‹ Les marins Rochelais: notes biographiquesChapitre 25 sur 53 · FAMILLE DE SAINT-LÉGIER DE LA SAUZAYE · texte numérisé non relu

FAMILLE DE SAINT-LÉGIER DE LA SAUZAYE

La maison de Saint-Légier, originaire de Bourgogne, a fourni an grand nombre d'officiers de marine, dont trois seulement appartiennent à l'Aunis.

I. Georges-Anne de SaintrLégier de la Sauzaye, né à La Rochelle en 1687, marié en premières noces à mademoiselle Giraud du Poget, et en secondes noces à Marie-Madeleine- Louise Renaudin, devint capitaine de vaisseau, chevalier de Saint-Louis (1).

Deux de ses fils suivirent la même carrière.

Louis- Jean périt en 1767, lieutenant sur le David, commandé par le comte de Traversay, laissant un fils René-Louis, enseigne sur les vaisseaux du Roi.

A lexis-René devint lieutenant de vaisseau et chevalier de Saint-Louis.

Une de ses filles épousa Le Vassor de la Tousche, capitaine de vaisseau, chevalier de Saint-Louis.

(1) Garde de la marine à Rochefort, le 28 février 1699 ; sous-brigadier, le 30 juin 4705; enseigne, le 10 juin 1706; chevalier de Saint-Louis, le 23 décembre 1721 ; lieutenant de vaisseau, le 17 mars 1727; capitaine de vaisseau, le 1 er avril 1738 ; fut retraité le 1» juin 1751 et mourut à Rochefort le 13 août 1753.

IL Jacques de Saint-Légier (d'Epannes), lieutenant de vaisseau (1).

Il devait être fils de Jacques de Saint-Légier de la Sauzaye, seigneur d'Epannes, et de Jeanne Auboyneau, de La Rochelle.

III. Jean-Guillaume de Saint-Légier, seigneur de la Sauzaye et des Bugaudières, marié à Renée-Françoise Meslier y capitaine de vaisseau (2). Il paraît frère de Georges- Anne de Saint-Légier. Il mourut à la Sauzaye le 21 juillet

Le plus distingué des officiers de marine de la branche saintongeaise de Saint-Légier de Boisrond est André-Pharamond-Antoine, né le 17 novembre 1763, décédé à Saintes, le 23 août 1844, contre-amiral honoraire, chevalier des ordres de Saint-Louis et de la Légion d'honneur (3).

(1) Garde de la marine à Rochefort, le 1 er février 1703 ; devint enseigne, le 23 novembre 1712, et lieutenant, le i w octobre 1731.

(2) Garde-marine à Rocbefort, le 1 er janvier 1684 ; enseigne, le {•* janvier 1691 ; aide-major, le 1 er janvier 1693 ; capitaine de frégate, le 1 er novembre 1705 ; major, le 26 novembre 1712 ; opta capitaine de vaisseau, le 21 juillet 1722 et se retira du service le 1 er mai 1741.

(3) Aspirant garde de la marine, le 5 octobre 1778 ; garde, le l« r juillet 1779 ; enseigne, le 17 novembre 1781 ; lieutenant, le 1 er mai 1786 ; capitaine de vaisseau le 1 er janvier 1793 ; réformé le 27 novembre 1805 ; rappelé à l'activité le 2 avril 1817. Campagnes : le duc d'York, en croisière (1779) ; la Cérès, la Martinique (1780) ; la Magicienne, Cadix (1780) ; l'Actif (1780) ; la Renommée (1781-1782); la Néréide, Saint-Domingue, armée du comte de Grasse, deux combats (1780) contre deux frégates anglaises, contre sept bâtiments armés en guerre ; le Sceptre, baie d'Hudson, C de La Pérouse (1783-1784) ; le Royal Louis, croisière devant Cadix (1784); le Zodiaque (1784); la Cérès (1784-1787); Saint-Domingue, la Truite (1788); Y Aigrette (1788-1789); YAglaé, Martinique et Saint-Domingue (1789-1791); Y Actif (1791-1792). Il professait la Religion réformée et épousa Marie-Marthe de La Porte-aux- Loups. — Son neveu, Christophe- André-Etienne Guenon des Mesnards, né le 3 novembre 1804, élève au collège de la marine le {•* janvier 1818, élève

Jacques-Philippe Pandin de Biarges (1762-1829) retraité contre-amiral honoraire, chevalier de Saint-Louis, fit aussi la guerre de l'indépendance des Etats-Unis et se distingua au combat de la baie de Chesapeack, le 5 septembre 1781.

de 2 # classe le 1" juin 1820, enseigne de vaisseau, le 9 octobre 1825, mourut le 17 mai 1826, à l'hôpital de la Basse-Terre (Guadeloupe), après huit ans, quatre mois, dix-sept jours de campagnes sur YAntigone, la Guerrière, le Lybio, la Vestale, la Clorinde, YEylau, le Rusé et Ylsis. — La famille de Saint-Légier compte parmi ses membres un évêque d'Autun, contemporain de Clotaire (d'Hozier). Armoiries : De gueules à une croix d'argent, écartelée d'azur, cantonnée de quatre fleurs de lys d'or.

DANIEL SAVAHY

LES MARINS ROOHELAIS 155

oubKé en méconnaissant Jésus-Christ qui seul nous a révélé Dieu comme Père (1).

Nous aurions aimé à voir Daniel Savary insister sur l'instruction chrétienne de ses enfants, en leur rappelant que la vraie piété est la base du bonheur I

Dans le Courrier du 26 octobre 1867, E. Jourdan a revendiqué l'origine rochelaise du contre-amiral Savary, en montrant que la famille de cet illustre officier-général paraît avoir eu pour auteur Jehan Savant, notaire à la Rochelle, qui embrassa le protestantisme en 1583. Daniel Savant, capitaine de navires, mort en 1746 sur l'escadre du duc de Damville, et André, notaire, tuteur des deux enfants de Pierre Savarit, père du contre-amiral, étaient domiciliés à la Rochelle.

Né à Salles (Charente-Inférieure) le 1 er février 1743 (2), Daniel Savary resté orphelin à l'âge de quatre ans, fut élevé par un de ses oncles qui lui donna les preuves d'une sollicitude toute paternelle. Il commença sa carrière maritime à la Rochelle, comme Duperré, sur les bâtiments du commerce et notamment sur ceux de la Compagnie des Indes. « Sur le port de la Rochelle, écrit-il, le désir de naviguer, de devenir marin me prit. L'on m'envoya aussitôt à l'école du pilotage chez M. Mossu, hydrographe ; puis, au bout de six mois, on

(1) M. Ernest Naville, l'auteur de la Vie éternelle, a publié récemment sur cette question deux beaux livres de philosophie religieuse, intitulés le Père céleste et le Credo des chrétiens, auxquels nous renvoyons le lecteur.

(2) « Le 2 février 1743, a été baptisé Daniel, fils de Pierre Savary, marchand, et de Jeanne Boum, son épouse, né le l* r de ce mois. Parrain : Daniel Savary, capitaine de vaisseau ; marraine : Elisabeth Gabet, qui ont soussigné.

(Signé) Savary. — Savary. — Elisabeth Gabet. — Ragueneau, curé de Salles.

!5d leô marins roohelais

me donna un certificat portant que je savais très-bien faire mon point et ferais bien un journal. L'expérience m'a démontré depuis qu'il me restait presque tout à apprendre. En 1758, j'embarquai sur un grand vaisseau particulier, appartenant à MM. Paillet et Meynardie, de la Rochelle, et commandé par M. Blay ».

A son retour, Savary, trouvant la France en guerre avec l'Angleterre, embarqua comme pilotin et volontaire dans la marine royale, d'abord sur le vaisseau le Saint-Michel, puis sur la gabare la Nourrice destinée pour Saint-Pierre et Miquelon, et fit les campagnes de 1761 à 1764.

La paix conclue, il songea à utiliser, pour le commerce, les connaissances qu'il avait acquises et offrit ses services à la Compagnie des Indes, qui les accepta. De 1765 à 1780, comme lieutenant et second capitaine, il fit plusieurs campagnes en Amérique, trois dans l'Inde et trois en Chine.

A la fin de sa dernière traversée, Savary apprend que la guerre est rallumée. Préférant le service de son pays à l'achèvement de sa fortune, il entre, comme enseigne, dans la marine militaire et embarque, en 1780, sur le vaisseau YAjax. La noblesse qui, depuis les édits d'Henri III (mars 1583), Henri IV (mars 1600), Louis XV (novembre 1750 et janvier 1752), était la récompense des services militaires et un droit conféré par la profession des armes, était devenue, sous Louis XVI (22 mai et 16 août 1781 et 1 er janvier 1786) la condition préalable et presque exclusive d'admission au grade d'officier. On dérogeait à cette coutume, en temps de guerre, en prenant dans le commerce les marins les plus habiles, c'était ce qu'on appelait les officiers bleus; aux gentilshommes seuls, qui avaient fait leurs preuves devant les

généalogistes du roi, était réservé le titre ft officier rouge. Cette distinction, regrettable à la veille d'une évolution sociale, amena des rivalités dont l'ennemi profita plus d'une fois.

Cependant, dès le 29 avril 1778, le ministre de la marine de Sartines écrivait au comte d'Orvilliers :

Le Roi, comme je vous en ai prévenu, veut bien laisser aux capitaines la liberté de choisir par ancienneté, ceux des officiers auxiliaires, qu'ils préféreront d'avoir sous leurs ordres, mais, en même temps, Sa Majesté ordonne expressément qu'il en soit embarqué sur chaque vaisseau ou autre bâtiment le nombre qui aura été fixé pour chacun dans sa proportion générale, et vous pourvoierez à en procurer à ceux des commandants qui n'auroient pas fait leur choix.

Je rends trop justice aux sentiments d'honneur qui animent les officiers pour douter un instant qu'ils n'auront pas, pour les auxiliaires, tous les procédés d'honnêteté et de prévenance, qui sont dûs à des étrangers qui viennent partager leurs travaux. Je suis persuadé qu'ils ne tireront aucun avantage de leur naissance que celui que peut donner une éducation plus cultivée, pour mettre dans la société, tout le liant et l'urbanité qui doivent en être le fruit.

Savary servit, dans l'Inde, sous le bailli de Suffren (1) et prit part à tous les combats que ce rude jouteur soutint contre l'amiral Hughes.

Les Anglais, écrivait-il, craignent le général Suffren plus que la peste. Il est vrai qu'il est impossible de trouver un homme qui se batte mieux et de plus grand sang-froid; aussi son navire est-il toujours criblé, haché, et il perd beaucoup de monde ; mais malheur à celui qui combat son travers, car il est bien servi.

(1) Pierre-André de Suffren de Saint-Tropez (1726-1788).

158 LES MARINS ROOHBLAIS

... M. de Suffren a très bien manœuvré et s'est encore mieux battu . Il n'y a pas d'exemple d'une campagne aussi rude que celle-ci, il y a dix mois que nous sommes partis de l'île de France, et celui qui a passé le plus de temps à terre dans les relâches n'y est pas resté la valeur de trois jours.

Blessé devant Madras en 1782, Savary sollicite, peu de temps après, la faveur d'être admis dans les détachements envoyés à terre au siège de Trinquemalé. Chargé du commandement d'une batterie, il fit capituler le fort d'Ostembourg et assista ensuite au combat de Gondelour (20 juin 1783) sur le Saint-Michel, commandé par Beaumont Le Maître, qui fut promu chevalier de Saint-Louis.

Il est affreux, écrivait Suffren au ministre, d'avoir pu, quatre fois, détruire l'escadre anglaise et que cette escadre existe toujours.

A la paix, Savary accepte les offres d'un armateur de la Rochelle et prend le commandement du navire les Deux- Maries, destiné pour les Indes et la Chine (12 octobre 1784- 1 er septembre 1786).

Suffren, qui n'avait pas oublié ses bons services, obtint pour lui, au retour, le grade de lieutenant de vaisseau (1 er mai 1786). Il fit, en cette qualité, la campagne de l'Inde, sur VEtoile, capitaine de Foucaut (11 juin 1788-20 juillet 1789), et reçut la croix de l'ordre militaire de Saint-Louis, distinction qui flatta vivement Savary, ainsi que le constate la lettre citée en tête de cette notice.

Lieutenant en pied sur la Néréide, partie de Rochefort en 1791 pour porter des troupes à Saint-Domingue, Savary remonta l'énergie de l'équipage, au milieu d'une de ces tempêtes si fréquentes dans les parages des Açores. Après

être restée vingt et un jours à la cape, la frégate reçut un terrible coup de mer, qui enfonça cinq des sabords de l'arrière, emporta la moitié des grands porte-haubans, ceux d'artimon, tout le plat-bord de bâbord et emplit d'eau le faux-pont et la batterie jusqu'aux hiloires. Quinze marins ou soldats furent noyés, et on dut couper le mât d'artimon pour relever la frégate.

Sur le rapport fait par le capitaine de vaisseau Trinqualéon, témoin du zèle et de l'activité déployés par l'intrépide lieutenant dans ce danger, Savary fut appelé au commandement de la frégate la Capricieuse, pour retourner à Saint- Domingue. La colonie était insurgée (1792). Commandant la station de Saint-Louis, Savary réussit à maintenir temporairement l'union et l'harmonie entre les hommes de couleur et les blancs. Bientôt, il dut tenter cette œuvre difficile de conciliation, dans sa patrie et au milieu de ses concitoyens.

Chargé de ramener en France l'ex-gouverneur de Saint- Domingue, M. de Blanchelande, et sa famille, Savary avait réussi, au milieu de l'exaspération des esprits, à le défendre et à ne le déposer qu'en lieu de sûreté, sous la sauvegarde de la loi.

En janvier 1793, nommé capitaine de vaisseau, il fut envoyé dans la rivière de Nantes, pour y prendre sous son escorte, un convoi destiné pour les Antilles. La Vendée s'était soulevée contre la Convention nationale. Savary subit la cruelle nécessité de jouer un rôle actif dans les guerres civiles. Il essaya de réprimer les troubles sur le littoral du fleuve et spécialement à Saint-Nazaire, Paimbœuf et Nantes, obtint les félicitations du ministre de la marine, Monge, et les éloges de la Convention, qui décréta que le citoyen Savary

460 LES MARINS ROOHELAIS

avait bien mérité de la patrie. Le succès avait couronné ses efforts.

Tout en combattant les insurgés, il n'oublia pas que ses adversaires politiques étaient des compatriotes. « En mettant Saint-Nazaire sous la loi de la République, écrivait le maire de cette commune (7 avril 1793), le citoyen Savary, commandant la frégate la Capricieuse, ainsi que son équipage, ont ménagé, autant que le bien de l'Etat le permettait, les propriétés des habitants qui n'ont souffert qu'un dommage indispensable par les circonstances. » Le conseil général décida qu'une députation serait envoyée au citoyen Savary pour « le féliciter de sa conduite ferme, prudente et humaine. »

Pendant le désarmement de sa frégate à Rochefort, Savary reçut la lettre suivante des administrateurs du district de Paimbœuf :

Citoyen, nous apprenons, avec joie, que le Ministre de la marine va employer, plus utilement sans doute, vos talents et vos vertus civiques. Nous n'oublierons jamais les services signalés que vous avez rendus, non pas seulement à notre district, mais à la chose publique, pendant la durée de votre station à l'entrée de la rivière. Ils sont consignés sur nos registres, et ils ne s'effaceront pas de notre mémoire. Parcourez votre carrière, citoyen, elle sera glorieuse, nous le pensons, et au miUeu de vos succès, rappelez-vous quelquefois vos frères et amis !

Les Administrateurs du district de Paimbœuf.

En septembre 1793, il fut appelé au commandement de la division navale, en rade de l'île d'Âix, il fit une station de cina mois sur le vaisseau Lepelletier et sut maintenir une

sévère discipline dans les équipages. « Chaque vaisseau était devenu un club où les matelots dominaient en maîtres absolus, n'exécutant plus les ordres des officiers, les chassant même, selon leur bon plaisir. On pourrait dire que ce fut une des principales causes des désastres de notre marine à cette époque ». (Maurice Champion.) La fermeté de Savary lui fit des ennemis. Il souffrit, suivant le mot si juste de L. Délayant, « de ce culte qu'on a chez nous pour les idées fausses cachées sous l'emphase des mots ».

Dénoncé à la Société populaire de Rochefort comme ennemi de l'égalité, parce qu'il voulait que les matelots obéissent à leurs officiers, il se borna à lire à ses juges le règlement du bord. Plusieurs témoins déposèrent en sa faveur, et il fit tête à l'orage. Le tribunal administratif le déclara bon patriote, talents distingués, mais le Ministre crut prudent, dans son intérêt, de le faire changer de résidence, et l'envoya à Toulon prendre le commandement de la Victoire.

A cette époque, Toulon s'était insurgé, et ce n'était qu'au prix des plus grands efforts qu'on maintenait à bord des vaisseaux un reste de subordination.

Savary, obligé, un jour, de se rendre à terre, fut poursuivi par un grand nombre d'hommes de son équipage qui menaçaient d'attenter à ses jours. Il leur intima, avec le plus grand sang-froid, Tordre de retourner à bord sur le champ et fut immédiatement obéi. Il revint lui-même, réunit les marins, reprocha aux agitateurs leur tentative de rébellion et, par ses paroles à la fois sévères et bienveillantes, rétablit le calme à bord de la Victoire.

En 1795, ce bâtiment fit partie de l'escadre de la

Méditerranée, sous les ordres du vice-amiral Martin. Entouré de trois vaisseaux anglais, Savary se souvint des leçons de Suffren, sut par une habile manœuvre résister à leurs attaques et échapper à une destruction inévitable. Il tira, dans l'espace de deux heures, 2.600 coups de canon.

Il fut fait chef de division en mars 1796. Dans l'été de 1798, Savary partit de Rochefort avec une division de quatre frégates : la Concorde, qu'il montait; la Franchise, capitaine Guillotin ; la Médée, capitaine Coudein, et la Vénus, capitaine Sénez, pour aller conduire en Irlande un corps de 1.500 hommes sous les ordres du général Humbert. Il traversa heureusement les croisières anglaises, et débarqua quinze jours après, les troupes saines et sauves à Killala.

De retour à Rochefort, il fut chargé de porter encore en Irlande un second corps de troupes pour renforcer le premier ; mais, à la nouvelle, trop certaine, de la capitulation du général Humbert et de la capture de Bompart par les Anglais, il reprit la mer, sans débarquer de troupes.

L'escadre du commodore Warren lui barre le passage, à la sortie du golfe de Higo. Savary l'attaque à l'improviste, démâte un de ses vaisseaux, et, reproduisant un des glorieux faits d'armes de Jean Bart, profite de la confusion jetée parmi les ennemis, pour se soustraire à une perte certaine.

Vainement les Anglais le poursuivirent ; il changea plusieurs fois de route, parvint à se faire abandonner de l'ennemi et rentra heureusement à Rochefort avec sa petite escadrille, après avoir amariné trois bâtiments.

Depuis cette époque jusqu'à la paix d'Amiens, on lui confia divers commandements, entre autres, celui de six vaisseaux stationnés en rade de l'île d'Aix.

A la fin de 1801, il eut sous ses ordres une des divisions de Pescadre de La Touche-Tréville qui s'armait à Rochef ort ( 1 ) , pour agir de concert avec celles de Brest, sous Villaret- Joyeuse, et de Toulon, sous Gantheaume, toutes trois destinées à l'expédition de Saint-Domingue. Savary montait le Héros, vaisseau de 74 canons. A son arrivée dans la colonie, il fut chargé, conjointement avec le vaisseau Y Aigle, de l'attaque des forts de la baie de Saint-Marc, afin de faire diversion aux opérations de l'armée de terre. Ces forts étaient au nombre de cinq. Le Héros et Y Aigle firent porter sur le premier, et successivement sur les autres, qu'ils canonnèrent sans relâche ; ceux-ci ripostèrent vigoureusement, et même à boulets, heureusement mal rougis ; mais Savary, s'apercevant bientôt qu'en raison de leur construction en sable et en gazon, ses efforts seraient inutiles, fit éventer ses voiles, signala à Y Aigle d'imiter sa manœuvre, et les deux vaisseaux sortirent de la baie, après avoir combattu pendant deux heures, et tiré près de 400 coups de canon. Quelques mois après, Savary reçut l'ordre de prendre, à bord de son vaisseau, Toussaint- Louverture et sa famille pour les conduire en France. Le vingt-sixième jour après son départ du Cap, Savary était à la Malmaison, où il rendait compte au premier consul du résultat de sa mission.

(1) L'escadre de Rochefort, commandée par le contre-amiral La Touche- Tréville, était composée des vaisseaux le Foudroyant, de 80 canons, capitaine Pierre-Elie Garreau, de la Rochelle \ le Héros, de 74 canons, capitaine Savary ; Y Aigle, capitaine Allemand ; le Duguay-Trouin, capitaine Willaumes ; YUnion et l'Argonaute; les frégates la Franchise; la Guerrière ; l'embuscade, capitaine Fradin ; la Clorinde ; YUranie ; la corvette la Bayonnaise, capitaine Plassan ; le lougre le Renard, capitaine Constantin, et la goélette le Tricolore, capitaine Lachurié.

Le premier consul nomma Savary contre-amiral, pour le récompenser du zèle qu'il avait montré dans cette fatale expédition ; puis il l'envoya au camp de Boulogne commander Tune des trois grandes divisions de la flottille.

Lorsque l'Empereur renonça à l'idée d'un débarquement en Angleterre, Savary, déjà souffrant, obtint un congé. Une maladie mortelle s'empara de lui et il expira à Mauzé (Deux- Sèvres) le 21 novembre 1808, laissant la renommée d'un homme de mer très distingué.

Sans avoir peut-être la capacité de conduire une armée navale, il excellait dans le commandement d'un vaisseau et d'une petite division. Sa manœuvre était prompte, hardie, téméraire même, et jamais il ne subit d'échec et ne plia sous l'ennemi, échappant toujours avec une dextérité merveilleuse aux périls les plus imminents. (Maurice Champion.)

Il était commandant de la Légion d'honneur depuis le 15 juin 1804. De son mariage avec Françoise Busseau : Emmanuel, officier de marine, chevalier de la Légion d'honneur, décédé le 17 juillet 1867 à Mauzé. — André- Daniel, chef de bataillon du génie, officier de la Légion d'honneur (1791-1860), auteur de traductions en vers des livres saints, d'après l'hébreu. — Gustave, juge d'instruction.

Page 1