‹ Les marins Rochelais: notes biographiquesChapitre 24 sur 53 · JOSEPH-CLAUDE-AUGUSTIN CRASSOUS DE MÉDEUIL · texte numérisé non relu

JOSEPH-CLAUDE-AUGUSTIN CRASSOUS DE MÉDEUIL

Joseph-Claude-Augustin Crassous de Médeuil naquit à La Rochelle, le 23 octobre 1741, du mariage de Joseph, notaire et procureur, et de Marie-Anne Gauvrit, petite-fille d'Eve Bernon — un vieux nom municipal historique. Son père se remaria trois fois et eut neuf enfants du dernier mariage. Le foyer paternel est alors souvent triste pour les fils du premier lit. Peut-être Tentant fut-il attiré par le mirage des pays lointains et des peuplades étranges, par l'inconnu, les aventures, l'espoir de faire fortune.

Quoi qu'il en soit, Joseph de Médeuil devient marin et négrier.

Il monte, en 1772, le navire le Roi Dahomey, armé pour la côte de Guinée. Le 26 avril 1783, il achète, avec Daniel Ricaud, une part dans la goélette la Créole, qu'il revend pour 5.500 roupies, payées comptant, à Mungo Dick, esq re . Il embarque sur ce navire, à cent livres par mois, dix livres par noir vendu et la liberté d'embarquer un négrillon, dont il n'aurait pas à payer le fret. Le bénéfice du voyage de Ppurbpn fut de 8.770 livres-

Quiloa ou Kilwa, capitale du royaume du même nom, sur une île de l'Afrique Orientale, compte trois mille habitants. Très florissante au xvi e siècle, elle est aujourd'hui bien déchue. Le royaume de Quiloa, situé sur la côte de Zanguebar entre celui de Zanzibar, au Nord, et la capitainerie générale de Mozambique, au Sud, a 50.000 habitants. Conquis par les Portugais aux xvii 6 et xvin e siècles, il appartient aujourd'hui à l'iman de Mascate qui le laisse dépérir. C'est dans ce pays que nous conduit notre lieutenant Rochelais. En effet, nous lisons dans le journal de bord de Joseph de Médeuil, à la date du 2 décembre 1783 :

Rendu ma visite au roi qui m'a invité d'assister à son mariage, Jeudi 4. Ce jour étant celui de la cérémonie de sa Majesté le Sultan de Quiloa, nous avons cru devoir profiter de ce moment pour faire nos présents et témoigner la part que nous prenions à la joie publique. En conséquence, fait pavoiser sur vergue et salué de trois coups de canon, au lever, au midi et au coucher du soleil, et étant invité audit mariage, nous nous y sommes portés en cérémonie et avons été bien accueillis parmi le tumulte et le bruit, non des fanfares, mais des gongons ou tamtams, espèces de gros tambours se tenant debout, et couverts à l'autre extrémité d'une peau de cerf sur laquelle on frappe avec les mains ou avec deux baguettes, ce qui rend un son sourd et lugubre, comme nos tambours à l'enterrement des officiers. Il y en a, d'ordinaire, deux, mais aujourd'hui, il y en avait trois de diverses grosseurs formant ensemble une espèce de double charivari, accompagné du chœur des femmes ou servantes qui chantent dans la maison et forment un assez bon accord. Elles vont, ce jour, avec une belle pagne et ont sur les épaules un tapis de surate négligemment jeté et dont l'autre bout est passé autour des reins. Leurs cheveux sont frisés en une multitude de petites tresses avec symétrie et graissés de mantèque ou suif de mouton. Le visage est peint avec une certaine teinture qui parait blanche et qui est faite avec du bois de sandal. Elles portent des pendants

d'oreilles à diverses lames et de petits clinquants et des chaînes au cou de même de quatre à sept ou huit anneaux à chaque bras et jambe, le tout de câlin avec un peu d'argent.

On nous fit dire que le roi allait se rendre chez sa nouvelle épouse, tout le pays était là devant sa porte, où Ton tirait force coups de fusils et de pierriers et même sur le bord de la mer un canon, qui était toute l'artillerie du sultan.

Nous trouvâmes à sa maison plusieurs chandelles allumées et l'on commença la marche, ainsi qu'il suit : les gens armés, en tète, confusément, en tirant continuellement des coups de fusil ; ensuite était le roi, sous un tapis fort commun, porté par plusieurs de ses esclaves et soutenu avec des morceaux de bois, entouré de quatre fanaux de signaux, fournis par un des capitaines français, ensuite étaient les frères du roi et les gens considérés dans le pays, marchant indifféremment sans rang ni symétrie et enfin tous ceux qui voulaient y venir. Lorsque l'on se fut rendu chez le beau-père et assemblé dans la première entrée où il y avait une chaise pour le roi et un canapé particulier, à côté, sur lequel me parut être assis le beau-père avec un ou deux prêtres de leur culte ou cheiks, on garda le silence quelque temps, dans lequel intervalle on entendit les femmes chanter au-dedans de la maison, soit des hymnes, soit autre chose. Quand elles eurent fini, le beau-père se leva et vint au roi à qui il fit un long discours qui me parut être une exhortation paternelle pour sa fille, à laquelle le roi paraissait promettre de se conformer. Il se leva ensuite un de ces cheiks, qui parut répéter une partie de ce que venait de dire le beau-père, et on finit par une prière que chacun redisait. On se leva pour passer dans l'appartement de la future épouse, qui était sur un banc, placé au bout de la chambre et devant lequel était un tapis de Perse qui fermait entièrement le passage de la rue. Sur le bambou qui portait le dit tapis étaient étalées un certain nombre de marchandises à demi déployées qui me parurent être des présents faits par le roi à la nouvelle épouse, qui reçut, en outre, trente piastres, que le roi lui donna pour sa dot.

Les jours suivants, il y eut danse et musique devant les portes du beau-père.

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Joseph de Médeuil embarque comme lieutenant de frégate et capitaine en second, sur la flûte la Juliette, commandée par le prince Victor de Rohan-Guéménée, fait la campagne de Pîle de France et désarme le 10 août 1787.

De nouveau, dans la marine marchande, il fait la traite des noirs sur le Pactole, armé à Bordeaux, le 12 mars 1788, par Paul Nairac, pour Mozambique, Quérimbo, Quiloa.

Par une suite de coups de vent, le navire a relâché et mis plus de trois pieds d'eau dans sa cale. Nous nous sommes vus forcés de jeter à la mer plus de la moitié de nos vivres de traite qui étaient entièrement pourris. N'ayant pu trouver à nous ravitailler à la baie du Saint-Esprit, ni à celle de Saint-Augustin, nous nous sommes décidés à aller à l'île d'Anjouan où nous nous sommes munis de riz, pois et autres légumes, convenables pour les noirs, et où nous avons acheté une corvette pour faciliter nos occupations de traite.

La corvette fut perdue à la mer et nous avons, avec peine, sauvé l'équipage.

Le 28 août, dans la baie de Quiloa, au mouillage ordinaire, nous eûmes le malheur de toucher sur l'extrémité d'un banc, le navire se renversa et se brisa, s'écrasa totalement, nous avons été contraint de l'abandonner. La grande finesse du malheureux Pactole a causé sa perte, car au même instant qu'il avait touché, il s'est abattu sur bâbord, renversé et rompu de toutes parts, quoique la mer fût, dans cet endroit, aussi belle que dans un étang.

Nous avions sauvé environ trente mille piastres avec lesquelles nous nous transportâmes sur le navire le Don Royal, du Havre, capitaine Le Vanier, qui, au bout d'une navigation de cinquante jours, eut le malheur de se perdre aussi sur l'île de l'Assomption, dans l'archipel Nord-Est de Madagascar. Le vaisseau fut entièrement naufragé et brisé. Après ce second naufrage, nous fûmes contraints de partager avec l'équipage cinq mille quatre cent quatre-vingt-trois piastres, faisant le tiers de tout ce que nous avions sauvé. Nous sommes actuellement à l'île d'Anjouan à la discrétion un peu des

Maures et des Arabes, mais moins arabes encore que ceux que nous avions quittés sur l'île de l'Assomption au nombre de vingt-cinq, où il nous a fallu être témoins du massacre impitoyable de quatre cents malheureux noirs, femmes et enfants...

Bref, nous avons tout perdu, nous voilà réduits au néant. Il me reste encore six chemises et quelques lambeaux de hardes, le reste est perdu entièrement, livres, papiers, argent, tout a été pillé.

Des quinze hommes débarqués avec nous sur l'île d'Anjouan, nous ne sommes partis que quatre sur le brigantin français les Deux Amis, venant de l'île de France, le reste de l'équipage s'étant embarqué sur un navire américain allant à Madras. Deux autres étaient morts sur l'île d'Anjouan et notre maître d'équipage, pendant la traversée des Deux Amis. J'espère partir moi-même pour France, mardi prochain, sur le navire la Vicomtesse de la Bintineys, capitaine Dirée, allant à Lorient. Dieu nous veuille donner une meilleure traversée que ci-devant !

Tu dois regarder cette lettre, mon cher ami, comme commune à toute la famille et particulièrement à mon père, s'il existe, ainsi qu'à ma chère sœur, madame Jacques. Puisse le sort ne pas vous être si contraire et qu'il fasse mieux prospérer votre travail et vos facultés 1 Je t'embrasse de tout mon cœur, ainsi qu'Olive et les autres sœurs. Dieu vous ait en sa sainte garde. Salam, Salam, Salami

Cette salutation orientale est demeurée dans la langue française, à laquelle elle a donné le mot Salamalec, révérence profonde.

Le 11 février 1791, âgé de quarante-neuf ans, Médeuii prend le commandement du navire Vile de France, armé par Pierre Changeur et Le Guen, de Bordeaux, pour la côte d'Afrique, avec six canons et 30 hommes d'équipage. Il est fort bien accueilli par le commandant de l'île Gorée, le major d'Erneville, arrive le 13 mai au cap de Bonne- Espérance et, le 9 juin, à l'Ile de France, mais pour y

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apprendre que l'armateur a vendu le navire, après avoir touché la prime pour la traite, qu'il n'a pas faite, et comme cet armateur a offert à l'état-major de l'Ile de France de passer, à son service, sur un autre vaisseau, la Ville de Bordeaux, ce que l'état-major a refusé, il ne reste plus à l'infortuné Rochelais que la ressource des poursuites judiciaires.

Pendant que les capitaines Mulon et Tartu se faisaient tuer dans la rade en défendant héroïquement contre les Anglais, la Cléopâtre et YVranie, le tribunal révolutionnaire de Rochefort condamnait à mort et faisait exécuter les lieutenants de vaisseau Joseph Crassous, du Généreux, Jean Brelay et Louis Guérit de Y Apollon, les enseignes Etienne Varenne et Jacques Campet de Y Apollon, Michel Mage, du Généreux, les capitaines d'infanterie Henri Marizi et Antoine Dort, le chirurgien major Claude Bordeaux et l'enseigne Jean Chamboudy de Y Apollon. Ils précédaient, de quelques jours, l'amiral de Grimoard, sous la même prévention d'avoir fait partie de l'escadre du contre-amiral Trogoff, au moment où cette escadre et l'arsenal de Toulon avaient été livrés aux Anglais. Guitet, timonier, écrivait le 1 er septembre 1793, à Meschin, maître, qu'avec trois mille marins, il avait formé une compagnie franche pour marcher, avec ceux qui s'arment, pour rendre le port de Toulon à la République. Cette lettre fut imprimée et affichée par délibération du 12 septembre 1793, du conseil général de la commune de Rochefort, signée Delisle, maire, et Joyeux, secrétairegreffier.

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