‹ Les marionnettes de ParisChapitre 37 sur 99 · LE JOURNAL DE MONSIEUR GRATIS · texte numérisé non relu

LE JOURNAL DE MONSIEUR GRATIS

Comme tout bon Parisien, monsieur Gratis ne pourrait viyre heureux sans lire au moins un journal tous - les malins à son réveil . Poutant n’allez pas vous imaginer qu'il se serait naïvement abonné à l’une des feuilles qui font nos délices, suivant notre tempérament et nos opinions.

Le beau mérite de lire un journal pour cinquante francs par an, ce qu’il lui fallait, c’était une lecture quj vînt le trouver dons son lit, — car là seulement il en savoure à son aise les charmes ; — et qui vînt en outre l’y trouver gratuitement. Pour cela le brave homme a emprunté un soir la Patrie dans un café voisin de sa demeure. Le lendemain, sous prétexte de suivre un feuilleton commencé, il a réitéré l’emprunt; il a récidivé le surlendemain; au bout de la semaine, on lui

apportait la Pairie au moment où il Jevait le siège, sans même attendre qu’il la demandât. Après un mois, on la déposait chaque matin chez son concierge.

Monsieur Gratis avait toutefois le cœur trop bien placé pour accepter une politesse sans la rendre. Aussi se croit-il quotidiennement contraint d’effectuer dans ce café obligeant une apparition ou deux.

Comme il est fort ami du jeu de dominos , chacune des apparitions lui revient en moyenne à quatre francs, y compris les trahisons du double-six ; total : quinze cents francs de dépense annuelle; — mais, ainsi qu’il s’en vante à tous ses amis avec un sourire narquois, il est peut-être le seul homme de France qui lise la Patrie sans bourse délier.

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