tout ce qu'on dit de leurs finesses, et la souplesse des chiens pour les imiter, ne paroistra pas moins surprenante.

« Le soin qu'ont les hiboux de conserver des animaux en vie pour leur servir de provision pendant l'hiver, passerait pour une fable, s'il n'y avoit des milliers d'hommes témoins de cette vérité. »

L'auteur s'excuse de n'avoir pas eu le temps de suivre son

inclination, en terminant son ouvrage par « un essai de tables pour servir à trouver à toutes les heures du jour, que le soleil paroist, la latitude de chaque lieu par une seule opération, et avec les instruments ordinaires, dont les pilotes ont accoutumé de se servir. »

Denys avait surtout des connaissances spéciales, mais il les possédait bien.

Comme historien, il est un témoin fidèle et éclairé et inspire la confiance par le ton de sincérité évidente qui anime tous ses récits.

Cette réunion assez rare du talent du narrateur à l'activité de l'homme de l'action, de la véracité à l'élévation des vues, à la patience, à l'énergie, au courage ont assuré à N. Denys une place honorable dans l'estime de ses contemporains et doivent préserver son nom de l'oubli.

Nicolas Denys laissait un fils, Richard, qui épousa à la Rochelle Françoise Gailleteau. De ce mariage était issu un fils, qui fut tué à l'âge de vingt ans, dans un combat soutenu par le vaisseau la Valeur, commandé par M. de Saint-Ovide.

Jacques Denys, fils de Mathurin Denys, était capitaine de Roi, commissaire-général des armées du Roi. Il mourut en Candie.

Simon Denys de la Trinité, fils de Jacques, paraît avoir été revêtu de la charge de Conseiller au Conseil supérieur de Québec. Il se maria deux fois et il a eu de ses deux épouses quatorze enfants, tous restés vivants.

L'un d'eux, Paul Denys de Saint-Simon, fut prévôt des maréchaux de France, dans la Nouvelle-France, et succéda à son père dans la charge de Conseiller au Conseil supérieur de Québec. Il était connu sous le nom de Saint-Simon. En

1672, il alla, avec le Père Albanel, prendre possession de la baie d'Hudson, au nom du Roi de France.

L'un de ses frères, Simon-Pierre Denys, sieur de Saint- Pierre, du nom de l'île, qui porte encore aujourd'hui le pavillon français, officier dans les troupes royales, fut blessé dans un combat, fait prisonnier et brûlé par les Iroquois.

Charlevoix nous apprend que parfois les Sauvages traitèrent, avec humanité, leurs captifs. C'est ainsi qu'un matelot de la Rochelle, déserteur appelé Grollet, réfugié chez les Sauvages, fut épargné et prit si bien leurs manières qu'on ne l'aurait jamais cru Européen. « Non-seulement il était nu, mais il avait tout le corps, excepté le visage, peint et piqué. La vie libertine qu'il menait avait eu pour lui de grands attraits, et il ne lui restait plus presque aucune teinture de religion. Tant qu'il avait eu de la poudre, il s'était fait admirer par l'effet de son fusil, mais dès qu'elle lui eut manqué, il fut obligé d'apprendre à manier l'arc et la flèche. Il fut fait prisonnier par les Espagnols du Nouveau- Mexique en 1690 et envoyé aux mines. »

Jean-Baptiste Denys de la Bruère, officier comme son frère, fut tué dans une action contre les Iroquois, mais sa mort fut vengée par l'armée française, que commandait M. de Valrennes.

Pierre Denys de la Ronde, frère des précédents, fut grandmaître des eaux et forêts de la Nouvelle-France. Il avait épousé, en 1655, M lle Catherine le Neuf, fille du gouverneur des Trois Rivières, auquel De Mézi, gouverneur et lieutenant-général pour le Roi de toute la Nouvelle-France, remit, en mourant, le commandement général du pays.

Les membres de la famille rochelaise que nous avons

maintenant à faire connaître, servirent tous avec distinction dans la marine et appartiennent ainsi plus directement à cette galerie navale.

C'est, en 1730, un des fils de sieur Paul Denys, de Saint- Simon, Guillaume-Emmanuel-Théodore, connu sous le titre de sieur de Vitré, qui est tué glorieusement sur un vaisseau qu'il commandait sur les côtes de Saint-Domingue.

Louis Denys de la Ronde, fils de Pierre Denys de la Ronde, commandait, en 1705, la frégate la Biche.

Deux ans plus tard, il se distingua dans la défense du Port-Royal, assiégé par vingt-quatre navires anglais et des troupes de débarquement qui avaient ouvert la tranchée. L'énergique résistance des assiégés et la valeur des troupes commandées par Denys obligèrent les Anglais à lever le siège et à se rembarquer.

Denys reçut une lettre de satisfaction et des instructions pour porter des secours au Canada et croiser devant Boston. Nous le voyons, en 1708, prendre le commandement de la frégate la Vénus, qui reçut le baptême du feu, dès le début de la campagne. En 1709, au siège du fort Saint- Jean, il commandait une frégate. Cinq de ses neveux faisaient partie de l'état-major. Deux furent grièvement blessés, au moment où ils justifiaient par leur courage la confiance du souverain. Après la prise du fort Saint- Jean, Denys reçut de flatteuses distinctions et eut la mission de conduire en France les prisonniers de guerre Thomas Lloyd, ex-gouverneur de la forteresse, et le lieutenant Philips, et de se rendre à Versailles, pendant qu'un de ses frères qui commandait YHirondelle conduisait à Québec le reste des prisonniers anglais.

En 1713, il est chargé de l'établissement dans l'île du Cap Breton. Les officiers de marine menaient de front la défense de la colonie et l'extension du territoire, les faits d'armes et la colonisation.

Dans cette même année 1713, le gouverneur général Nicholson étant muni des pouvoirs de la reine Anne Stuart d'Angleterre pour traiter au sujet des habitants français de l'Acadie, Louis Denys de la Ronde eut mission de défendre les intérêts de ses compatriotes, et le traité conclu avec le général anglais fut ratifié par celui d'Utrecht. Dès l'année suivante, il est envoyé au Port-Royal pour exiger du gouverneur Nicholson la loyale exécution du traité.

En 1715, commandant le vaisseau du Roi la Vénus, il dut relâcher à Plaisance, par suite des prises qu'il avait amarinées et qui avaient réduit son équipage.

En 1716, l'île Oudouakic lui fut concédée.

En 1722, il fut nommé par le Roi au commandement des îles Saint-Jean, Miscou, la Madelaine, Briou, Ramées, etc. Il découvrit des mines de cuivre, et exploita celles de Chagou Amigou, dont les produits étaient transportés par le lac Ontario, depuis le Saut Sainte-Marie jusqu'à Frontenac, et fit construire des navires pour l'exploitation.

Louis de la Ronde était chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Son fils Philippe-Ambroise figure, en 1754, comme cadet dans les troupes détachées de la marine au Canada. Il parvint au grade de général de division, fut nommé gouverneur général des Iles du Vent et mourut en 1813.

Un autre des fils de Pierre de la Ronde, Simor^Pierre Denys, sieur de Ronnaventure, du nom d'une île de l'Acadie colonisée

par ses ancêtres, arriva en 1691 au Port-Royal, avec une prise anglaise sur laquelle étaient le chevalier Nelson, nommé gouverneur de l'Acadie, et le sieur Tyne. Il envoya ces deux prisonniers à Québec.

L'année suivante, commandant le navire du Roi Y Envieux, D. de Bonnaventure part de la Rochelle, ayant à son bord un officier distingué, Alberville, capitaine de frégate légère, chevalier de Saint-Louis, qui allait rejoindre à Québec le navire du Roi le Poli qu'il devait monter.

En 1695, il fit plusieurs prises sur les Anglais ; puis, avec d'Iberville, il exécuta une brillante campagne dans la baie d'Hudson. II s'agissait de chasser les Anglais des postes qu'ils occupaient à Terre-Neuve, du fort Pemkuit et des points qui menaçaient l'occupation française.

Un vaisseau anglais fut coulé bas dans la baie ; les autres, criblés, s'échappèrent à grand'peine. Le fort Pemkuit fut pris. Les Français, les raquettes aux pieds, chassèrent de Terre-Neuve les Anglais et les obligèrent à se réfugier dans l'île Carbonnière.

D'Iberville et de Bonnaventure, ayant appris que trois navires anglais attendaient leurs deux bâtiments, à l'entrée de la rivière Saint-Jean, avec des forces supérieures, allèrent hardiment à l'ennemi qu'ils rencontrèrent, le 14 juillet.

D'Iberville démâta le Niewporl qui fut pris. Les deux autres échappèrent à la faveur de la brume.

Le capitaine de Bonnaventure fit voile pour la France, afin d'aller demander au Roi les moyens nécessaires pour continuer les opérations de guerre contre les Anglais. Il mourut en 1711, avec le grade de capitaine de vaisseau.

Son fils, Claude-Elisabeth, servit avec distinction. En

1751, il fut nommé major et commandant de l'île Saint- Jean ; en 1754, lieutenant du Roi, commandant la place de Louisbourg. Il était chevalier de Tordre royal et militaire de Saint-Louis.

En 1758, une armée anglaise assiéga Louisbourg. Une grande partie de la garnison avait succombé, les blessés remplissaient les hôpitaux ; les vieillards, les enfants, les femmes prirent part à la défense de la place.

Madame de Drucourt, femme du gouverneur, mettait le feu aux canons.

Claude de Bonnaventure était grièvement blessé. Un jour, l'ingénieur Franquet lui fit dire que s'il ne diminuait le feu de la batterie du Roi, elle allait s'écrouler. Il répondit qu'il ne savait pas recevoir des coups sans en rendre. Plusieurs sorties furent faites, mais il fallut céder au nombre des assiégeants et rentrer dans la place, qui, après deux mois de siège, ses ressources épuisées et ses fortifications détruites, capitula. Denys rentra en France avec le commandement général des troupes de l'Acadie et mourut à Rochefort des blessures reçues au siège de Louisbourg. Ses funérailles furent faites aux frais de l'Etat.

Son fils, Claude-Charles, (1) enseigne en second d'infanterie au siège de Louisbourg, parvint au grade de capitaine

(1) C'est à l'obligeance de l'un de ses fils, le regretté J.-Ch.-A. Denys de Bonnaventure, capitaine retraité, chevalier des ordres de la Légion d'Honneur et de Charles III d'Espagne, que nous devons la communication du livre de Nicolas Denys et des documents authentiques qui justifient nos assertions.

La famille Denys porte « de gueules à la grappe de raisin d'argent, feuillée de même » ; l'écu timbré de la couronne de comte et supporté par deux cerfs.

de vaisseau et reçut la croix de Saint-Louis pour prix de ses honorables services. Il était membre de l'Académie royale de marine.

En 1778, il montait le vaisseau le Fendant, commandé par le marquis de Vaudreuil, qui prit une part glorieuse au combat d'Ouessant. En 1783 et 1784, il commanda une division de six voiles dans la mer Baltique. En 1788 et 1789, il montait la frégate la Flore et commandait la station des côtes d'Afrique.

Parmi les familles saintongeaises qui ont fourni à la marine, pendant plus d'un siècle, une série ininterrompue d'officiers distingués, chevaliers de Saint-Louis, figure la famille Isle de Beauchesne, qui se rattache à notre étude par le mariage de Marie de La Garde, née et décédée à la Rochelle, avec le vicomte Joseph Isle de Beauchesne. De cette union naquit une fille mariée au vicomte de Maupeou d'Ableiges.

Le grand-père de Marie de La Garde, Mathurin, né à Thouars le 20 novembre 1753 et décédé à Châtillon-sur-Sèvre le 17 juin 1815, entra, en 1779, dans la marine royale, fut grièvement blessé sur V Hector en 1782, au combat de Saint- Christophe, et devint colonel le 15 décembre 1814, chevalier de Saint-Louis le 26 janvier 1815, maréchal des camps et armées du Roi, le 23 février 1815. 11 avait été retraité, avec le grade de capitaine de vaisseau, le 31 décembre 1814. Ses états de services constatent que ses divers brevets remontaient au 26 août 1796 et au 4 février 1799, pour rappeler ses campagnes, pendant l'émigration, au service de la Hollande et dans les armées royales. (Biographie L. G. Micheau, en 1818.)

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